DEUXIÈME PARTIE
tuellement comme inférieurs les uns aux autres. A cet effet, voici comment il faut se comporter en tout.
En parlant, on tiendra la tête avec bonne grâce, d'une façon naturelle, sans aucun effort, en évitant un air guindé, affecté et prétentieux. Le visage sera doux, calme et gai, afin d'inspirer aux autres cette dilatation de cœur qui doit régner pendant la récréation. Il n'y paraîtra rien qui ressente la tristesse des mélancoliques, la légèreté des dissipés , la dureté et le chagrin des personnes de mauvaise humeur. Quoiqu'on doive toujours avoir ce fonds de douceur sur le visage, il faut pourtant le proportionner au sujet dont on parle. S'il est sérieux et triste, on évitera une gaieté joviale; s'il est familier et agréable, on ne fera pas paraître une gravité excessive.
Afin de conserver la douceur sur le visage, le front sera empreint de sérénité, sans qu'il y paraisse rien de rude ou de contracté; les yeux seront bienveillants, paisibles et modestement baissés; on ne les tiendra pas trop élevés, ni trop ouverts, ni trop fermés, ni trop mobiles et instables. Le regard sera posé et modeste, en sorte qu'on voie suffisamment toutes les personnes qui sont dans la compagnie, sans pourtant attacher fixement les yeux sur aucune; dans les lèvres, on évitera toute contraction désagréable; dans tout le reste de la physionomie, on n'aura rien qui paraisse audacieux, ni étonné, ni étourdi.
La modestie doit aussi régler les autres parties du corps et tous ses mouvements. Il faut que les épaules soient droites sans être raides ni trop recourbées. Si on contracte ce dernier défaut étant jeune, on ne pourra plus s'en corriger dans la suite, et on deviendra voûté comme un vieillard qui fléchit sous le poids des années.
On tiendra, même en récréation, les bras en croix sous le scapulaire, ainsi que nos règlements nous l'ordonnent, afin de nous ressouvenir que nous sommes crucifiés au monde, mais qu'aussi nous possédons Dieu dans notre cœur. Par ce moyen, on s'interdira de les avoir pendants,, de les allonger, de les tordre d'un côté et d'autre et de les tenir der-
rière le dos. On s'abstiendra pareillement de s'accouder, en écoutant ceux qui nous parlent; de toucher, en gesticulant, ceux à qui on s'adresse; de les tirer par le capuce ou le scapulaire; de battre des mains en signe de joie; de frapper du pied le sol , et de faire des jeux de main tantôt avec l'un et tantôt avec l'autre. Si l'on parle de quelque personne qui est éloignée, il ne faut pas la montrer du doigt. Lorsqu'on marche, on doit le faire modestement, évitant d'aller ou trop vite ou trop lentement ^ et de traîner ses pas; ou ^ par un autre excès, de marcher sur la pointe des pieds comme en dansant.
Le sujet de l'entretien des novices simples pourra être sur les chapitres de l'Écriture sainte qu'ils auront luS ce jour-là, ou le jour précédent. Chacun dira ce qu'il y a remarqué de plus touchant. Ils s'entretiendront ensuite des rubriques, des constitutions et des lectures spirituelles qu'ils auront faites en leur particulier, et qui traitent de la manière d'acquérir quelque vertu ou de fuir quelque vice. Mais ils ne paileront jamais de ce qu'ils ont vu ou fait dans le siècle, à moins que cela ne soit propre à édifier les frères, comme s'il s'agit de quelque chose concernant la gloire.de Dieu^ l'honneur des saints et le bien de l'Église. En quittant le monde, ils doivent dire adieu aussi aux sujets dont les mondains s'entretiennent i et qui sont le plus souvent inutiles quand ils ne sont pas nuisibles.
Les profês pourront aussi parler quelquefois de questions de philosophie ou de théologie. Ils éviteront pourtant d'en trai-^ ter d'une manière gênée, qui appliquerait trop l'esprit et le fatiguerait au lieu de le i-écréer; ou de s'y passionner et de faire des gestes^ de jeter des cris> d'une manière qui ressente la chaleur de la dispute plutôt que la douceur de la conversation. Ils en discourront avec aisance et facilité, sans aucune contestation ni entêtement. Ils se garderont de parler jamais de ce qu'ils ont bu ou mangé, sujet indigne d'un homme raisonnable, mais beaucoup plus d'un religieux appliqué à la vie surnaturelle.
Dans la conversation il faut avoir une prononciation dis-