DEUXIEME PARTIE
VOUS l'avancez, » ou, « Je sais mieux que vous cette histoire.» Ces paroles offenseraient celui à qui elles s'adressent et feraient connaître que l'interrupteur, avec beaucoup de suffisance , a peu d'éducation : il faut attendre que le premier se reprenne lui-même. Si pourtant il se présentait une occasion naturelle de parler à son tour de cette même histoire, on pourrait le détromper et suppléer modestement à ce qui a été omis, à moins qu'on ne craignît en cela de le mortifier; car alors il vaudrait mieux n'en rien dire et le laisser croire ce qu'il voudrait. On excepte le cas où il s'agirait d'un fait qui aurait besoin d'être rétabli selon la vérité, pour l'intérêt d'un tiers; car ce motif de charité autoriserait à rectifier les choses, mais d'une façon si honnête et si prudente, que cela ne fît aucune peine à celui qui les rapporte. On ne doit pas non plus, lorsque celui qui fait un récit se trompe, sourire ni secouer la (.ête, comme pour faire remarquer aux autres sa méprise. Si une personne hésite pour trouver l'expression dont elle a besoin ou un point qui lui échappe de sa narration, on ne s'empressera pas de lui suggérer Je mot ou le fait qu'elle cherche, sous prétexte de soulager sa mémoire ; mais on- attendra qu'elle le demande.
On bannira de la conversation tout esprit de contradiction. Car quoi de plus insupportable que d'entendre quelqu'un trouver toujours à répliquer contre tout ce qu'on veut dire? H fait preuve d'un esprit mal tourné et présomptueux. Par cet esprit de contradiction, les entreliens se changeraient sans cesse en disputes, et quelquefois en querelles. Loin de contredire les autres en toute occasion, il faut ajouter au récit ce que Ton sait, afin- de soutenir la conversation. Si parfois on n'est pas du sentiment des autres, on peut le faire connaître d'une manière honnête, de sorte que cela ne déplaise à personne, et ne sente point la provocation. Alors il ne faut pas dire : « Si ce que vous affirmez est vrai, etc., » car ce serait donner un démenti indirect; mais il faut prendre un tour plus honnête, comme celui-ci : « Selon ce que vous racontez, etc. Ce que le révérend Père a exposé fait voir, etc. » On ne dira pas non plus : « Vous vous moquez de dire cela, etc.; » mais plutôt: « Ce serait se
2l2 L'INSTRUCTION DÈS NOVICES
moquer, etc. » Quand la personne qu'on est obligé de corifredlre est de considéi'atibn; on prendra un tour encore plus délicat : « Vous me pardonnerez, N..., si je prends là libeHé de vous reprëseiitèr, etc. Je vous demande pardon si j'ose vous dire, etc. »
G'est un défaut cbnti?e l'hùrnilité d'être le premier à commencer le discours, à rëJ3reridre et à interroger, lorsqu'on est des plus jeunes de la réunion. Au comrdencemëritde la récréalion, quand le Père maîti-e est préseiit, il lui appartient de parler le premier, et les novices ne doivent le fàir-ë qu'après et à leur tour. Ils s'écouteront voloiitiërs les uns les autres, évitant de causer tous à la fois, et de se réj)àndre eri bruyantes clameurs. Lorsqu'il est question de quelque affaire, il ne faut pas se presser de dire son avis, mais laisser piarler Ibs plus aiiciens, et ceux qui ont ùiie pliis grande autorité. Ensuite, si on est interrogé, on peut dire son sentiment avec douceur et modération, sans feu, sans opiniâtreté, sans entêtement. Étaiit en compagnie, il ne fàiit pai-ler à personne en secret, ni prononcer des mots à rôrèille d'un aiitre et sourire eiisuitè; cela est offéiisànt pour ceux ^tli soht présèiils ; si on avait quelque chose de secret et de pressé à dire à quelqii'tiii, oii le prendrait à i'ëcart, avec la përtnièsidii de là compagnie.
Lorsqii'un supérieur où quelque autre personne de corisidératiori posé une question, quand même il ne s'agirait que d'une chose de pëii d'importance, cdriime par exemple de savoir quelle hëiire il est^ les plus jeunes hé doivent jias être leà premiers à répoiidré; ils laissei-ont ce soin aux plus anciens, bii aux plus honorables, à moins qu'on lie les iiitëriogëât en particulier.
Si quelqu'un montre tin objet remarquable et précieux, il ne faut pas ë'einprëssër de vouloir le regarder et le louer; oh doit le laisser êxâhiiner jiai' les plus qualifiés de l'assistance; ensuite oh peut le considérer et le louer à ëdn tour. Si pourtant oh nous demandait d'abord ndti'ë sentiment, nous devrions le dire sans aftectëtion. Il convient d'apprécier les chbâes autant qu'elles le méritent; mais il est centre le bon goût de se répahdré en admiration pour tout et de s'ëpiiiSëi'