DEUXIÈME PARTIE 16K
les quarante jours qu'il y demeura. De même qu'il n'y pensa qu'à ce qui pouvait procurer l'honneur de son Père et notre sanctification, de même nous devons, durant la retraite, ne songer qu'à prendre les moyens de glorifier Dieu et de travailler à notre perfection. 11 ne faut pas se rebUler dans une si sainte entréprise si on n'y trouve pas au commencement tout le goût qu'on pourrait souhaiter, et si, au contraire, on y éprouve des peines intérieures. Puisque Jésus permit au démon de le tenter jusqu'à trois fois dans le désert, il n'est pas surprenant que nous ressentions des tentations pendant noire retraite; mais comme notre divin Maître résista ati démon et fut ensuite visité et servi par les artges, de même aussi, en nous montrant fidèles à résister aux tentations, nous mériterons la visite de Dieu même, suivi de ses grâces et de ses consolations. Et comme Jésus-Christ, retiré dans lé désert, jeûna pendant quarante jours : ceux aussi qui sont en retraite pourront pratiquer quelques pénitences de l'avis du Père maître, selon leurs attraits, leurs besoins et leurs forces.
Afin de retirer de ces exercices tout le fruit qu'on a lieu d'en espérer, il faut : 1° s'appliquer à bien faire ses actions ordinaires; à être plus fervent dans le lever, le coucher, et l'assistarice aux actions de comniuhàtlté, à mettre plus d'attention et de dévotion dans l'oraison, la méditation, l'office, tes autres prière^ et là sainte liiesse; à être pliis exact dans le silence, la modestie, la rhortifîcatioii des sens et des passions; , à marcher plus constamment en la présence de Dieii, etc. Ainsi , ayant pris Une sainte habitude de pratiquer* avec ferveur les actions ordinaires , on pourra ensuite cotitihUei' pendant le reste de sa vie. Gài* quoique les exercices ne durent màtét^iellement que dix jours, leur effet spirituel doit persévérer toute la vie, éii enti-ètenant la même générosité pour avancer dans la perfection , que l'on se sentëit au milieu de la retr-aite. 2° Il faut s'appliquer à bien connaître les défauts auxquels on a plus dé penchant et les impei-fections dans lesquelles on tombe plus souvent, afin de prendre les moyens les plus efficaces pour s'en corriger, les extirper dans leur i-acihé, les èm-
pocher de renaître et implanter à leur place les inclinations qui leur sont opposées. 3° Il faut s'appliquer à acquérir la vertu qui est la plus nécessaire. Par exemple, si l'on se sent un penchant pour l'orgueil, ayant souvent des pensées de vanité, de bonne estime et de satisfaction de soi-même, disant volontiers quelques paroles indirectes à son avantage, ressentant un secret plaisir à être loué, etc., on doit s'appliquer à acquérir l'humilité. Si l'on ent enclin à céder à la gourmandise et à satisfaire ses aises, ne voulant manquer de rien pour la nourriture, les habits, etc., recherchant ces choses avec trop d'empressement et s'en préoccupant souvent, on s'adonne à la vertu de pauvreté et de mortification. Si l'on se sent attaché à son propre jugement et à sa propre volonté, en sorte qu'on soit porté à vouloir que les autres soient toujours de notre sentiment, à le soutenir avec opiniâtreté, et à se contrister quand ils nous résistent, il faut s'appliquer à acquérir l'obéissance et l'oubli de soi; de même pour les autres vertus. La lumière de la grâce et la décision du directeur nous guideront dans ce choix. 4° Il faut aussi, durant sa retraite, tâcher de connaître les défauts qui sont peut-être moins graves en eux-mêmes, mais par lesquels on scandalise davantage ses frères. On doit prendre les moyens pour s'en corriger-, . et travailler efficacement à acquérir les vertus qui leur sont contraires.
Si on est fidèle à observer tous ces points , on retirera de grands fruits des exercices spirituels, on se dépouillera du vieil homme, on se revêtira de l'homme nouveau, on deviendra un religieux parfait, c'est-à-dire animé sans cesse de l'esprit de Jésus-Christ. Il sera bon aussi, pour préciser les résolutions qu'on veut prendre et pour en mieux garder le souvenir, dé les mettre par écrit, et on les relira de temps en temps pendant le cours de l'année, surtout les jours où l'on fera la retraite du mois. Car, ces résolutions étant le fruit des bons sentiments |que la grâce nous a donnés pendant que nous étions tout à Dieu , sont capables , lorsqu'on les relit , d'en faire renaître de semblables et de toucher le cœur. Puis , en les cultivant et en les développant, on travaille selon les