‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 93 sur 361 · CHAPITRE ÎIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎIT

MANIERE DONT LES NOVICES DOIVENT SE COMPORTER HORS DU COUVENT EN C0NVhR5ANT AVEC LES SÉCULIERS ET LES AUTRES ÉTRANGERS

ARTICLE I

Gomment les novices doivent se comporter dans les visites

qu'ils font.

Les visites sont pour les religieux un écueil et une occasion de dissipation, car tout ce qu'ils y entendent et tout ce qu'ils y voient remplit leur mémoire et leur imagination de mille impressions qui leur reviennent pendant l'office et la méditation, et qui leur fournissent beaucoup d'occasions de perdre l'esprit de leur état. G!e§t pourquoi, de grands saints ne voulaient jamais faire de visites, et saint Jérôme disait que la ville lui semblait un enfer, tandis qu'il regardait son âpre solitude comme un paradis. Aussi les novices qui font l'année de probation ne visitent personne, et on ne leur pei met pas même d'aller voir leur père et leur mère. Ils doivent, pendant ce temps-là, ne penser qu'à leur salut, et laisser au monde, qui est comme un mort h leur égard, le soin d'ensey^lir les morts. (Matth. viii, 22.)

Pn permet aux novices proies d'aller quelquefois chez leurs plus proches parents, mais il faut que ce soit très rarement, à mpi^s qu'il ne se présente quelque occasion extraordinaire. Les parçnts ne doivent pas se fâcher de ce qu'on les visite ?i rarçinaeint, sachant que ce sont nos usages, et qu'ainsi cela ne vient point d'un r^anque de respect, d'affection ou de reçonnaissarice. Du reste, quelqyie plçiiajr (qu'ils

aient d'avoir dans leur maison leurs enfants ou leurs alliés, ils sont pourtant, à la fin, scandalisés de ces visites fréquentes, s'apercevant bientôt qu'ils ont à faire à des religieux sans recueillement, plus contents de courir les rues que de garder leur cloître.

Les novices ne feront de visites qu'à leurs plus proches parents. Si quelque autre personne qu'ils ont connue dans le siècle les vient voir, ils ne doivent point lui rendre celte visite; à moins que ce ne soit une personne de grande qualité, ou à qui leur famille n'ait une obligation extraordinaire. Ils doivent surtout éviter, pendant toute leur vie, de se rendre chez des jeunes personnes et des dévotes , car il n'y a rien de si dangereux pour la pureté; et plusieurs religieux, faute d'avoir été sévères sur ce point, ont perdu leur vocation. Ces sortes de fréquentations ont lieu d'abord sous prétexte de convenance et de piété; mais ce qui avait commencé par l'esprit jBnit par la chair. Lorsqu'une nécessité indispensable oblige d'aller chez ces personnes, on prend pour compagnon un religieux posé , vertueux et âgé dont on ne se sépare pas , et de concert avec lequel on tâche d'être le plus expédilif possible.

On juge ordinairement un religieux par ses visites : s'il n'en fait que par nécessité absolue, on peut le regarder comme un religieux retiré, intérieur, ami de son état, se plaisant dans sa solitude et s'occupant à se sanctifier. Lorsqu'il cherche, au contraire, des prétextes pour sortir souvent en ville et préfère converser avec les séculiers plutôt qu'avec ses frères, c'est un religieux dissipé, tout extérieur, qui n'aime ni son état ni sa communauté, qui s'ennuie dans la solitude, et néglige son unique occupation, celle de sa sanctification, pour traîner de maison en maison ses inutilités, peut-être ses médisances et ses murmures.

En vain déjeunes religieux, pour excuser leurs visites superflues et dangereuses, se serviraient-ils du prétexte que, par là , ils entretiennent des amis utiles à la communauté. Ce n'est point à eux à se mêler de ces choses. Il appartient aux supérieurs de voir de temps en temps les principaux d'une ville,

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