DEUXIEME PARTIE 20b
règle inviolable de ne jamais mal parler de personne, et de du'e, autant qu'on le peut, du bien de lout le monde. C'est le caractère d'un esprit mesquin, superbe et jaloux, de mépriser les autres. Cette sorte de gens sont en général plus méprisables que ceux qu'ils méprisent, et ils deviennent le supplice . des conversations. Lors donc qu'on parle de quelque personne absente, il faut taire tout le mal qu'on en sait, et dire tout le bien qui en est. Si on n'en savait aucun bien , mieux vaudrait se taire que de parler au risque de blesser la charité. Il n'y a du reste presque personne en qui on ne puisse louer quelque chose, ou pour le naturel, ou pour la vertu, ou pour les qualités acquises. S'il s'agit de quelque action qui ne soit pas louable, on cherchera à en excuser l'intention. Tous les actes peuvent avoir deux aspects; et de même que les médisants et les murmurateurs s'empressent, quand il s'agit d'autrui, de les regarder du côté défectueux pour les blâmer : ainsi ceux qui sont charitables et ont une bonne éducation préfèrent les regarder du côté avantageux, afin de pouvoir les louer autant qu'ils le méritent, ou du moins les excuser. S'il! ne peuvent absolument être excusés en rien, on se contentera de garder le silence.
On doit toujours parler avec estime et respect, non seulement de ses confrères, mais aussi des religieux des autres ordres, et des prêtres séculiers. Tous les instituts religieux sont approuvés par l'Église; ils méritent donc le respect. Si certains de leurs membres font quelque faute, ce serait être par trop injuste que de les attribuer à tout le corps. Il n'y a point d'ordre, quelque déchu qu'il soit, où ne se trouvent plusieurs excellents sujets; comme il n'y en a aucun, quelque fervent qu'il paraisse, où ne se rencontrent des particuliers tièdes, dissipés, et peut-être mauvais. Si l'on ne partage pas le sentiment de certains ordres sur tel point de doctrine, on doit pourtant être uni avec tous par la charité, qui approuve, estime et loue la vertu partout où elle se manifeste. Les prêtres séculiers sont également vénérables par leur caractère sacré et par les sacrifices que leur impose leur ministère, quand même quelqu'un en parliculiern'aurait pas
toules les qualités qui inspirent le respect. C'est pourquoi il faut n'en jamais parler qu'avec estime.
Lorsqu'on a ouï quelque prédicateur, on n'affectera pas de le déprécier et de le critiquer, fût-ce sous une forme indirecte et spirituelle. S'il a bien prêché, il faut lui rendre justice, de quelque condition qu'il puisse être , et l'applaudir autant qu'il le mérite ; s'il a prêché médiocrement et qu'on soit obligé d'en parler, il faut dire modestement ce qu'il a exposé de bon; et si on le veut louer, il faut le faire sobrement, de peur qu'en le vantant à l'excès on ne donne occasion à quelqu'un de le mépriser ouvertement, et de détailler ses défauts. S'il a mal prêché, il faut s'en taire, ou quand on nous presse d'émettre notre sentiment, répondre par quelque généralité, comme en disant : « Il a employé tout soi) bon vouloir, » ou « Dieu n'a pas donné également à tous les hommes des talepts remarquables, mais la parole de Dieu est toujours digne de respect».
C'est enfin manquer d'estime et d'égard pour ses frères, que de leur donner des sobriquets ou certaines épithètes ridicules, quoiqu'on ne le fasse que par plaisanterie ou raillerie. Il y a peu de différence entre railler iipe personne et lui dire des injures; si ce n'est qu'en disant des injures on se moque ouvertement, au lieu qu'en raillant on se moque d'une manière couverte, d'autant plus maligne qu'elle est plus fine et plus déguisée. Lorsqu'on prend l'habitude de railler, on devient insupportable à tout le monde; car il y a peu de personnes qui aiment à être moquées ; tel qui le supportera volontiers une fois, ne sera pas une aiitre fois aussi bien disposé ; et l'on sera coupable devant Pieu des inpipatier^ces et des colère? intérieures ou extérieures qu'on aura provoquées en lui. Il y a pourtant une espèce de raillerie qui peut quelquefois être permise; elle consiste à dire quelque chose d'unç certaine manière, et avec un certain tour qui pend 1^ chose saillante et agréable, sans offenser personne. Maison trouve si peu d'Jipmmes qui aient l'esprit assez vif po|ur trouv;çr ce tour heureux, et en même tomps la prudence assez grande pour nç choquer qui que ce soijt, qu'il vaut mieux s'abstenir entièrement de la raillerie.
11 ne faut surtout jamais plaisanter sur les choses saintes ,