DEUXIEME PARTIE 50J
fait que nous avons de bas sentiments de notre personne, et que nous préférons les autres à nous-mêmes. Quand on la possède, on ne dit et on ne fait jamais rien en récréation, qui ressente la vanité, l'orgueil, l'amour-propreet la bonne estime de soi-même, ou le peu de cas qu'on fait des autres. Ce serait une grossière vanité de se louer ou de s'applaudir. Lorsqu'on est obligé de parler de ses actions personnelles, il ne faut point le faire par comparaison; comme en disant souvent : « Pour moi, je n'aurais pas fait ceci... Pour moi, je procède comme cela, etc. » Ces sortes de parallèles sont importuns, et marquent qu'on a une estime déréglée de ses aptitudes, puisqu'on se pose comme un exemple digne de servir de modèle au prochain. Il faut aussi éviter de comparer les autres personnes entre elles, car ces comparaisons sont ordinairement odieuses à l'une d'elles.
Lorsqu'on s'est trouvé dans la compagnie d'un supérieur qui a fait quelque bonne action, il ne faut pas s'en louer, en disant: « Nous allâmes en tel endroit, nous fîmes telle action; » on en donnera tout l'avantage au supérieur, ou à la personne de qualité avec qui on s'est rencontré, en disant : « Le Révérend Père, ou, Monsieur N..., alla à tel endroit; il fît telle bonne œuvre, etc. »
On ne doit jamais se vanter ni directeinent ni indirectement de sa naissance, de sa noblesse, si on est issu de parenis de qualité. Il faut s'abstenir de louer ses proches; et quand on est obligé de rapporter quelque trait capable de les faire estimer, il convient de le raconter avec beaucoup de modestie, sans l'exagérer. Si quelqu'un les loue en notre présence, il ne faut point applaudir à ces éloges ni surenchérir, mais se tenir dans une grande réserve. Si on nous loue nous-mêmes , nous ne devons pas nous complaire dans ces louanges; cependant il ne faut pas non plus nous servir de ces paroles : « Vous vous moquez de moi , » car c'est manquer de civilité et de respect, de supposer qu'une personne se moque de nous; lorsqu'elle nous dit quelque chose d'obligeant. Mais il faut répondre modestement en disant : « C'est un effet de votre bonté pour moi, » ou, « Je n'ai fait que mon devoir, etc. » Si on a quel-
que mal ou quelque indisposition, on évitera de s'en plaindre continuellement en récréation et de raconter les détails de son mal comme si l'on s'adressait au médecin. Gela dénoterait de l'amour-propre; si quelqu'un nous en parle, il faut lui répondre en le remerciant de sa charité, et en diminuant plutôt son mal, qu'en l'exagérant.
Lorsqu'on nommée une personne, il faut toujours faire précéder son nom de quelque leraie d'honneur ou de déférence, selon sa qualité. Si l'on répond à quelqu'un à qui l'on doit du respect, on ne dira pas simplement : oui, non, mais bien : « Oui, mon Père, » ou, «Oui, mon révérend Père; non, mon frère, etc. » On ne répèle pourtant pas, chaque fois, avec les noms de Père, etc., la qualité de la personne à qui on parle; le signe de respect deviendrait fastidieux.
La politesse qui est fondée sur l'humilité, nous porte à nous servir d'un langage convenable, non seulement envers les supérieurs, les anciens et les personnes de qualité, mais aussi envers nos égaux: c'est pourquoi, lorsqu'on leur parle, il ne faut point se servir de termes de commandement, comme serait de dire : « Faites cela; venez ici; allez en tel endroit, » mais d'une manière plus humble : « Je vous prie de faire ceci. Il serait à propos, ce me semble, de faire cela. » On serait également impoli si l'on disait à une personne à qui l'on parle : « M'entendez-vous bien?... Vous ne m'avez pas compris. » Mais si l'on remarque que la personne à qui l'on parle n'a pas saisi, on répétera ou l'on éclaircira la chose en peu do mots , comme si on se fût mal expliqué la première fois.
C'est un défaut d'humilité et de civilité d'interrompre ceux qui parlent, de les reprendre et de les contredire à tout moment. Lorsque quelqu'un a la parole, si on veut la prendre soi-même il faut attendre qu'il ait achevé, et alors on peut parler à son tour. Quand celui qu'on écoute veut raconter une histoire que l'on sait , il ne faut pas faire comprendre qu'on la connaît déjà, mais lui laisser le plaisir de la rapporter, sans l'interrompre. Si celui qui raconte un fait se trompe et confond une chose avec l'autre, on se gardera de dire: « Vous vous trompez, » ou, « Je garantis que cela n'est pas comme