DEUXIÈME PARTIE
long des chemins qui sont transis de froid sans avoir la même facilité pour se réchauffer, quoiqu'ils aient moins que nous besoin de faire pénitence.
Lorsque d'autres religieux viendront au chauffoir, ils leur céderont les meilleures places. En sortant, ils salueront d'un signe de tête ceux qui restent, fermeront la porte sans faire de bruit, et se retireront aussitôt dans leur cellule de peur de perdre à l'extérieur la chaleur qu'ils viennent de recueillir, et qui deviendrait plutôt nuisible si elle était exposée aux courants d'air.
ARTICLE IV La manière dont les novices doivent se comporter dans le réfectoire.
Lorsque les novices vont au réfectoire pour y prendre le repas , ils doivent'penser à la nécessité de bien sanctifier cette action, qui d'elle-même est tout animale, en sorte qu'elle devienne spirituelle. Pour cela ils l'offriront à Dieu avec l'intention de ne prendre la nourriture que pour avoir plus de forces à son service. Dans ce sens parle saint Paul lorsqu'il dit : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quelque autre chose que vous fassiez, faites-le pour la gloire de Dieu.» (I Cor. x, 31.) Quant au plaisir naturel, il faut y renoncer. C'est pourquoi saint Bernard voudrait qu'on allât à table avec la répugnance d'un homme qui se voit conduit au supplice; et saint Augustin dit que Dieu lui avait appris à prendre les aliments comme on prend les remèdes. On ne doit donc jamais manger pour le seul plaisir, mais par nécessité. Il y aurait péché véniel à prendre la nourriture pour la seule délectation sensible qu'on y trouve. Ce n'est pas que ce soit un mal de trouver du goût et de sentir du plaisir dans les aliments, mais ce plaisir ne doit pas être la jQn de l'action, et on doit avoir soin de le rapporter à Dieu avec reconnaissance.
En allant au réfectoire, les frères diront quelque prière pour demander à Dieu la grâce de ne point l'offenser dans l'action qu'ils vont faire; ils penseront à sa bonté, qui veut bien leur donner la nourriture nécessaire, nonobstant tous les péchés
qu'ils ont commis conlre sa divine majesté, et qui leur auraient mérité d'êlre condamnés à mourir de faim. Chacun est libre de choisir les réflexions qui le tiennent plus recueilli et plus fidèle aux lois de la tempérance.
Avant d'entrer au réfectoire ils se laveront les mains, et lorsqu'ils entendront le signe que le supérieur donne avec la cloche du réfectoire, ils se lèveront et s'avanceront, deux ài deux, la tête découverte, les yeux modestement baissés, les bras croisés sous le scapulaire.
Arrivés au milieu du réfectoire, ils feront l'inclination devant l'image qui est au fond, et se rangeront ensuite vis-à-vis les uns des autres. Ils chanteront les prières avec beaucoup de gravité, de netteté, de ferveur et surtout de reconnaissance. Les prières finies, ils se mettront à lable et y observeront la plus grande convenance. Ainsi , ils auront le corps droit , sans s'appuyer les épaules conlre la muraille ou les boiseries, et sans se pencher sur la table ni s'y accouder pour manger. Ils tiendront les yeux baissés, sans regarder ni ceux qui entrent ou qui sortent, ni ceux qui sont en face d'eux, ni ceux qui font quelque action de pénitence; sans examiner ce que mangent les autres religieux; ils prendront pourtant garde s'il manque quelque chose aux frères qui sont à leurs côtés , et ils le demanderont pour eux. Lorsque le révérend Père prieur, ou le Père sous-prieur, ou quelque ancien passeront devant eux à table, ils les salueront respectueusement; pour le premier, même, non seulement ils se découvriront, mais ils se lèveront debout.
En s'asseyant, ils auront soin de mettre leur scapulaire sur les genoux; ils ne croiseront pas les jambes et tiendront les pieds joints. Ils ne se presseront pas trop de manger ; mais avant de déplier leur serviette ils écouteront d'abord les versets de l'Écriture sainte , et pourront dire un Pater et un Ave pour les âmes du purgatoire, afin d'avoir la consolation d'accomplir une bonne œuvre avant de se permettre de goûter la nourriture.
Si on tarde quelque temps à les servir, ils ne s'impatien^ teront point et ne feront aucun bruit sur la table avec les mains, avec l'assiette ou le couteau, ou en jouant avec les doigts ; mais