‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 81 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

brièvement, d'un ton bas, et se retireraient aussitôt. Revenus au noviciat, ils avertiraient le Père maître ds la permission présumée qu'ils ont prise.

Lorsqu'ils vont au vestiaire, ils ne peuvent y parler qu'autant qu'une nécessité indispensable l'exige , c'est-à-dire pour demander au frère les choses dont ils ont besoin. Ils doivent les demander en peu de mots, et aussitôt se retirer; car le silence est obligatoire dans le vestiaire. S'il se trouve quelque religieux qui y engage des conversations ou qui y badine, ils se garderont de l'imiter ; l'entraînement du mauvais exemple ne les excuserait pas devant Dieu. Ces sortes d'entretiens sont pour le moins des paroles oiseuses dont il faudra rendre compte au jour du jugement; et quelquefois ce sont des paroles de mondanité, de murmure et de médisance, qui sont de plus grands péchés. Pour éviter l'occasion de rompre le silence au vestiaire, ils s'y rendront rarement et seulement par nécessité. Ils pourront même se passer entièrement d'y aller, en priant le frère novice qui est chargé de ce som de leur procurer les choses dont ils ont besoin. En général, il vaut mieux demander par un autre que par soi-même les objets de lingerie et les choses de ce genre, pour éviter l'empressement naturel, et la tentation de vouloir les choisir, les faire tailler ou raccommo(ier à son goût et selon sa délicatesse.

Ils s'appliqueront à être toujours propres dans leurs habits; mais aussi ils y éviterorit toute affectation. La malpropreté marque généralement de la paresse; l'affectation est l'indice de l'amour-T propre et de la vanité. Ce serait être malpropre que d'avoir toujours ses habits désordonnés, sales, noirs, poudreux et couverts de taches. Il y aurait de l'affectation à changer continuellement d'habits, à les faire blanchir plus souvent que la communauté sans nécessité et sans permission; à rechercher ceux d'une étoffe ou d'une coupe particulières, à les avoir traînant^, et à porter des chaussures trop luisantes. C'est avoir de la petitesse d'esprit que de s'attacher à des choses si basses. Il faut éviter les deux extrémités, et, comme dit saint Augustin, « ne pas affecter de plaire aux hommes par nos habits mais par nos piœurs bien

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rôglées.» La propreté, chez les religieux, doit être inséparable de la pauvreté; quelque pauvre que soit un habit, ou parce qu'il est usé, ou parce qu'il est rapiécé, il est toujours assez convenable pour un religieux, pourvu qu'il ait cette qualité. Les séculiers sont édifiés d'une telle pauvreté quand elle est jointe à une propreté sans recherche.

Lorsque les novices auront besoin de se chauffer pendant l'hiver, ils pourront aller au chauffoir dans les moments permis, ou même en en tout autre temps avec une permission spéciale. Il est bon de recourir à cet adoucissement lorsqu'on ressent un trop grand froid, afin de pouvoir mieux travailler. Cela est utile, surtout après matines, pour reprendre le sommeil plus aisément; mais en général on fera mieux de ne pas s'accoutumer à aller souvent se chauffer, parce que le feu rend paresseux. Quand on s'est installé près du foyer, on s'en sépare avec peine, et on y perd beaucoup de temps. Étant au chauffoir, ils demeureront silencieux et s'occuperont intérieurement de quelque bonne pensée , comme de la présence de Dieu, de quelque mystère du rosaire, des peines du purgatoire, que plusieurs âmes endurent peut-être pour une seule infraction à leurs constitutions , par exemple à la règle du silence ou du bon emploi du temps.

Ils auront assez de fermeté , étant au chauffoir, pour ne point répondre à ceux qui voudraient les faire parler en les interrogeant. S'il se trouvait quelque dissipé qui osât badiner, ils éviteraient de suivre ses mauvais exemples, et imiteraient de préférence les bons religieux , qui se tiennent toujours recueillis en la présence de Dieu. Jamais ils ne doivent jeter sur les autres des regards curieux, ni échanger avec eux de ces regards qui sont comme des paroles , et provoquent des réflexions vaines, ridicules ou malicieuses. Us éviteront aussi d'attiser le feu sans nécessité , de s'abaisser trop vers le foyer, de lui tourner le dos, et de trop lever la robe sur les genoux.

En entrant, ils salueront poliment ceux qui sont dans la salle et ne prendront point avec empressement les meilleures places , mais celles qui sont les moins commodes, se ressouvenant qu'il y a des solitaires dans leur grotte, et des pauvres le

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