‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 92 sur 361 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

en louanges; cela dénoterait une complaisance aveugle, ou ferait supposer qu'on n'a jamais rien vu. Ce serait aussi contraire aux convenances de paraître indifférent, tandis que tous les autres applaudissent. Ceux qui ne trouvent rien de beau ni de bon font connaître par là qu'ils ne sont préoccupés que d'eux- mêpaes; et leur secrète vanité est cause de ce qu'ils témoignent de l'indiflerence ou du dédain pour tout le reste.

Lorsqu'on se rencontre avec des anciens ou avec des personnes de considération, il faut les écouter avec plus encore de modestie et de respect. Les jeunes gens ne doivent pas parler en leur présence sans être interrogés; on ne peut lion plus leur poser des questions aussi facilement qu'à ceux qui dépendent de nous ; quand on a besoin de pressentir quelque chose de ces personnes, par exemple, si elles savent tel événement, ou si elles iront en tel endroit, il ne faut pas leur dire familièrement : « Savez-vous cela? Irez-vous en tel lieu? » mais il faut prendre une manière plus réservée qui les amène à répondre , sans qu'on les interroge , en disant par exemple : « Probablement, N..., vous aurez ouï parler de telle affaire. Sans doute, N..., que vous irez à tel endroit. » S'il y a encore en cela un peu de témérité, la formule humble dont on se sert la fait excuser.

Lorsqu'une personne raconte une histoire, et que dans le récit elle en parle en termes couverts, ou qu'elle tait le nom de celui qui à dit ou fait ce qu'elle rapporte, on se gardera , pour le lui faire indiquer, de l'accabler de questions. Il y aurait un défaut de civilité, de respect, de mortification, parfois même de prudence et de charité, dans celte insistance.

Quoiqu'on doive rendre honneur et respect, non seulement

aux supérieurs , mais aussi aux anciens , aux prêtres , et à tous les religieux, il faut pourtant que la prudence règle ces marques de déférence selon les différentes qualités des personnes à qui l'on parle. Ce serait embarrasser, p£ir exepûple, un jeune religieux, de lui témoigner les mêmes niarques de vénération qu'à un supérieur ou à un ancien Père.

Qn peut témoigner son respect pour quelqu'un de plusieurs inanières, comme en se levant lorsqu'ilpasse; en lui

cédant la place lorsqu'il veut s'asseoir; en se de'couvrant lorsqu'on va lui parler; en lui rendanl, les services dont il a besoin; en lui donnant le premier rang, soit pour marcher, soit pour parler; en s'arrêtant aux portes pour le laisser entrer le premier; en ne passant pas trop près de lui; et de plusieurs autres manières, qu'on doit proportionner à la condition des personnes et aux circonstances. Le sentiment du respect et des convenances en enseignera plus à ce sujet que tous les préceptes.

La charité et l'humilité ne doivent pas seulement régler les paroles et les procédés dont on use à l'égard des autres; elles doivent aussi faire souffrir avec patience la rudesse de ceux avec qui l'on est oblige de s'entretenir. « La charité, dit saint Paul, est douce, patiente, bénigne; elle souffre et tolère tout. » (I Cor. XIII, 4, 7.) L'humilité fait supporter en paix les manques d'attentions et fait même aimer les affronts. Saint Dominique ne goûtait rien tant que les injures, et passait do préférence dans les pays oîi il prévoyait qu'il serait le plus maltraité. C'est pourquoi, si certains nous parlent avec brusquerie et hauteur, il ne faut pas se fâcher de ce qu'ils nous manquent d'égards ; il ne suit, pas que nous devions leur en manquer nous-mêmes; leur incivilité n'excuserait pas la nôtre. « Il ne faut pas se laisser vaincre parle mal; mais il faut vaincre le mal par le bien.» (Rom.xn,21.) Si l'on nous adresse des paroles piquantes, nous ne les relèverons pas. Si l'on nous reprend de quelque faute , quoique sévèrement , loin de nous en excuser ou de nous en fâcher, nous remercierons celui qui nous avertit, et lui témoignerons avec douceur que nous voulons profiter de ses avis. C'est pourtant le signe d'un mauvais caractère de critiquer les autres et de s'ériger en censeur public.

La récréation n'est pas seulement pour nous délasser nousmêmes, nous devons aussi chercher à y procurer du plaisir aux autres. Nous aurons donc une grande complaisance pour nos frères , et ferons plutôt leur volonté que la nôtre.

Lorsqu'on nous demandera nos préférences sur quelque chose qui, d'elle-même, est indifférente, il ne faudra pas té-

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tïioîgner avec ardeur ce que nous désirons; nous répondrons poliment en disant : « Je veux tout ce que vous voudrez; je ne veux que ce qui vous fait le plus de plaisir, vous êtes le maître, etc. » Si pourtant on demandait de nous ce que nous ne pourrions pas faire, ou ce qui est contraire à la régularité, nous répondrions autrement, mais toujours avec douceur, en disant : « Je vous prie de m'excuscr si je ne fais pas ceci. Dispensez-moi, je vous prie, de faire cela. Je suis fâché de ne pouvoir vous obéir, etc. »

Dès le signal qui indiquera la fin de la récréation , les novices rentreront dans le silence, sans achever ni une histoire, ni une phrase, ni même une parole commencées. Leur premier soin sera de se mettre en la présence de Dieu ; et , de retour au noviciat, ils feront l'examen de leur conduite à partir du matin. Surtout ils s'examineront sur la récréation, en considérant s'ils l'ont passée religieusement; s'ils n'ont pas manqué à la charité, à l'humilité, à la modestie, à la patience, aux convenances, etc. Ils demanderont pardon à Dieu de toutes les fautes commises, formeront une ferme résolution de s'en corriger, et prendront les moyens" de réparer le mal qu'ils ont pu commettre envers leurs frères ou les absents.

Lorsqu'il passe des novices d'autres provinces, ils ne doivent point, à moins d'une permission spéciale, prendre leur récréation avec les novices du couvent. En sortant des grâces, le Père hôtelier les prendra et demeurera avec eux. S'ils ne parlent qu'au supérieur et à ce dernier, toujours choisi parmi les plus réguliers de la communauté, ils ne seront qu'édifiés des discours qu'ils entendront. Au contraire, s'ils s'entretenaient avec tous les religieux, comme dans les maisons les plus observantes il se trouve souvent quelques religieux dissipés et imprudents, ils pourraient en être scandalisés et en porter une mauvaise impression dans leurs couvents. D'un autre côté, il y aurait à craindre, qu'ayant été élevés dans des maximes et des pratiques bonnes peut-être, mais dilYérentes de celles que la tradition et la volonté des supérieurs ont établies parmi nous, ils n'insinuassent leurs idées à ceux avec qui ils auraient des rapports; et ces derniers en étant

imbus les pourraient répandre imprudemment parmi les frères; de là naîtrait ce principe de désunion que le bienheureux Humbert appelle « la diversité de sagesse », diversiias sapientiœ. C'est pourquoi, si quelqu'un de ces religieux suit par hasard le noviciat en sortant des grâces, pour aller en récréation, le Père maître ou le plus ancien aura soin de lui donner pour compagnon un des novices les plus sages, lequel ne permettra point qu'il se joigne à d'autres et lie conversation avec eux. On peut aussi lui représenfer poliment que ce n'est pas la coutume que les novices d'autres provinces viennent avec tout le noviciat en récréation. Le Père maître seul permettra des exceptions à cette règle.

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