PREMIERE PARTIE
pratiquent, soit pour les obliger à avoir plus souvent recours à Elle dans la prière, et à lui demander continuellement la grâce dont la permanence de ces instincts pervers leur fait sentir davantage la nécessité.
II. Il faut que ceux qu'on doit recevoir dans notre Ordre offrent un esprit solide, judicieux, et qui ait des dispositions pour les travaux intellectuels ; car la fin de notre Ordre , comme on vient de le remarquer, est de nous appliquer, chacunselon son talent, au salut des âmes, en prêchant, en enseignant, en confessant; or on ne peut s'acquitter de ces fonctions sans avoir de la science. Peu utiles dans le saint ministère, ceux qui n'ont aucune aptitude pour les études sont souvent nuisibles à la vie intérieure du couvent : ils se montrent les plus dissipés, ils perdent leur temps, ne sachant à quoi s'occuper ; au lieu de demeurer dans la cellule pour s'y appliquer à prier et à étudier, ils en sortent continuellement pour courir de côté et d'autre et pour détourner leurs frères du silence et de la prière. Il n'est pourtant pas nécessaire que tous aient une intelligence remarquable et très pénétrante ; on devra se contenter si on la trouve assez ouverte pour leur faire acquérir une science proportionnée aux fonctions communes de notre Ordre. Quanta ceux qui ont l'esprit léger, qui manquent de solidité et de bon sens , quand même ils auraient d'ailleurs assez d'ouverture, de vivacité et de pénétration pour les sciences, il faut s'en défier, parce que plus ils ont de ce brillant qui séduit, plus leur défaut de jugement les rend capables de tomber dans de grandes fautes, à cause de leur hardiesse et de leur manque de discernement. Il faut agir de même envers ceux qui ont le caractère fourbe et menteur, parce qu'on ne peut jamais se fier à eux, et qu'ils sont capables de semer la division sans même l'avoir voulu. Pour ceux qui ont l'esprit menacé de quelque faiblesse , quoiqu'ils soient assez propres pour les lettres , la prudence veut qu'on les refuse , car l'étude et les austérités de la règle achèveraient de les affaiblir et leur feraient peut-être tourner la tête.
III. Il faut que les sujets qu'on veut recevoir f»iftnt une santé suffisante pour suivre la vie commune. Ceux qui l'ont
si délicate et si chancelante que, selon toutes les prévisions, ils seront habituellement hors d'état de pratiquer la vie de l'Ordre, comme l'abstinence, l'assiduité au chœur, l'usage des vêlements de laine, l'étude et nos autres obli-r gâtions générales, ne sont point propres pour nous, parce qu'il faudrait les dispenser continuellement des constitutions après leur profession. Ceux qui sont menacés de quelque maladie dangereuse, longue et habituelle, ou de quelque autre mal qui pourrait, dans la suite, devenir contagieux, doivent également être écartés ; ils ne seraient qu'une charge, ne pourraient pas remplir les fonctions de leur état, et s'exposeraient à des tentations au-dessus de leurs forces.
ÏV. Ceux qui demandent à entrer en religion doivent avoir de bonnes mœurs, de sorte qu'ils soient portés à la vertu et aient quelque disposition à la piélé. Si quelqu'un avait un penchant si grand pour le vice, qu'il y eût peu d'espérance qu'il s'en corrigeât, il ne pourrait prudemment être admis, n'offrant pas les garanties voulues pour l'observation des vœux. Il vaut beaucoup mieux pour lui qu'il mène dans le monde une vie honnête que d'entrer en religion pour offenser Dieu davantage, à cause de ses mauvaises inclinations et de la grandeur de ses nouveaux devoirs.
Il n'est cependant pas nécessaire pour se faire religieux d'avoir conservé son innocence baptismale. Gela serait san^ doute à souhaiter, car Dieu répand beaucoup de grâces sur ceux qui quittent le monde avec un cœur demeuré sans tache, lis entrent dans la religion comme dans un port sacré , où ils sont à l'abri des écueils du monde, avant d'avoir fait aucun naufrage, comme dans un jardin bien clos où ils ignorent le serpent et ses morsures; et là. Dieu, regardant leur âme comme un lis éclatant, met en eux toutes ses complaisances. Pourtant il faut se rappeler qu'on ne se fait pas toujours religieux parce qu'on est saint, mais parce qu'on veut le devenir. C'est pourquoi il suffît qu'en embrassant cet état on soit bien disposé à se laver des fautes de sa jeunesse, à les pleurer, à se prémunir contre la rechute, à combattre les inclinations