DEUXIÈME PARTIE
communauté. II leur sera facile, de la sorte, de l'achever avant la fin de la journée; et quand même parce mode de récitation ils ne gagneraient pas certaines indulgences , ils en retireront certainement de très grands avantages sous le rapport de l'union à Notre-Seigneur. Lorsqu'ils seront obligés d'attendre à la porte du noviciat ou ailleurs que les autres novices soient assemblés, ils se garderont de donner aucun signe d'impatience ou de légèreté; mais ils se tiendront en la présence de Dieu et attendront leurs frères avec beaucoup de paix et de douceur, en offrant au divin Maître l'exercice auquel ils vont prendre part.
Lorsque le Père maître commencera le Deprofundis, ils diront alternativement avec lui les versets, distinctement et dévotement , en les prononçant à voix grave ; cette prière se dit pour les bienfaiteurs de l'Ordre et pour toutes les âmes du purgatoire, en particulier pour celles de leurs parents. Le De profundis étant fini , ils continueront à prier ou à méditer s'il leur reste du temps. Toutes les fois qu'ils rencontreront dans le dormiiorium ou ailleurs quelque religieux , soit convers , soit novice, soit prêtre, ils le salueront honnêtement, en se découvrant plus ou moins selon son rang. Il est juste et édifiant de se prévenir mutuellement par ces marques d'estime et de charité; les séculiers mêmes en sont bien impressionnés. Ils se découvriront également quand ils rencontreront sur leurs pas quelque étranger considérable.
En passant par le dortoir, ils ne regarderont point de côté et d'autre avec curiosité , pour connaître ceux qui s'y trouvent ou y circulent; mais ils auront toujours les yeux modestement baissés, et ne regarderont que par nécessité. Saint Bernard défend aux religieux , quand ils marchent , qu'ils sont debout, ou qu'ils restent assis, d'avoir la tête trop levée comme les orgueilleux, oU trop courbée comme les paresseux, ou penchée avec affectation comme les hypocrites. Il veut qu'on. tienne tout le corps droit et ferme, et que la face soit légèrement inclinée vers la terre, sous l'impression de cette pensée qu'on est poussière, et qu'on doit retourner en poussière. Quant au cœur, il sera constamment dirigé vers Je
ciel, où Jésus -Christ est assis à la droite de Dieu le Père. Ils n'auront sur leur visage, rien de triste, d'étudié ou de sauvage. Au contraire, en quelque endroit qu'ils soient, et surtout dans le couvent, ils s'appliqueront à montrer sur leur visage une sainte gaieté, et à réprimer la tristesse qu'ils pourraient ressentir.
Les jours où l'on dit le petit office de la sainte Vierge dans le dortoir, ils le réciteront avec toute la modestie, l'allention et la dévotion dont ils sont capables. Saint Vincent Ferrier conseille de le psalmodier avec autant d'application que si Marie était réellement présente, et qu'on la vît des yeux du corps. Ce serait un outrage, tandis que la bouche prononce ses louanges, de permettre au cœur et à l'esprit de s'occuper de vains désirs et de pensées inutiles. C'est pourquoi il faut dire cette prière posément, en articulant distinctement toutes les paroles. Ce serait une très grande immodestie d'y rire, et encore plus de s'y livrer à quelque légèreté ou badinage de nature à faire rire les autres, et à les détourner de l'application qu'ils doivent y avoir. Ils éviteront même de s'appuyer contre la muraille; mais tiendront le corps droit, les yeux baissés, les bras croisés sous le scapulaire, enfin ils seront très modestes en tout. Lorsqu'ils diront quelque prière à la Vierge, en allant du chœur au noviciat, ils auront une modestie encore plus grande, persuadés que, quand même ils auraient la dévotion d'un ange, ils seraient incapables de louer Marie autant qu'elle le mérite.
Les novices jie sortiront jamais du noviciat sans la permission du Père maître et sans un compagnon. Ils marcheront ensemble, gardant le silence jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à l'endroit pu ils devront s'occuper selon l'obéissance. En allant et en venant, quoiqu'ils doivent saluer tous les religieux devant qui ils passent, ils éviteront pourtant de leur parler sans permission; et si les Pères ou les autres veulent les arrêter pour leur adresser quelques mots , ils doivent leur faire connaître charitablement par signes qu'ils n'ont point la permission de leur répoadre. S'il s'agissait d'une affaire de très grande conséquence et qui pressât, ils pourraient répondre