DEUXIEME PARTIE
rieur. La vue du pain et du vin leur rappellera en particulier les saints mystères de l'autel.
Jls éviteront toute sorte de sensualité, et ils protesteront par avance qu'ils ne veulent pasy consentir. Lorsqu'ils seront tentés à ce sujet, ils penseront au fiel et au vinaigre dont Notre-Seigneur Jésus-Christ fut abreuvé, aux peines effroyables des damnés , aux abstinences extraordinaires de tant de saints qui passaient plusieurs années avec du pain et de l'eau ; ou à leurs propres péchés dont ils doivent se hâter de faire pénitence. Ils agiront même sagement en se mortifiant chaque jour en quelque chose pendant le repas; caries religieux sont voués par leur état à la pénitence, et s'ils sont zélés pour leur salut, ils ne laissent passer aucune occasion de la pratiquer sans en tirer profit. David mêlait son pain avec les larmes que la douleur de ses offenses lui faisait répandre : de grands saints assaisonnaient de flel, d'absinthe ou de cendre, ce qu'ils devaient manger. Les novices, pour marcher à la suite de si grands exemples, pourront laisser quelque partie des mets, surtout de ceux qui leur sont le plus agréables. Ils ne se priveront pourtant jamais au delà de la permission obtenue d'avance. Une mortification indiscrète, faite par caprice et par volonté propre, n'est point agréable à Dieu : elle peut être sujette à l'illusion, et causer de grandes faiblesses de corps et d'esprit : « Mieux vaut l'obéissance que les victimes. » (I Reg. xv, 22,)
Après que les novices auront pris toute la nourriture dont ils ont besoin, ils plieront leur serviette et écouteront la lecture en silence. Le silence à table est un des points le plus recommandés par nos saintes constitutions; il faut le garder non seulement dans le réfectoire, mais aussi en dehors quand nous mangeons ensemble, soit sur terre, soit sur mer. Il n'y a aucun supérieur qui puisse dispenser du silence dans le réfectoire. Quand il y a nécessité d'y dire quelques paroles, il faut que ce soit par signes ou d'un ton bas, à demi-mot, oratione imper fecta, comme disaient les anciens.
Les frères emploieront à leur repas un temps convenable, évitant également d'être trop courts et d'être trop longs ; mais gardant un juste milieu.
En se levant do table, ils se mettront à la place où ils étaient pour le Benedicite. Là, ils chanteront les grâces avec beaucoup de modestie et d'attention, évitant de faire paraître aucune légèreté, comme de rire ou de parler, ce qui serait une marque de leur dissipation intérieure. En allant au chœur avec la communauté, ils diront le psaume Miserere et les autres prièi-es en esprit de supplication et de pénitence, demandant à Dieu ses grâces pour les bienfaiteurs qui leur fournissent le pain de chaque jour, et le pardon pour eux-mêmes des péchés qu'ils peuvent avoir commis pendant le repas. Car it est très difficile qu'on n'excède point, ou en mangeant trop, ou eh né mangeant pas assez , ou en ne gardant pas la pureté d'intention et les autres circonstances qui sont nécessaires pour bien animer cette action. Ils pourront àiissi de nouveau se rappeler la communion du niatin, d'autant mieux que les prières de la table renferment beaucoup de versets des psaumes que l'Eglise emploie dans l'office du très saint Sacrement.
ARTICLE V La manière dont les novices doivent se comporter & la récréation.
La récréa (ion est accordée aux religieux pour réparerles forces morales de leur esprit sans dissiper leurs forces spirituelles. Dé grands saints s'en sont privés pour toujours en esprit de pénitence. La récréation de nos premiers pères consistait à aller après le repas dans l'Ëglise, pour adorer le très saint Sacrement, visiter les chapelles et y réciter quelqiies prières, comme lé rapporte saint Antonin; ou à faire eritre eux de saintes conférences, pour s'animer à procurer la gloire de Dieu , à travailler au salut du prochain, à s'instruire du moyen d'acquérir quelque vertu et d'éviter quelque vice. Cep>endant l'usage s'est introduit, par une miséricordieuse condescendance, qu'on accordât chaque joui* un temps déterminé pour la récréation; de peur que la force de l'esprit, qui est limitée, ne s'épuisât bientôt si on l'occupait toujours sérieusement, ou que, pour ne pas donner une récréation déterminée, on n'exposât îes i*eligieux à la tentation d'en prendre un peu tout le jour et en tout lieu du couvent.