‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 87 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tincte, douce, aisée, naturelle et agréable; elle ne èera donc ni traînante, ni précipitée, ni pesante, ni brUsque, ni grossière, ni languissante, ni affectée. La vbix sera posée, le ton médiocre, assez élevé cependant pour être entendu de ceux avec qui on converse sans les fatiguer. On n'emploiera d'inflexion qu'autant qu'il sera nécessaire pour expi-iihei" lés différents mouvements justes et raisonnables dé iiôtre cœur ou de notre esprit, dont la voix est l'interprète. Ceux qui ont de là peine à prononcer distinctement doivent tant qu'ils sont jeunes se faire violence, afin de se corriger; loin de se hâter, rii de se précipiter en parlant, ils appuieront sur la syllabe qui précède la lettre qu'ils ont peine à prononcer, et ne craindront pas de faire effort sur celle-ci pour bien accentuer. Par cette persévérance ils se corrigeront peut-être entièrement, ou du moins ils se rendront beaucoup plus intelligibles.

Après que îâ modestie a réglé tous les membres du corps et tous leurs mouvements, la charité et l'humilité doivent inspirer les paroles qu'oii profère et toutes les manières dont on usé à l'égard de ses frères. La charité, qui nous fait aimer Dieu sur toutes choses et le prochain comme nous-mêmes, bannit des cbhVèrsâtidiië tout ce qui pourrait être ou paraître contre Dieu ou contre le prochain. Elle fait donc éviter lés termes peu respectueux sur ce qui regarde la feligidii, les saints, les livres sacrés; et elle empêché, lorsqu'on ëri parlé, de se servir dé comparaisons basses ou d'applications ridicules. Elle fait éviter aussi le mélangé îfrévérèncièii:^ dès choses profanés aux choses saintes.

Il ne faut jamais se servir d'dUcùh serinent, sous prétexte dé donner plus dé créâticé à ce que l'on ràcoiite. On se contentera de dire : « Gela est , ou Cela n'est pas, » âihsi ique Jésus- Christ nous rbrdohrië. il faut éviter jusqu'à certaines locutions qui sont dès diriiiiiutifs de véritables serments. Certains bons câsuistés lés tàXëht de péché véniel , mêhiè daiis la bouche des séculiers; le monde serait scandalisé d'entéhdre ces eipressioiis dëilS là boUche des religieux. Dëns lés conversations, oô lie ddit ribti pliis jainàis iJàrlei* contré là Wnié et là éihdé-

rilé, c'est-à-dire ne rien affirmer comme certain qui soit faux ou contestable, et ne rien avancer de contraire à nos vrais sentiments. Cependant on n'est pas obligé de dire tout ce que l'on pense et tout ce que l'on sait être vrai; on peut en taire une partie par discrétion, lorsque parler sans réserve serait contre la prudence ou la charité, et porterait préjudice au prochain ou aux intérêts dont on est chargé. Mais il ne faut jamais avoir recours aux équivoques; la dissimulation et la fausseté sont la marque d'une âme basse, faible, indigne du caractère religieux.

La charité nous fait aussi estimer et aimer nos frères comme nous-mêmes. Ils sont, en effet, les images de Dieu, les membres de Jésus - Christ , destinés à posséder avec nous un bonheur éternel; c'est pourquoi, si nous manquions d'estime, de respect et d'affection à leur égard, ce défaut rejaillirait en partie sur nous; il ne faut donc jamais rien dire ni rien faire en récréation, qui ne soit une marque de l'estime et de l'amitié chrétiennes que nous avons pour eux. Ce serait manquer à ce devoir que de leur parler d'un air impérieux et sévère, d'un ton hautain et avec des paroles piquantes, amères, méprisantes, brusques et rudes.

Il faut pourtant évitertoute sorte d'amitiés particulières; car elles sont très dangereuses dans les monastères, où elles portent les rehgieux à se communiquer des soupçons, des mécontentements, des jugements téméraires. De là viennent souvent ces divisions graves qui éclatent quelquefois jusqu'au dehors. Pour éviter ces liaisons , on aura soin de ne point se séparer des autres en récréation , mais de se joindre à ceux qui sont plus proches , et en plus grand nombre. Si l'on sent de l'inclination pour quelque frère plus que pour les autres, on se gardera de le jamais témoigner, et de se promener plus souvent avec lui. Quand on a quelque chose de particulier à dire à un novice, après qu'on lui a parlé brièvement, il faut au plus tôt se réunir au reste du noviciat.

C'est manquer d'estime pour ses frères d'en parler désavantageusement. Pour éviter cette faute, on doit se faire une

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