‹ L'Instruction du peupleChapitre 100 sur 186 · SUÈDE-NORVÈGE · texte numérisé non relu

SUÈDE-NORVÈGE

SUÈDE

En Suède, les classes inférieures, même au moyen âge, ne sont jamais tombées aussi bas que chez les autres nations européennes, parce qu’elles ont été moins écrasées par le régime féodal. Les lumières étaient cependant peu répandues, môme dans les classes élevées

Les prêtres seuls avaient quelque instruction; mais beaucoup d’entre eux étaient profondément ignorants. De bonne heure des écoles furent organisées par les évêques et par les couvents, et une université établie à Upsala. Quelques jeunes gens appartenant à des familles aisées faisaient leurs études à Paris et dans d’autres établissements étrangers, mais l’instruction n’était point accessible aux enfants du peuple.

Vers la fin du xv* siècle une époque nouvelle commence1. En 1482 l’imprimerie est introduite en Suède et la lecture de la Bible et d’autres livres se répand. Puis se leva Gustave Wasa, le libérateur, et avec lui vint la Réforme, qui fut adoptée par la diète de Westerns, en 1527, malgré une vive résistance de la part de l'ancienne Église.

En 1531 une ordonnance de l’Église nouvelle enjoignait aux prêtres de lire les prières en suédois et. d’expliquer les dix Commandements au moins deux fois par mois. Les moines supprimés furent chargés d’apprendre à lire aux enfants. Déjà en 1526 avait paru la traduction suédoise du Nouveau Testament et en 1541 celle de l'Ancien Testament. Le roi Gustave les fit répandre dans tous les pays. Le catéchisme de Luther fut traduit également en 1526. Les autres connaissances ne se propagèrent pas si rapidement, d’abord parce que les maîtres manquaient, ensuite à cause de l’opiniâtreté du peuple à conserver ses anciennes superstitions et ses préjugés. Les troubles intérieurs et la guerre qui éclata après la mort de Gustave furent aussi des causes de retard. Son fils Charles rétablit l’ordre dans le pays, et le Luthéranisme fut définitivement adopté par le synode d’üpsala en 1593.

Dès le commencement du xvii* siècle la question de l’enseignement populaire devint l’objet de l’attention constante des souverains. Charles IN, son fils Gustave-Adolphe, et surtout sa fille Christine et

1. L'organisation et la situation de l’enseignement populaire en Suède- Norwège étant assez peu connus, nous avons cru devoir les exposer en détail . Je me suis servi de l’étude de M. Ilugo Hamilton déjà citée, d’un travail récent de l’hon. C. C. Andrews, ministre des États-Unis à Stockholm; des statistiques officielles, ainsi que de renseignements particuliers qu’on a bien voulu me faire parvenir. — Dans un rapport (février 1872) à la chambre des Représentants de Belgique M. l'abbé de Haorne, si bien renseignés sur d’autres pays, dit que l'on n’a sur les États Scandinaves » que quelques renseignements confus. » « Les Suédois et les Norwégicns sont un peuple civilisé, ajoute-t-il, quoiqu’ils aient peu d’écoles primaires.» — Heureuses les autres nations, si elles étaient aussi avancées que les trois États Scandinaves, sous ce rapport! Nulle part on n’a eu à vaincre des difficultés plus grandes et nulle part on ne les a mieux surmontées. Voilà le grand intérêt que présente l’étude de leur législation scolaire.

SUÈDE

ses sages conseillers, s'occupèrent de l’établissement d'écoles dans les villes et dans les campagnes. Mais c’est Charles XI qui a le plus fait pour répandre l’instruction parmi les paysans, en ordonnant èn 1681 que tous les sacristains devaient enseigner le catéchisme aux enfants, et en promulguant la loi ecclésiastique qui portait « défense de se fiancer à ceux qui ne connaissent pas le catéchisme de Luther et qui ne font pas leur communion. »

Le résultat de cette loi fut que les paysans eux-mêmes demandèrent, par leurs députés, l’organisation de petites écoles dans tout le pays. Le traitement des instituteurs devait être à la charge de la caisse communale. Il fut ordonné aux prêtres de faire subir des examens de catéchisme et des interrogatoires à domicile, et de grandes amendes furent décrétées contre ceux qui s’y soustrairaient. De cette manière chacun devait prouver qu’il savait lire et qu’il connaissait les principes de la teligion. Le clergé était tenu de faire des rapports sur le degré d’instruolion générale de chaque individu. Les évêques devaient surveiller l’exécution de cette ordonnance.

Pendant le xvn' siècle les premières écoles populaires fixes furent établies dans le pays au nombre de vingt et une, pour la plupart par les soins de grands seigneurs comme De la Gardie et Brahe. Quatre éditions différentes de la Bible et plusieurs bons ouvrages suc l’histoire biblique furent publiés, ainsi que beaucoup de livres de lecture et d’arithmétique pour les écoles.

Au xviu* siècle les États s’occupèrent particulièrement de l’enseignement populaire. Nous remarquons parmi beaucoup de lois sur l’enseignement celle do 4719, la première année de la réorganisation de l’État, qui décrète qu’un instituteur capable sera établi dans chaque paroisse. Nous citerons également le règlement des écoles de 4723. 11 portait : « Tout enfant, qui ne reçoit pas l’instruction dans la maison paternelle, ira à l’école commune. Chaque absence de l’école sera punie d’une amende de deux marks d’argent. Une indigence absolue peut seule en exempter, et les ministres du culte et les autres membres de la communauté sont chargés de veiller à la stricte exécution de cette loi. » Donc à celte époque déjà on comprenait l’importance de l’instruction obligatoire.

La loi de 4734, loi excellente pour ce temps, est restée en vigueur jusqu’en 1842. Les actes synodaux de 1735 et de 1.747 prescrivent que tout enfant recevra une instruction suffisante, et que les parents ou ceux qui en tiennent lieu, qui n’envoient pas leurs enfants à l’examen, recevront d’abord trois avertissements, et qu’ils seront ensuite traduits devant le bailli du lieu pour subir une peine en rapport avec le délit. En 1762, il fut expressément enjoint aux paroisses de se pourvoir de bons instituteurs, et aux ministres du cuite de les

surveiller. Enfin, en 1768 l’avis de tous les membres du consistoire et de tous les gouverneurs de province fut demandé « sur la meilleure manière de favoriser l’enseignement, et de se procurer les moyens de construire les locaux nécessaires, et pour savoir quel règlement il fallait imposer à l'école populaire. »

On voit par ce qui précède que les États et le gouvernement ont rivalisé de zèle pour répandre l'instruction et pour établir un enseignement populaire complet. Malheureusement l’organisation était imparfaite et, par suite, leurs efforts ne portèrent pas tous les fruits qu’on en attendait.

Néanmoins, pendant ce temps, environ 200 écoles fixes furent établies, avec un local convenable construit sur un terrain donné à cet effet. Ces locaux étaient élevés à l’aide de donations de particuliers. On institua en outre differentes pédagogies et un grand nombre d’écoles ambulantes.

Les deux rois absolus ne firent rien de particulier en faveur de l’enseignement. Mais en l’année 1774, une société se constitua qui a ou une influence des plus heureuses dans tout le pays; elle avait pris le nom de Pro fide et Chrislianismo. Son but était de soutenir la religion chrétienne. Cette société était divisée en une section pastorale et une section (Tèducalion. Elle publia en 1798 une exhortation adressée au clergé pour l’engager à répandre l'instruction parmi le peuple, ainsi qu’une circulaire aux communes, contenant un plan très-bien conçu pour l’organisation de cette éducation. « Une école, de préférence fixe, sera établie dans chaque paroisse où il n’en existe pas. Les enfants y appprendront à lire le suédois et le latin, le style latin, les principes de la religion, les quatre règles de l’arithmétique, les comptes par doit et avoir, l'histoire de la Suède, la géographie et la connaissance des produits et des lois du pays. On leur inspirera l'amour de la patrie. Les punitions corporelles seront interdites. Les enfants seront corrigés avec douceur et l’instruction alternera avec des exercices corporels et des chants. Un fonds provenant de collectes annuelles servira à décerner des récompenses. Les instituteurs seront pourvus d’un logement convenable.

Cette société a donné naissance à une quantité de bonnes institutions qui ont contribué à répandre la morale, la religion et les lumières1 dans toute la Suède.

L’histoire de l’enseignement populaire au siècle présent peut se diviser en deux périodes, celle qui précède et celle qui suit l'année 1842, où parut la loi qui est en vigueur maintenant.

Après le changement de gouvernement en 1809, lorsque la nation fut de nouveau admise à prendre part à la gestion des affaires du pays par scs députés, un intérêt plus vif s'attacha à tout ce qui con-

SUÈDE

cernait l’enseignement populaire, quoiqu’un nombre assez considérable d'hommes distingués craignissent de voir cet enseignement se développer dans une trop grande mesure.

A la sollicitation des Étals, le roi Charles-Jean décréta en 1820 que les écoles seraient pourvues d'instituteurs capables, et en 18îi il ordonna d’introduire la méthode de l’enseignement mutuel dans toutes les écoles où le local le permettrait.

Jusqu'ici les écoles populaires avaient été pour la plupart des écoles ambulantes et l'enseignement y avait été donné par des personnes généralement incapables. Pour remédier à cet inconvénient le comte De la Gardies et l’archevêque Rosenslcin fondèrent la Société de l’enseignement mutuel, dans le but de se procurer le matériel des écoles et de former des instituteurs instruits. D'abondantes souscriptions vinrent soutenir cette société et une société analogue se forma à Goteborg, en <824. La première fit faire de bons tableaux d’école et les vendit à un prix très-modique. Elle ouvrit aussi en <830 une École normale à Stockholm, à laquelle elle joignit bientôt une école pédagogique pour les enfants des deux sexes. De cet établissement sont sortis <71 instituteurs. Une autre école normale plus complète fut ouverte en <838 à Lund, où déjà en <842, <60 élèves avaient passé leurs examens

Avant 1842, 4V2 nouvelles écoles rurales fixes avaient été fondées et plus de 95 écoles semblables dans les villes. D’autres établissements d'enseignement et asiles furent fondés dans ce temps par des particuliers. On créa en outre des écoles du dimanche, des écoles de petits enfants, des écoles manufacturières, etc.

En 1842 il n'y avait pourtant dans tout le pays, si l’on excepte les écoles paroissiales incomplètes, que 786 écoles fixes, parmi lesquelles il s’en trouvait 548 où la méthode de l’enseignement mutuel était introduite. Dans toutes ces écoles réunies on comptait 32,890 enfants inscrits. A la diète de <835 l’opposition contre un enseignement populaire plus développé était encore si forte qu’elle parvint à faire adopter une résolution où il était dit « qu’il fallait bien encourager l'établissement des écoles populaires, mais qu'on ne pouvait pas les imposer aux communes comme une obligation. »

Pourtant dès lors des voix s’élevèrent dans tout le pays pour remettre en vigueur l'ancien principe de l’enseignement obligatoire pour tous les enfants qui avaient atteint l’àge d’aller à l'école.

Le besoin d'un meilleur enseignement populaire se faisait sentir de plus en plus dans le peuple. Un des représentants des campagnes, M. Nils Mansson, présenta une motion à la Diète de <828 pour engager le gouvernement à s’occuper sérieusement de cette question. Une motion plus complété fut présentée par un autre membre,

2aC

en 1840. A la suite du réveil de l'opinion en faveur de l’enseignement, le prince royal Oscar avait demandé, pendant le temps de sa régence, en 1839, des données sur l’état de l’enseignement et sur les lacunes qui s’y trouvaient.

Enfin, le roi Charles-Jean présenta à la Diète de 1840 un projet rédigé par le secrétaire d’État des affaires ecclésiastiques, contenant les Hases d'une nouvelle loi sur l'enseignement populaire. s

Ce projet fut envoyé au comité économique de la Diète, où le clergé, la bourgeoisie et la campagne étaient représentés.

Après des discussions assez vives entre les partisans de l'enseignement dans la famille et ceux de l’enseignement obligatoire , le comité formula un projet de loi conforme au système en vigueur en Prusse et dans le Wurtemberg. L’enseignement y était déclaré obligatoire. Aux ministres du culte incombait l'enseignement de la religion et un minimum d’instruction était exigé des enfants avant de quitter l’école. Au moins une école, et de préférence une école fixe, devait exister dans chaque paroisse avec un instituteur capable. On y proposait d’organiser un séminaire d’instituteurs ( Lararesemina rium) dans chaque diocèse, et de fixer un minimum d’appointements pour les instituteurs.

Malgré une forte opposition do la part du parti conservateur, ce projet fut adopté parle vote de tous les États de la Diète et promulgué le 18 juin 1842.

Voici les clauses principales de cette loi :

1° Dans chaque paroisse, soit en ville, soit à la campagne, il doit y avoir au moins une école, de préférence une école fixe, avec un instituteur diplômé par l’école normale. Là où les ressources manquent pour établir une école fixe, l’instruction sera donnée provisoirement dans des écoles ambulantes, par un ou plusieurs instituteurs agréés. Dans les hameaux trop éloignés les uns des autres, de petites écoles pourront être organisées par des instituteurs non diplômés. Par l'arrêté de l’année 4853, ces petites écoles doivent être établies, indépendamment de la distance, en assez grand nombre pour permettre d’y acquérir des connaissances préparatoires, afin que l’instituteur de l’école fixe puisse se consacrera l'enseignement des enfants plus avancés.

D'après un arrêté royal de l’année 4850, des écoles populaires supérieures peuvent également être établies à la campagne, avec l’appui du gouvernement et moyennant certaines conditions.

2° Pour chaque district d’école, il y aura une commission scolaire choisie par les habitants de la commune et dont lu pasteur sera président. Cette commission aura la surveillance de tout ce qui concerne

SÜÉDE.

renseignement, et fera un projet de règlement, qui sera soumis à la décision du chapitre des chanoines.

3° Chaque district devra se procurer des locaux convenables pour ses écoles populaires et en supportera les frais.

4° Les appointements d’un instituteur diplômé ne pourront pas être inférieur à 4C0 rixdalers (1 rixdaler = 1 fr. 40). Il aura en outre, une maison convenable, le chauffage, le fourrage et le pâturage pour une vache, un champ à son usage et pour y donner des leçons d’horticulture. Un instituteur non diplômé recevra un traitement suffisant et il aura le logement, si c'est nécessaire. Les fonctions d’instituteur peuvent être cumulées a\ec celles de sacristain. Les deux traitements en entier reviendront à cinquante tonnes de blé. Là où l’on ne pourra pas avoir recours à d’autres moyens, chaque contribuable payera à cet effet 18 ores par an au plus (1 rixdaler = 100 ôre, 1 ôre = 1 cent.

10 c.) Une rétribution pourra aussi être exigée de tout enfant non indigent.

Dans l’intérêt de l’enseignement populaire on augmenta, en 1846, l’impôt personnel de moitié : il monte à 40 ôre pour les hommes et à 20 pour les femmes. Les paroisses qui ont ajouté pour le traitement de l’instituteur une somme correspondante à ce montant, et qui se sont en outre engagées à suppléer la moitié de ce qui manque au minimum Gxé, ont actuellement le droit, par l'arrêté de 1863, de recevoir la moitié restante sur la caisse de l’Étal. Si une paroisse s'engage à augmenter les appointements au-dessus de ce montant, elle reçoit, également sur la caisse de l’État, un subside qui ne pourra cependant pas dépasser 50 rixdalers pour chaque instituteur. Si une commune a organisé son enseignement conformément à la loi, mais manque de ressources pour payer le minimum des traitements, l’État suppléera également à ce qui manque.

Si une paroisse veut améliorer et développer l’enseignement et offre d'ajouter deux tiers en sus de la quote-part déterminée ci-dessus, elie reçoit le tiers restant sur la caisse de l'État. Les rétributions scolaires sont perçues par les agents du fisc. ,

Ceux qui veulent se consacrer à l’enseignement peuvent recevoir l’instruction nécessaire à cet effet dans les séminaires d'instituteurs . •

11 en existe actuellement 7 pour les élèves instituteurs et ï pour les institutrices. Les États leur ont alloué un crédit annuel de 30,000 rixdalers. Chaque boursier ne pourra cependant pas recevoir plus de 150 rixdalers, et cela seulement pendant trois ans. Avant d’être admis à l’emploi d’instituteur d’une école primaire, on doit produire un certificat constatant qu’on est apte à enseigner les branches suivantes : le catéchisme et l’histoire biblique, la géographie physique et politique, l’histoire de la patrie et les faits principaux de l'histoire générale, le

calcul théorique et pratique, y compris la règ’e de trois et les fractions, des notions générales de g ométric, le dessin linéaire et les sciences naturelles. L’instiluleur doit, en outre, connaître la méthode de l'enseignement mutuel et être en état d'enseigner la gymnastique simple, l’exercice militaire et le plain-chant.

Toutes ces branches font partie du programme de l’enseignement. Si les écoliers sont empê. hés, soit par indigence, soit par incapacité, d’acquérir des connaissances dans toutes ces-branches, ils devront au moins, avant de pouvoir quitter l’école, être suffisamment instruits dans les suivantes : a) lire couramment le suédois, de manière à prouver qu’ils comprennent ce qu’ils lisent; b) connaître la religion et l’histoire biblique, assez pour être admis aux leçons de confirmation; c) savoir le plain-chant quand ils en ont les di-poritions; d) connaître les quatres règles de l’arithmétique pour les combres entii rs.

Les exercices de l’école ont pour but principal le développement des facultés intellectuelles de l’enfant. Aucun sujet d’étude ne leur est donné qui n’ait d’abord été expliqué par l’instituteur. Le petit catéchisme de Luther forme la base de l’enseignement religieux. Il est appris par cœur, mais de telle façon que l’instruction verbale et l’explication précèdent la récitation. Le grand catéchisme sert de guide à cet effet à l’instituteur. L’enfant apprend au-si des pa-sages choisis de la Bible et des Psaumes. Tous les jours les leçons commencent et se terminent par la prière et le chant d’un psaume. Le pasteur surveille tout l’enseignement religieux.

Vers la fin de l’année scolaire les enfants subissent un interrogatoire public, après quoi ils reçoivent un certificat concernant leur conduite et leur zèle. Après l’examen final ils reçoivent également un certificat de sortie.

Les années d’école obligatoires vont de sept à quinze ans. Tous les enfants do cet âge, qui ne reçoivent pas l’instruction dans une école particulière organisée avec le consentement des au’orités compétentes, ou dansquelque école supérieure publique, doivent fiéquenter l’école populaire. Les enfants qui reçoivent une instruction p i\ ée doivent également se soumettre aux examens publics.

Les enfants dont le père — ou celui qui en lient lieu — n’es pas en état de payer la rétribution scolaire, ont droit au secours do la caisse des pauvres de la paroisse Tout père de famille a pour devoir de veiller à ce que les enfants de ses domestiques ou de ses subalternes reçoivent une instruction suffisante. Si le père ou celui qui en tient lieu, ne se conforme pas à ces prescriptions, l’enfant peut, après un avertissement préalable, être enlevé à sa surveillance et mis sous ia protection d’un tuteur. Les frais que cela occasionne et la rétribution scolaire seront néanmoins exigés du père.

SUÈDE

La commission de l’école, avec le concours de la paroisse, fixe la durée annuelle des classes et celle des leçons. Les leçons ne peuvent pas durer plus de six heures par jour, et une récréation est accordée à l'enfant après chaque heure d’étude.

Les instituteurs incapables sont congédiés par la commission. Si un instituteur est, par l'âge ou des infirmités, mis hors d’état de continuer à donner ;es leçons, il dépendra de la paroisse de lui allouer une pension plus ou moins grande. Une somme de 120,000 rixdalers a été accordée par les États, comme fonds pour les pensions des instituteurs et pour celles de leurs veuves et enfants.

La surintendance de l’enseignement, dans chaque diocèse, appartient à l'évêque et au chapitre des chanoines.

Là où, pour une ou plusieurs paroisses rurales, on a établi une école supérieure, « qui fournit aux enfants plus doués, dont les parents appartiennent à la classe ouvrière, l'occasion d’acquérir, sous la direction d’un professeur qui a fait des études universitaires, des connaissances utiles, sans les détourner de leur manière de vivre ou de la pratique nécessaire pour leur faire acquérir de l'habileté rrr,nuelle et les durcir aux fatigues du travail corporel, » cette école, conformément à l'arrêté royal do 1858, recevra de l’État jusqu’ap double de la somme que le district aura alloué à cet effet, subside qui ne peut pourtant pas dépasser 1,000 rixdalers par école. Des écoles de ce genre n’existent encore que dans 10 districts.

En 1865 a paru un nouveau règlement royal pour les séminaires des instituteurs populaires. Le cours d’études dure deux ans; il comprend les branches suivantes : La connaissance de la Bible, l’explication du catéchismo de Luther et de l'histoire biblique, l'explication des psaumes, les faits principaux de l'histoire chrétienne, l’orthographe suédoise et la pratique de parler correclement le suédois, l’arithmétique, la géométrie, l’histoire du pays, la géographie au moyen de cartes et de sphères, l’histoire nature'le, la pédagogie et la méthode, la calligraphie, la musique et le chant, la gymnastique et le maniement des armes ainsi que l’horticulture.

A chaque école normale est jointe une école populaire, afin de procurer aux élèves-instituteurs l’occasion d’enseigner. La surveillance des écoles normales appartient au consistoire du diocèse où ils sont situés.

Le séminaire des instituteurs de Stockholm s’est ouvert en 1861 et celui de Skara en 1866. Dans chacun d’eux il y a un recteur et trois adjoints. Dans celui de Stockholm, qui a en même temps pour but de former des gouvernantes, l’instruction est donnée par une directrice, trois professeurs ordinaires et trois institutrices ordinaires, ainsi que par cinq professeurs et dix institutrices extraordinaires. Dans ces

deux séminaires il y avait au commencement do l’année 1867 134 élèves inscrits. Les branches d’études sont : La langue et la littérature suédoises, les langues française, allemande et anglaise, l’art pédagogique et la méthode, l’histoire et la géographie, l’arithmétique, la géométrie et l'histoire naturelle Les écoles primaires dépendantes de ce séminaire sont organisées pour contenir chacune 30 enfants

Un grand établissement d’instruction pour institutrices, calculé pour contenir 73 élèves, a également été fondé aux frais des particuliers, à Goteborg en 1861, et un autre à Norrkoping.

À la diète de 1853 les États exposèrent au Roi la nécessité de nommer des inspecteurs pour les écoles populaires. A cet effet un projet fut présenté à la diète de l’année 1860, et accepté par les États. — En 1863 parut uno instruction pour les inspecteurs des écoles populaires et actuellement il y a 39 inspecteurs nommés par l’État. Conformément à cette Instruction, ils doivent» non-seulement diriger la marche de l'enseignement, visiter personnellement les écoles communes et particulières de leur ressort, et faire des rapports complets, au département de l’instruction, sur l’état de l’enseignoment du district dans son ensemble et de chaque école populaire en particulier, ainsi que les changements et les améliorations nécessaires; ils doivent, en outre, Taire à la commission etaux instituteurs les prescriptions verbales requises, et en déans les trois mois après leur visite, envoyer à la commission de l’école un mémoire écrit contenant leurs observations. Si quelque réforme est pressante, ils en instruisent le chapitre des chanoines. »

Dans les rapports publiés jusqu à ce jour, on voit, d une part, les progrès réels que l’enseignement a faits en Suède pendant les vingt dernières années, et, de l'autre, combien il reste encore à faire, surtout dans les campagnes les moins peuplées, avant de pouvoir considérer le but propesé comme atteint. Tous les inspecteurs s’accordent à reconnaître que le clergé du pays travaille en général avec zèle et ardeur au développement des écoles, et que les communes se sont soumises de bon gré aux sacrifices considérables qu’elles ont dû s’imposer pour la fondation d’une multitude de nouveaux locaux d’écoles, pour les traitements des instituteurs, etc. Le zèle pour atteindre le but désiré est tel qu'on a lieu d’espérer que ces efforts réunis auront un plein succès, là du moins où l’éloignement des habitations n’offre pas de trop grands obstacles. Ainsi, par exemple, quelques administrations communales ( Landsting ), ont alloué des crédits, en sus du traitement qu’ils reçoivent de l’État, à différents inspecteurs des écoles, qui ne peuvent pas s’acquitter complètement de leurs fonctions, vu l’étendue de leur district. D’autres ont même

SCÈDE.

fourni l’argenl nécessaire à former des institutrices pour les petites écoles préparatoires qui sont encore trop rares.

Il serait en outre très-désirable, d’après l’opinion des hommes compétents, que l'on employât plus de femmes comme institutrices, même dans les écoles populaires proprement dites. Les mêmes raisons existent en Suède qu’aux États-Unis. Avec un égal degré d’instruction, la femme est plus apte que l’homme à instruire les enfants; elle sait plus facilement gagner leur confiance, elle exerce plus d’autorité sur eux par sa douceur intelligente que l’homme par sa sévérité. Une considération dont on doit également tenir compte, c’est qu’elle peut, plus facilement que l’homme, subsister avec le minimum que la loi accorde comme traitement à l'instituteur, et avec ce que les communes, généralement pauvres, ont jusqu’ici pu ou voulu accorder à leur maître d’école. Enfin, l’enseignement fournit aux femmes non mariées une occupation d’autant plus avantageuse pour elles qu’il leur devient de plus en plus difficile de subsister par le travail manuel, depuis les inventions mécaniques.

Dans les États Scandinaves, comme dans la plupart des autres pays de l’Europe, excepté la Hollande et l’Irlande, l’enseignement religieux continue à être donné par l’instituteur, sous la surveillance du prêtre, et même sous sa direction, là où c’est nécessaire. En Suède, il est particulièrement recommandé d’expliquer d’abord les dogmes de la foi à l’enfant avant de les imprimer dans sa mémoire. Sauf cette exception, le prêtre ne prend pas part directement a cet enseignement dans les écoles; il interroge seulement les enfants, sur cette branche comme sur d’autres, aux examens annuels et aux interrogatoires à domicile. Ensuite, il entreprend cette instruction, après la sortie de l’école, pour la préparation à la confirmation et à la communion, instruction qui continue en plusieurs endroits pendant deux ans. Il est président de la commission des écoles, et doit, en celte qualité, surveiller l’enseignement dans son ensemble. En un mot, en Suède aussi bien qu’en Danemark et en Norwége, on a cherché de toute manière à conserver aux écoles populaires non-seulement un caractère chrétien, mais môme un caractère de religion d’État.

Dans ces pays, il est certain que la plupart des parents verraient avec une répugnance réelle toute tentative pour changer les écoles populaires en des écoles purement laïques, comme celles qu’on accueille avec tant d’empressement dans les pays où deux ou plusieurs cultes sont investis des mêmes droits.

En Suède, il n’y a pour ainsi dire que des protestants. D’après la statistique officielle, sur une population de 4,200,000 habitants, à la fin de 1865, il n’y avait pas plus de 433 catholiques, 183 anglicans, 25 réformés française! 1,216 juifs, y compris les femmes et les enfants.

Ceux qui n’appartiennent pas au culte protestant, jouissent actuellement d'une complète liberté, et ils ont leurs écoles particulières, qu'ils organisent et entretiennent à leurs frais. Ils doivent néanmoins payer toutes les contributions à la commune, et conséquemment participer aux frais d'uno école dont ils ne peuvent pas faire usage, aussi longtemps qu’on y enseigne une religion qui n’est pas la leur.

A la fin de l’année 1866, il se trouvait en Suède, selon la statistique d’un de leurs chefs, 6,875 baptistes qui s'écartent dans l'un ou l’autre article des dogmes de l’Église luthérienne. Comme ils n’ont pas encore voulu se séparer officiellement de cette dernière Église, pour former une communauté h part, ils n’ont aucun droit à réclamer pour eux des écoles spéciales

Le moment semble être venu où l’on s'occupera plus sérieusement de la proposition que le comité des États a faite par rapport à l'enseignement religieux en 1840. Selon cette proposition, le devoir de donner l’enseignement religieux incomberait au clergé, et de cette manière l’instituteur en serait déchargé. Il est rare que ce dernier soit apte à expliquer les dogmes de la foi, et on n’a pas le droit d’exiger qu’un homme recevant un traitement qui souvent ne dépasse guère le salaire d’un ouvrier, pos>ède le degré d’instruction religieuse et scientifique nécessaire à cet effet.

Malheureusement, cette proposition n'a pas été acceptée, bien qu’elle émanât de plusieurs des prêtres éminents qui prirent part au travail du comité. On objectait que les fonctions du pasteur absorbent tout son temps, et qu’il ne pourrait pas donner l’enseignement dans les écoles populaires, surtout s’il y en a plusieurs dans sa paroisse, comme cela arrive souvent.

On ajoutait encore qu’il devait déjà donner l’enseignement religieux à ceux qui avaient quitté l’école et qu’il avait, pour les préparer à la communion, à faire les interrogatoires à domicile. Le roi lui-même refusa son adhésion au projet.

Les motifs qu’on alléguait alors contre cette proposition ont maintenant beaucoup perdu de leur valeur, depuis que la nouvelle loi communale a déchargé le prêtre de la plupart de ses fonctions temporelles. Celui-ci pourrait peut-être consacrer deux heures par semaine dans chaque école à expliquer le petit catéchisme de Luther et donner à l'église le reste de l’enseignement religieux.

Dans une époque de doute et de discussion comme la nôtre, il est dangereux de laisser le premier enseignement religieux à l’instituteur. Ceux-là surtout qui ont à cœur l’avenir de la religion chrétienne devraient demander que l’instituteur cesse de donner l’instruction religieuse, d'autant plus que le clergé, dans beaucoup de pays, commence à considérer ce soin comme un devoir et que même il le

SUÈDE

réclame comme un droit qui revient incontestablement il lui seul.

Après avoir fait connaître la législation en vigueur en Suède nous indiquerons les résultats obtenus par la loi sur l’enseignement populaire de 1842, en rosumint les données de la statistique officielle.

En 1830, soit trois années après le temps fixé pour l’organisation des écoles populaires, il y avait sur une population de 3,338,867 personnes, 436,678 enfants en ège d’école de sept à quinze ans, dont 14,283 ne recevaient point d’instruction, ce qui fait environ 3,2 pour cent sur la totalité. Dans les écoles populaires fixes 1 >3,526 enfants recevaient l’instruction, 126,178 dans les écoles ambulantes1, 17,463 dans les écoles particulières et 128,996 étaient instruits à domicile. Le nombre des instituteurs pour les écoles fixes s’élevait à 2,107 et pour les écoles ambulantes à 1,337. Le nombre des écoles populaires, y compris les écoles de l’enseignement mutuel, devait être pour le moins de 2,429.

A la fin de l’année 1863, la population totale du royaume s’élevait à 4,114,141 personnnes, dont 486,597 habitant les villes et 3,627, 414 habitant les campagnes.

Dans toutes les villes du royaume il y avait une ou plusieurs écoles. Dans la ville de Stockholm, dont la population s’élevait à 133,361 habitants, on comptait 93 instituteurs et le nombre des écoliers était de 4,248. La dépense totale pour ces écoles populaires s’élevait à 109,118 rixdalers pour l’année (1 rixdaler=1 fr. 40) — La ville de Goteborg possédait 67 établissements pour l'instruction populaire de toutes sortes, et avec une population do 43,341 habitants comptait 3, 043 écoliers. La ville do Norrkôping, avec une population de 22,641 habitants, n’avait pas moins de 93 écoles privées et publiques, et 3,390 écoliers.

Dans les campagnes il y avait, selon les rapports annuels des inspecteurs des écoles populaires, "pour les années 1864-66, 2,174 écoles fixes, et 1,231 écoles ambulantes, soit un total de 3,423 écoles primaires proprement dites, plus 2,739 écoles pour petits enfants et environ 300 différents établissements d’enseignement populaire.

Les écoles primaires étaient dirigées par 2,793 instituteurs ordinaires et extraordinaires et par 88 institutrices. Pour les petitos écoles préparatoires il y avait 1,270 instituteurs et 1,003 institutrices, total du personnel enseignant 4.036, dont 1091 institutrices ce qui fait 1 maître par 163 élèves. 2,426 instituteurs et 69 institutrices, avaient passé leurs examens dans les séminaires d’instituteurs; 843 instituteurs étaient en même temps sacristains.

1 . Les écoles ambulantes existent dans les districts où la population est si disséminée que le m titre doit aller trouver ses élèves.

A la fin de l’année 1866 on comptait à la campagne 2,165 locaux d’école dont 1,546 avec jardin. Un grand nombre de nouveaux locaux d’école étaient en construction ou décrétés. Le coût moyen pour les locaux nouvellement construits doit s’élever à environ

3.000 rixdalers, quoique quelques-uns dans le nombre aient coûté de 5 à 9,000 rixdalers chacun. Selon les calculs des inspecteurs, qui voudraient voir à côté de chaque école fixe ou ambulante, une petite école préparatoire, il faudrait encore au moins 432 écoles primaires proprement dites, et 826 petites écoles, avant de pouvoir considérer le nombre indispensable comme atteint. — A la même époque il y avait environ 100 écoles manufacturières pour filles, et chaque année on en organise de nouvelles.

Il se trouvait 187,010 enfants dans les écoles fixes, 149, "59 dans les écoles ambulantes, 120,850 dans les petites écoles, 22,267 dans les écoles privées, 162 dans les écoles supérieures et 9,150 dans les écoles élémentaires primaires. Les parents ou des instituteurs particuliers instruisaient à domicile 103,993 enfants. Total général 593,191 ce qui fait I élève par 6,9, proportion plus favorable qu’en Allemagne. 41,473 enfants, dont 2,845 par cause d’inGrmités, étaient déclarés ne point recevoir d’instruction.

D’après les statistiques de 1867, 402,250 apprenaient à écrire, tous étudiaient le catéchisme et 397,000 l’histoire biblique, 265,570 apprenaient l’histoire et la géographie, 72,840 l’histoire naturelle,

105.000 la grammaire suédoise, 35,300 la géométrie et le dessin linéaire, 235,000 le chant, 153,200 la gymnastique et même l’exercice militaire qu’une loi récente a rendu obligatoire. Il n’y en avait que 13,079 qui apprenaient l’horticulture, ce qu’il faut attribuer au défaut d’emplacement convenable. Par contre, la plupart de ceux qui étaient instruits à domicile, n’avaient appris à coup sûr qu’à lire passablement et à connaître le catéchisme; ils ne connaissaient qu’à peine l’histoire biblique et savaient peut-être écrire et calculer un peu. Une caisse d'économie est créée dans chaque école à Stockholm et les élèves sont encouragés à y déposer leurs petites épargnes.

Dans les écoles fixes 63,726 enfants ont suivi les cours de un à soixante jours, 61,506 de 60 à 120 jours, et seulement 48,446 pendant plus de 1 20 jours. Les écoles ambulantes ont été fréquentées pendant moins de 60 jours par 80,892 enfants, et pendant plus de 60 jours seulement par 110,859 enfants.

Si les enfants ne fréquentent pas plus régulièrement l’école, cela ne vient pas uniquement de l’indifférence des parents mais bien plutôt de leur misère qui ne leur permet point d’entretenir leurs enfants loin de la maison et de les pourvoir de chaussures.

SUÈDE

L’obstacle réel qui s’oppose à une fréquentation régulière de l’école, et à l’organisation d'écoles fixes dans toutes les parties du pays, ce sont les vastes espaces où les populations sont disséminées et les distances considérables qui séparent les habitations. Selon les rapports officiels 19,753 des écoliers inscrits doivent faire plus de 4 kilomètres, et 65,093 plus de 2 kilomètres pour so rendre à l’école. Qu’on ne s’étonne donc pas si les parents hésitent souvent à laisser faire à leurs enfants un trajet aussi long, surtout pendant la longue période de l’année où les chemins sont parfois tout à fait impraticables et couverts de plusieurs pieds de neige. Dans les régions septentrionales du royaume il est même de toute impossibilité à une multitude d’enfants de fréquenter l’école fixe, qui est naturellement située dans le voisinage de l’église paroissiale, dont ils sont souvent éloignés de plusieurs lieues. Ils doivent donc se contenter d’une école ambulante ou d’une petite école, ou bien les parents doivent les instruire à domicile.

Pour ceux qui ne connaissent pas exactement les conditions particulières de la Suède, il ne sera pas inutile de citer les faits suivants pour faire comprendre l’influence que ces conditions exercent sur la fréquentation régulière de l’école Dans le diocèse d ’Upsala, il y avait en 1865 sur une étendue d'environ 200 lieues carrées — la lieue suédoise équivaut environ à 8 kilomètres — 50,659 enfants en âge d’école, dont 21,952, c’est-à-dire à peu près la moitié, fréquentaient les 282 écoles fixes du diocèse, et il n’y en avait quo 8,074 dans les 167 écoles ambulantes qui s’y trouvent; 10,22ù enfants recevaient l’instruction à domicile. — Dans le diocèse voisin de Ilernœsand qui comprend le circuit immense de 2,070 lieues carrées suédoises et pas moins de quatre gouvernements (laen fief), le nombre des enfants en âge d’école s’élevait à 57,123, dont seulement 7,401 fréquentaient les 93 écoles fixes du diocèse, et 12,185 les 107 écoles ambulantes, taudis que environ 10,300 profitaient des petites écoles nouvellement établies ou des élablissemcnts privés, et 26,257 recevaient l'instruction à domicile. — On ne doit pas en conclure cependant que les habitants de ces régions éloignées manquent entièrement de culture intcllecluelle; grâce au zèle et à la capacité que la plupart des paysans déploient pour instruire leurs enfants, elles ont toujours compté parmi les contrées les plus éclairées de la Suède. On en voit une preuve manifeste dans le grand nombre d’hommes de sciences et de pasteur* qui en sont issus.

Nous trouverons un exemple plus frappant de l’influence de ces conditions dans un parallèle entre le diocèse de Lund et celui do Carlstad. Dans le premier, sur une étendue do 95.90 lieues carrées, le nombre des écoliers s’élevait en 1865 à 104,798 , dont 56,059, —

soit plus de la moitié — fréquentaient les 020 écoles fixes du diocèse et seulement 9,306 profitaient des 86 écoles ambulantes; 9,061 enfants recevaient l’instruction h domicile. — La même année il n’y avait dans le diocèse de Carlstad, qui a un circuit de 157.89 lieues carrées, que 63,996 enfants en âge d’école, et de re nombre 2,398 seulement fréquentaient les 18 écoles fixes du diocèse, tandis que 34,583 fréquentaient les 207 écoles ambulantes et les 258 petites écoles; 8,308 enfants recevaient l'in-truction à domicile.

Le seul moyen sûr pour vaincre ces difficultés locales, c'est sans contredit d’organiser, comme en Norwége, à côté des écoles fixes, autant de petites écoles préparatoires et A' écoles d’arrondissement ( Kretskol r) qu’il en faut. Quand les frais nécessaires à cet effet dépassent les moyens de l'une ou de l’autre commune pauvre, le gouvernement devrait allouer des subsides.

Après avoir établi dans toutes les parties du pays un nombre suffisant de petites écoles préparatoire-, tenues par des instituteurs et des institutrices capables, il serait avantageux d’y faire rester les jeunes écoliers jusqu’à neuf ans accomplis, non-seulement pour y apprendre à lire, comme cela s'est fait jusqu’à ce jour, mais encore pour y apprendre à écrire, à s’exercer dans le calcul mental, et à faire au moins l’addition et la soustraction sur le tableau.

Si les instituteurs des écoles populaires étaient par là déchargés d’un quart de leurs élèves et de la partie la plus ingrate et la plus ennuyeuse de leurs fonctions, ils seraient alors en état de se consacrer exclusivement à l’ens ignement des élèves avancés; ils pourraient donner l’enseignement dans les branches supérieures d’une manière attrayante, et il est certain qu’alors les enfants prendraient goût à l’étude, et que les plaintes constantes sur leur négligence à aller à l’école cesseraient d’elles-mèmes. Partout il faudrait élever le minimum d’instruction prescrit pour avoir droit à un certificat de sortie d'école, de manière à n’accorder ce certificat que quand les enfants pourraient fournir la preuve qu’ils sont instruits au moins dans les branches les plus importantes du programme des écoles.

Le gouvernement devrait en même temps prendre à cœur de soutenir et d’encourager les communes à se réunir plus généralement qu’elles ne l’ont fait jusqu’ici, pour organiser des écoles populaires supérieures, telles que la loi les prescrit et auxquelles le trésor alloue des subsides si considérables. Il faudrait au moins un établissement semblable dans chaque district ( harad ), pour permettre, à tous ceux qui en ont les dispositions et le goût, d’acquérir, à peu de frais et dans le voisinage do leur domicile, le degré de culture que tout citoyen doit avoir dans une nation où le droit de suffrage est aussi ctendu qu’en Suède.

SUÈDE

L’intérêt toujours croissant que les Représentants du pays aussi bien que les communes témoignent pour tout ce qui se rapporte à l’enseignement populaire, la faveur que le roi et les chefs du département de l’instruction accordent à cet objet dont ils comprennent tou e l’importance, donnent lieu d'espérer que rien ne sera négligé pour que la Suède s’élève sous ce rapport au premier rang des nations euiopéennes.

Outre les écoles populaires publiques dont nous venons de parler, plusieurs autres établissements d’instruction ont été établis depuis l’année 1842 par les particuliers. Nous devons surtont mentionner l'établissement de secours de Hissing pour les petits vagabonds, dans lequel 76 enfants reçoivent l’instruction; l’instiluiion de secours de Rodoby, qui peut donner asile à 10 garçons et à 10 jeunes fdles; une institution semblable à Goteborg, exclusivement pour jeunes filles, et une autre à Uoras, pour les enfants abandonnés des deux sexes, outre plusieurs établissements de ce genre dans Skane et dans d’autres provinces; l’institution centrale de Stockholm pour les aveugles et les sourds-muets, ainsi que differents autres établissements plus petits, organisés d’après le même modèle dans les provinces, et recueillant actuellement un grand nombre d’en'anls de la classe indigente', pour les élever et soigner leur éducation.

En énumérant les etablissements qui permettent à la jeunesse de continuer son instruction, il ne faut pas passer sous silence le grand nombre d'écoles d' application qui existent actuellement dans le pays et où tous ceux qui ont rempli les conditions pour y être admis reçoivent une instruction gratuite.

On trouve dans la plupart des districts une ou plusieurs écoles élémentaires supérieures. Il y en a qui comptent plus de 500 elèves, dont environ un cinquième sont fils de paysans ou d’ouvriers. Le pays possède en outre i grandes écoles d'agriculture fondées aux frais de l’État, et 25 écoles d’agriculture plus petites, fondées par des sociétés rurales avec le secours de la caisse commune, 2 écoles des mines {bergskkola) , l’une primaire (lagre) , l’autre supérieure [hogre); une école fores t'ère supérieure et six écoles primaires pour la sylviculture entretenues par l’État, ainsi que 3 écoles différentes pour les gardes-forêts, fondées par des sociétés agronomiques, avec le concours de l’État. On a aussi fondé une institution technologique à Stockholm, et cinq écoles primaires techniques dans certaines villes de province; deux grandes écoles manufacturières (slôjdskolor) à Stockholm et à Goteborg : un établissement pour la construction des vaisseaux, ainsi que 9 écoles de navigation, etc. Chaque fois que l’on annonce qu’il y a quelques places vacantes dans ces divers établissements, il se présente toujours deux fois autant d’élèves que

l’établissement en peut recevoir, et la plupart d’entre eux sont des fils de paysans. Il est regrettable que si peu de ce nombre retournent chez eux pour s’y adonner à l'agriculture et pour y faire usage des connaissances acquises.

L’État paye, en outre, un professeur pour enseigner l’art d’élever les moutons et de produire la laine ; un autre pour l'élève du bétail et la manière de diriger une ferme. Il en nomme deux pour enseigner la préparation du charbon de bois et do la tourbe, ainsi que dix ingénieurs agricoles, qui ont mission de faire progresser l’agriculture, d’introduire le drainage et l’irrigation des prairies. La plupart des sociétés agronomiques des vingt-quatre districts nomment chacune différents conseillers agronomes, ainsi qu’un professeur daDS la science forestière, l'élève du bétail, etc. Ces professeurs de toute espèce se présentent, dès qu’on le désire, même chez le plus petit propriétaire, et cela aux frais de la caisse commune. Quiconque les fait venir n’a qu’à leur payer une certaine' somme par jour fixée à l’avance. Les petits cultivateurs ont en général si souvent recours à ces maîtres ambulants, qu’il leur reste à peine quelque temps à donner aux grands fermiers.

Le budget de l’État do la Suède s’élève aujourd’hui à 34,054,300 rixdalers, dont un huitième ou 4,560,300 rixdalers revient au département royal ecclésiastique, qui reçoit encore en plus 538, 1 10 rixdalers. Les deux universités, ainsi qu’une partie des écoles possèdent des revenus considérables, provenant de legs, de propriétés et de capitaux. Depuis l’année 1840, il y a eu une augmentation de 207, et depuis 1857 une augmentation de 13 ) pour cent, bien que le budget ne se soit augmenté que de 80 pour cent dans son entier. Les communes reçoivent, outre certains subsides spéciaux pour l’enseignement populaire, la moitié des contributions personnelles payées à l’État, laquelle moitié s’élevait en 1865 à 625,081 rixdalers.

Les impôts pour l’école populaire dans les communes où elle est bien organisée, s’élèvent pour le moins à un chiffre correspondant à celui des autres contributions.

La dépense totale de l’enseignement primaire comprenant les constructions et les traitements tant en argent qu’en nature se sont élevés en 1867 à 3,893,876 rixdalers ou 5,151,426 francs.

Ces chiffres ne frapperont peut-être pas le lecteur étranger, s’il les compare aux sacrifices que des pays plus riches font pour leur enseignement. Mais s’il les compare au budget de l’État de la Suède dans son entier, ainsi qu’aux ressources du pays, il conviendra que la Suède donne pour son enseignement primaire une somme assez considérable, puis qu’elle y consacre la dixième partie de son revenu, ce qui équivaudrait à 200 millions pour la France.

SUÈDE

Partout les communes se décident à faire de plus grands sacrifices encore. C’est ainsi qu’on a bâti depuis trois ans 41 nouveaux locaux d’école dans Malmohus etlôdans le fief do Christianstad;on en a construit 36 dans un seul ressort d'inspection dans le diocèse de Wexio, et il est question d’en ajouter encore 21 . Dans le diocèse de Goteborg, on a également construit 45 nouveaux locaux, dans celui de Carlstad <10. Dans le district Ofre Dalarnes du diocèse de Westeras, la population, en général pauvre, a fait bâtir vers la même époque jusqu’à 47 locaux pour écoles, et elle a l'intention d’en construire encore 23 autres. Dans le nombre, il y a des maisons qui ont coûté aux paroisses jusqu’à 10,000 rixdalers chacune.

Les écoles du dimanche et les interrogatoires ( repelilionsfôrhôr ) pour lesquels on a fixé un jour dans la semaine, se multiplient de plus en plus, de même que les bibliothèques des paroisses qui sont de plus en plus fréquentées. On comptait en 1868, 1300 bibliothèques d’école. L’enseignement se fait en général d’une manière plus rationnelle; l’ancienne façon monotone de faire apprendre aux enfants par cœur est remplacée par une nouvelle méthode, plus claire et plus vive, que la loi sur les écoles recommande et que les inspecteurs introduisent partout.

Les absences diminuant rapidement. Il y a des districts d’école où elles ont baissé, en trois années de temps, de 37 à 13 pour cent, sur la totalité des élèves.

La plupart des Suédois savent non-seulement lire couramment un livre, mais ils le savent de manière à trouver plaisir à la lecture et à en profiter. La preuve que le goût de la lecture devient de plus en plus vif, est que les bibliothèques des paroisses, fondées depuis quelques années, aux frais des communes ou des particuliers, ont déjà atteint à peu près le chiffre de 1,100. Les livres les plus recherchés sont ceux qui traitent de l’histoire et de matières religieuses. Personne ne nie que tout ceci n’ait grandement contribué à exciter ce vif sentiment religieux qui se réveille de nos jours de toutes parts chez le peuple.

Il parait, en effet, qu’une soir de connaissances se fait généralement sentir chez la jeunesse du pays, puisque les fils et les filles du peuple se disputent l’entrée aux institutions d’enseignement public de toute espèce. C’est sans aucun doute une conséquence do l’influence exercée par les écoles populaires.

Les mœurs mêmes du peuple se sont en général adoucies. Aussi la nouvelle législation civile et criminelle a-t-elle réduit les peines dans beaucoup de cas.

Ce qu'il y a de plus important, c’est que le nombre des crimes et délits a diminué, depuis les vingt dernières années, malgré

l’accroissement de la population. C'est une admirable preuve de l’influence salutaire que l’école populaire exerce sur le sentiment du devoir, l’obéissance à la loi et la moralité. Les rapports du ministre de la justice pour les années 18,45 et 1864, constatent les résultats suivants. En 1845, alors que la population no s’élevait qu'à 3,316,536 habitants, la peine de la prison a été app iquée à 15,483 personnes ou à une sur 214 En 1864, quand la population avait atteint le chiffre de 4,114,141 âmes, cette peine n'atteignit que 11,998 personnes, par conséquent, une sur 342, y compris, non-seulement celles qui furent arrêtées pour de très-légères contraventions de police qui sont actu llement plus sévèrement punies qu'autrelois, mais encore les 298 personnes emprisonnées celte même année pour dettes.

Pour ce qui regarde le nombre des condamnés pendant les deux années que l’on compare, la proportion n’est pas moins satisfaisante.

En 1845, il n’y eut pas moins de 1,732 condamnations pour violation des lois de la morale, en 1 864, au contraire, il n’y en eut plus que 938. Parmi cellës-ci le nombre des adultères avait diminué de 149 à 67, et celui des commerces illégitimes de 1,565 à 881, ou à peu près de la moitié.

En 1845 on emprisonna 12,661 personnes pour ..élits commis au détriment des particuliers, et en 1864 seulement 3,874. Le nombre des empoisonnements et des assas-inats était de 3 à 5 cam ne en 1845, mais en 1864 celui des meurtres avec préméditation avait diminué de 72 à 5, celui des homicides de 79 à 19. Le nombre des infanticides s’élaitau contraire malheureusement augmenté de 56 à 72, surtout dans la capitale. Celui des mauvais traitements en génénl avait diminué de 5,379 à 2,828, et le nombre des individus arrêtés pour injures de 1,580 à 650.

Le nombre des personnes arrêtées pour atteinte à la propriété s’élevait encore en 1845 à 4,9 3, tandis qu’il ne montait plus en 1864 qu’à 3,316. Dans ce nombre les condamnations pour meurtre et brigandage avaient diminué de 20 à 7 et celles pour vol avec effraction de 2,520 à 1,371.

Si l’on retranche les gens arrêtés pour ivrognerie, le nombre des contraventions de police de toute espèce a décru de 14,137 à 11,212, bien qu’elle soit maintenant exercée avec plus de sévérité que jadis, et quoique la population de la capitale se soit augmentée dans ces derniers temps de plus d’un tiers. Celle des autres grandes villes s'est à peu près doublée. — Le nombre des arrestations pour ivrognerie, qui n’atteignait en 1 845 que le chiffre de 4,469 s’élevait en 1864 à un total de 13,584. Cependant il est généralement admis, qu'à tout prendre, le vice de l’ivrognerie a

NORWÉGE

diminué : c’est la répression qui a été plus sévère. On peut attribuer l’amélioration aux mesures restrictives de la législation concernant les liqueurs fortes et aux grands impôts qui ont été mis non-seulement sur la fabrication de ces liqueurs, mais encore sur le débit, La quantité d'eau-de-vie, distillée dans tout le royaume a diminué également d'environ 40 millions de cruches. En 1844 la diminution n’était que do 15 à 16 millions.

Les condamnations pour crimes et contraventions à la loi, de toute espèce, donnaient en 1815 un total de 31,711 pour tout le royaumo et en 1864 ce nombre ne s'élevait qu’à 21,599. Par conséquent il y avait une diminution de condamnations d’environ 33 p. 100 en même temps que la population s’était accrue d’à peu près 25 p. 1 00. La première année la 104,ue personne était condamnée, la dernière seulement la 190"“ de tout le pays. La Suède possède en tout 35 prisons cellulaires.

On peut dire que le peuple Suédois est heureux. Le roi régnant a pour devise: Le pays sera gouverné par la loi, et il disait récemment dans le discours du trône, en s’adressant aux représentants : « Mon but est de fortifier avec votre secours l’enseignement populaire. Mon désir le plus ardent est de procurer à notre peuple une éducation saine et solide qui puisse étendre ses bienfaits jusqu a la moindre de ses chaumières. »

NORWÉGE

La Norwége est le pays où l’organisation de l’enseignement primaire offrait le plus de difficultés, et c’est cependant celui où les progrès récents ont été les plus grands, grâce à la vigueur de la législation adoptée par les représentants du peuple.

La contrée est pauvre par suite de la rigueur du climat. Elle forme un.plaleau élevé où les céréales ne mûrissent plus, entrecoupé par des vallées profondes et abruptes, par des fjords, des lacs et des torrents. Elle est très-peu peuplée : elle n’a que 257 habitants par mille géographique, tandis que la France en compte 3,800. Dans les campagnes les cultivateurs ne sont pas groupés dans des villages. Lours fermes sont éloignées les unes des autres et placées au milieu de leurs terres. Pendant uno grande partie de l’année la terre est couverto de neige. 11 est donc difficile de réunir l’argent destiné à payer le maître et difficile aussi de réunir les enfants à l’école.

Cependant les paysans norvégiens étant toujours restés libres, la connaissance des traditions nationales, de leurs lois, de leurs chants,

leurs débats dans les assemblées populaires, les préservèrent de l’ignorance complète où étaient tombés ailleurs le3 habitants des campagnes attachés .à la glèbe. La Réforme répandit la lecture de la Bible, et en 1739 parut une ordonnance, amendée parcelle de 1741, qui imposait aux communes la charge d’établir des écoles dans la mesure du possible; mais c'est récemment seulement que le gouvernement s’est occupé d’organiser systématiquement l’enseignement public. L’instruction primaire est réglée par les lois du 4 4 juillet 1827 et du 16 mai 1860 sur les écoles des campagnes, et par celles du 12 juillet 1848 et du 22 mai 1869 sur les écoles des villes.

Le législateur déclare que le but do l’enseignement populaire est o de venir en aide à l’éducation particulière, en fournissant à la jeu- » nesse des lumières vraiment chrétiennes, de lui procurer les con- » naissances que tout membre de la société doit avoir et de lui faci- » liter, pour autant que les circonstances le permettent, les progrès » dans toute espèce de culture. »

11 y a deux espèces d’écoles. L’école du degré inférieur appelée kretsskola, école de district, et dans laquelle les enfants du district reçoivent l’instruction prescrite par la loi pour tous; et l’école supérieure où les enfants appartenant à divers cantons peuvent recevoir un enseignement plus étendu.

L'école primaire. — Chaque commune est divisée en plusieurs districts, chacun ayant l’étendue prescrite par la commission scolaire. On a soin d’assigner à chaque habitation l’école la plus proche ou celle à laquelle conduit le chemin le plus commodo.

Là où les habitations sont assez rapprochées pour qu’au moins trente enfants puissent se rendre journellement à l’école, il faut que le district possède un local ou en loue un. Si le nombre des enfants tenus d’aller à l’école ( skolpliglige ) est assez considérable pour qu’un seul instituteur ne puisse pas les instruire simultanément, on doit ou bien les diviser en certaines sections , qui prennent possession du local à tour de rôle, c’est le half-lime System en usage dans certaines villes des États-Unis — ou nommer des sous-maltres. — Si les habitations du district sont très-isolées et si, par suite des représentations de la commission d’écoles, la direction du diocèse ( stiftdirectionen , le bailli et l’évêque) est d’avis qu'une école fixe est impossible, l'école peut devenir ambulante ( flytlanle ), à la condition pourtant qu’il lui sera donné un local convenable.

Quand l’inspecteur des écoles ou l’administration communale a des observations à faire sur la division des écoles de district, on soumet le cas à la décision de la direction du diocèse et en dernier lieu à celle du roi.

C’est la direction du diocèse qui nomme la commission scolaire

NORWÉGE

et qui prescrit comment celle-ci doit se conduire par rapport aux maisons isolées qui ne peuvent pas être comprises dans la division générale du district.

On enseigne dans les écoles de district : l’écriture, la lecture et la connaissance de la religion chrétienne; l’histoire, la géographie ou l’histoire naturelle, le chant, la calligraphie et l’arithmétique. On apprend la gymnastique et l’exercice, quand les circonstances le permettent.

L’enseignement donné dans chaque école de district dure douze semaines, et neuf semaines s’il y a plusieurs sections. Le reste du temps est employé à la continuation des études, si les parents le désirent. Ce temps prend au moins seize semaines par an.

Les enfants au-dessous de quatorze ans ou ceux qui ont atteint cet âge, mais qui se sont si peu appliqués qu’il est devenu impossible de leur faire prendre part plus longtemps à l’instruction générale, reçoivent des leçons particulières, jusqu’à ce qu’ils puissent de nouveau suivre les cours. Le soin d’y veiller incombe à la commission des écoles, et les frais d’une pareille éducation sont à la charge des parents ou de ceux qui en tiennent lieu.

Toute fabrique, manufacture ou autre établissement de ce genre, qui emploie trente ouvriers ou au delà, est tenue d’avoir son école particulière, à moins que plusieurs établissements ne soient assez rapprochés pour pouvoir se servir d'une école commune. Les enfants du voisinage qui ne sont pas employés dans les fabriques, ont le droit de profiter de cette école, si l'enseignement n’en souffre pas.

La commission d’école ( skolslyrelse ) a le droit d’établir, pour les petits enfants, des écoles qui peuvent être dirigées par des institutrices, ainsi que des écoles pour les ouvrages manuels. Toutefois il faut le consentement de l’administration communale.

Les parents ou les supérieurs sont obligés de procurer aux enfants des livres de lecture ainsi que tout ce qu’il faut pour écrire et calculer, à moins que l’administration n’y ait déjà pourvu. Les autres fournitures de classe sont payées par la caisse de l'école.

Chaque canton (f ormandskab) forme généralement une commune scolaire ( skotkommun ), qui a son école et sa caisse privées. Les revenus de celte école consistent en : a) rentes qu’elle possède, b) donations, c) épargnes, d) amendes fixées par la loi, et e) subsides de la commune ou de l’État.

L’enseignement est gratuit, mais si l’éducation se prolonge au delà du terme fixé, on peut imposer une rétribution aux enfants, à moins qu’ils ne soient pauvres.

Dans ce cas le montant de la quote-part pour chaque contribuable est fixé par l’administration communale.

La construction ou le loyer, ainsi que l’entretien du local sont à la charge de la caisse scolaire.

Les frais de chauffage, d'éclairage et d’entretien, ainsi que les frais de déplacement de l’instituteur, sont payés par le district scolaire, à moins que l’administration communale ne l'ait ordonné autrement. Le district décide si la dotation sera payée en nature, ou en argent, à l’exception du logement et de l’entretien de l’instituteur, que l’école fournit toujours en nature.

L’administration communale décide quels sont les contribuables ' du canton qui fourniront à l'école, si elle est ambulante, le local ainsi que le logement et l’entretien de l’instituteur. Celui qui ne peut pas fournir le local qu’on exige de lui, est tenu de payer à la caisse de l'école une certaine somme par jour, qui sera fixée par l’administration communale. Quiconque refuse d’accueillir l’école, sans motif plausible, est condamné à 2 species (12 francs) par jour, et on loue à ses frais un local pour l'école et un logement pour l’instituteur. Les plaintes, en pareil cas, doivent être adressées à la direction du diocèse.

Il y a dans chaque commune scolaire au moins un instituteur, à qui on procure une maison pour lui et sa famille, ainsi qu’un champ assez étendu pour lui permettre de tenir deux vaches et d’avoir un petit jardin.

Le minimum du traitement des instituteurs des écoles primaires est calculé d’après le nombre de semaines qu’ils enseignent. On fait tous les dix ans un nouveau règlement, qui est soumis à l'approbation de la direction du diocèse.

De l’école populaire supérieure. — Ces sortes d'écoles peuvent, du consentement des chefs de l'administration communale, avec ou sans le secours du fonds scolaire du bailliage (ami), rester isolées ou être réunies à une école de district ou à une école normale ( skolla rare-seminarium). On peut aussi les organiser séparément pour une seule paroisse ou pour plusieurs paroisses réunies. Plusieurs districts peuvent aussi s’entendre pour l’organisation d’une école commune à eux tous. Les communes, qui possèdent déjà une division inférieure, peuvent s’entendre pour former une division supérieure. Il est même permis de fonder les écoles supérieures aux frais du fonds scolaire du bailliage.

Comme le cours d’étude d’une pareille école dure plus de deux ans, on le partage en deux divisions. La division inférieure est organisée de manière à servir de cours préparatoire pour l’enseignement de la division supérieure. Chacune de ces divisions peut se tenir dans des endroits séparés du canton scolaire, quand les circonstances le permettent.

NORWÉGE

On reçoit dans l'école populaire supérieure une instruction plus complète dans les différentes branches inscrites au programme de l'enseignement primaire, savoir : la langue maternelle, la géographie, l'histoire, l'histoire naturelle, le dessin et la géométrie. On peut y ajouter pour la division supérieure : les mathématiques, l’économie rurale ainsi qu’une langue étrangère. — Là où l'instruction religieuse ne se trouve pas portée au programme de la division supérieure, certaines heures sont pourtant toujours consacrées à la lecture de 'a Bible et à des conférences sur l’histoire ecclésiastique. Pour être admis à l'école supérieure il faut passer un examen sur les matières du degré inférieur et avoir au moins douze ans.

Chaque bailliage (ami) qu'il soit ou non divisé en plusieurs districts, forme une grande commune ( Skolkommun ) qui possède son fonds d’école particulier. Les revenus de ce fonds consistent en rentes, en subsides accordés par la Chambre et en sommes destinées à cet effet par les autorités du bailliage.

Lorsqu’un bailliage contribue à ce fonds pour un total correspondant à I j skilling (le skilling vaut 5 centimes) par habitant, il acquiert le droit de toucher sur la caisse de l’État le double de celte somme. Le bailliage accorde-t-il en outre une quote part de 1 jsk. par habitant, il pourra réclamer de l’État une somme égale.

On prend, sur le fonds d’école du bailliage : a) les pensions des instituteurs ; b) les subsides pour les écoles populaires supérieures, et les écoles pour les ouvriers et les artisans; c) des subrides pour la construction du bâtiment d'école et de la maison de l’instituteur ainsi que pour l’acquisition du terrain; d) des secours aux communes pauvres pour les assister dans l’organisation de leur enseignement; e) des gratifications à l’instituteur pour l'instruction donnée à des élèves qui se destinent à l'en-eigncment.

De l'obligation de fréquenter l'école. (0»i Skolgangs skgldighelen). — Tout enfant, âgé de huit ans accomplis, est obligé de fréquenter l'école jusqu’à l'âge de sa confirmation. Toutefois il a le droit de quitter l'école avant ce temps, s’il peut prouver qu'il a acquis les connaissances requises.

Les enfants qui ont reçu, en dehors de l’écolepublique, une instruction analogue à celle qui s'y donne, doivent néanmoins se soumettre à l’examen qu’on subit à l'école. Si, on trouve l’enfant trop peu instruit on exige qu’il complète son instruction.

A moins que ce ne soit pour cause de maladie ou pour tout autre motif admis par l’instituteur, il n’est permis à aucun enfant, obligé de fréquenter l’école, de s'en abstenir. S'il s'absente sans empêchement valable, le comité scolaire a le droit d’infliger aux parents une amende de Î4 skilling (I fr. 20 c.) jusqu’à 5 species (30 fr.). Sous

CO

peine d’une pareille amende, il est défendu aux patrons de faire tra-' vailler les enfants de manière à les priver de l’instruction nécessaire.

Si les parents, ou ceux quion tiennent lieu, sont assez indifférents ou assez vicieux pour négliger ou pour démoraliser leurs enfants, le bureau de bienfaisance est tenu, sur l’avis du comité scolaire, de veiller à ce que cenx-ci soient confiés à d’autres personnes qui s’engagent à soigner consciencieusement leur éducation. Les frais sont à a charge do ceux qui doivent entretenir les enfants. En cas de mauvaise volonté de l’enfant, le comité peut employer des moyens de contrainte. Si c’est, au contraire, la pauvreté qui met obstacle à ce que l’élève suive convenablement les leçons, le bureau de bienfaisance lui vient en aido.

L’instituteur doit tenir un registre en règle des leçons données et de la manière dont elles sont suivies. Si l’eofant d’un district passe dans un autre, on en instruit les autorités de l’endroit d’où il est parti.

Chaque année, dans l’école même, un examen public a lieu, auquel tous les enfants en âge de fréquenter les classes doivent se soumettre, y compris ceux qui reçoivent leur éducation en dehors de l’école. Ceux qui ne se présentent pas sont frappés d’une amende de 1 species (6 fr.).

Écoles normales. — Pour former les maîtres d’école, il existe, outre les écoles normales du diocèse, des institutions plus petites, attachées à l’école populaire supérieure et embrassant les mêmes matières que l’école normale. Les aspirants instituteurs s’exercent dans l’école primaire la plus voisine. C’est l’Etat qui supporte tous les frais de cet enseignement.

On ne nomme, en général, comme instituteur d’une école de district que celui qui a passé un examen satisfaisant dans une école normale ou dans une école populaire, ou qui s’est soumis à une épreuve équivalente.

C’est le comité scolaire qui nomme et destitue le sous-mattre de l’école de district, tandis que l’instituteur dépend de la direction du diocèse. Une fois congédié, l’instituteur n’est plus jamais réintégré dans ses fonctions.

C’est la commission scolaire qui propose l’instituteur pour l’école populaire supérieure; c’est la direction du diocèse qui le nomme. Les supérieurs et les autres professeurs des écoles normales sont nommés par le Roi. Si l’instituteur s’est rendu coupable de quelque faute grave, la [direction du diocèso a le droit de le suspendre à l’instant même do ses fonctions, jusqu’à ce que les autorités compétentes ratifient soo renvoi, oà jusqu’à ce qu’uno sentence judiciaire soit intervenue.

NORWÉGE

L’inspection la plus immédiate de l'enseignement d'une commune incombe à sa commission scolaire. Le président de dette commission est le pasteur. Le chef du cooseil communal, plusieurs de ses membres et au moins un instituteur de la paroisse font partie de la commission. L’inspection des écoles privées, dans les fabriques et les manufactures, appartient en commun au pasteur et au propriétaire de oes établissements; s’il s'élève des différends entre eux, c’est la direction du diocèse q<ui décide.

La commission veille sur tout ce qui concerne l’enseignement, mais le pasteur est particulièrement chargé de surveiller l’instruction et l’éducation que l’enfant reçoit à l’école, do même qu'il doit tâcher d’y faire régner « l'ordre, le *èle et un esprit chrétien. »

La commission scolaire a le droit de nommer des surveillants, chargés de veiller à ce que tous les enfants tenus de suivre les classes, se trouvent présents à l’école.

Elle doit aussi remettre à la fin de chaque année à l’administration communale, un exposé des subsides dont l’école a besoin pour l’année qui va commencer. Lorsque l’administration communale sc réunit pour traiter cette affaire, le pasteur est autorisé à se trouver présent à la réunion, toutefois sans droit de vote.

L’inspection des écoles du bailliage appartient à la direction du diocèse, qui tait un rapport annuel sur les subsides que le fonds du bailliage doit accorder.

Le roi nomme les inspecteurs des écoles populaires parmi les directeurs des écoles supérieures. Leurs fonctions consistent à se tenir exactement au courant de l’état de l'enseignement, à aider les maîtres de leurs conseils, à les guider et à veiller à tout oe qui peut contribuer aux progrès de l'enseignement.

La direction du diocèse exerce la surveillance sur l’enseignement de son diocèse ( stift ).

Les différentes commissions scolaires font tout les ans un rapport sur l’état de l’enseignement, à la direction du diocèse; celle-ci fait à son tour un rapport aux autorités supérieures concernant l’enseignement du diocèse dans son ensemble.

On ne se sert dans les écoles, comme livrés de lecture pour la doctrine chrétienne, que de ceux quo le roi a approuvés Dans les autres branches, au contraire, c’est la direction du diocèse qui exerce la surveillance sur les livres de lecture et d’étude, employés dans les écoles.

Toutes ces dispositions sont applicables aux écoles des villes aussi bien qu’à celles des campagnes.

D’après la loi du 33 mai 1869, te comité scolaire dans les villes peut diviser l’école en plusieurs classes, chacune avec un instituteur

spécial. Dans les classes inférieures et dans les classes de Glles on peut nommer des institutrices, qui, après avoir fait preuve de capacité, jouissent des mêmes avantages que los instituteurs. On se félicite beaucoup des services rendus par les institutrices

Malgré l’influence prépondérante que les classes rurales ( bonde - Mars) exercent en Norwége sur les élections des Représentants, on remarque que le Storihing a pleinement reconnu la nécessité de déclarer l’instruction obligatoire pour tous les enfants en âge d'aller à l’école et qu’il a même été convaincu de la nécessité d'édicter des moyens de contrainte sévères contre ceux qui ne veulent pas se soumettre à ce devoir. Il est parvenu à organiser l’enseignement primaire d'une façon tellement complète, que si peu peuplé que soit le pays en général et si séparée que soit la population par des montagnes sauvages et des vallées profondes, personne n’est admis à faire valoir ces difficultés comme excuse pour avoir négligé d’envoyer ses enfants à l’école. .Même pour les endroits les plus isolés, où il est difficile d’établir soit une école fixe soit une école ambulante, la loi enjoint à la commi-sion scolaire do veiller à ce que les enfants reçoivent l'instruction. Quel exemple pour des pays qui comme l’Angleterre, la France ou la Belgique ont une population très-dense et très-riche I

La Chambre a voulu mettre à la portée de tous une instruction d'un degré supérieur dans les écoles du premier degré, et elle a fait en sorte que ceux qui veulent se préparer aux fonctions d’instituteurs puissent le faire dans le diocèse même, sans être forcés d’entrer à l’école normale (seminarium).

Bien qu'une liberté de religion absolue règne déjà depuis longtemps en Norwége, le Storthinga tenu à ce que l’école conservât son caractère chrétien, mais l’instruction religieuse, regardée comme une chose essentielle, n’est donnée qu’au moyen des livres d’étude approuvés par l'État. L’école populaire est l’affaire de tout le monde. Le pasteur est le président de la commission scolaire, l'administration du diocèse et l'évêque exercent un contrôle permanent sur l'enseignement tout entier; le conseil communal, le bailli et en dernier lieu le pouvoir central y interviennent également.

Le Storthing, qui représente les classes rurales, n’a rien négligé pour répandre l'instruction. C'est une preuve que l’organisation la plus démocratique peut se concilier avec l’attention la plus grande apportée à ce qui concerne les intérêts spirituels de l’humanité.

La Norwége est le pays le plus libre et le plus égalitaire de l’Europe, et c'est aussi celui où la loi intervient avec le plus de rigueur en matière d’enseignement.

NORWÉGE

STATISTIQUE

Enseignement primaire

dans

Page 1