CHAPITRE III
sur les habitudes, et produit ainsi un courant qui porte naturellement les générations nouvelles dans les écoles, qu’on est désormais tenu de créer en nombre suffisant.
En France, en Belgique, malgré de bonnes lois et de sérieux efforts, en Angleterre, malgré le dévouement des différentes communions. religieuses, la moitié de la population manque des connaissances élémentaires indispensables au citoyen des sociétés modernes. Il est donc urgent d’adopter la mesure qui a donné ailleurs d’aussi bons résultats.
Nous croyons avoir montré d’abord que l’État a le droit d’obliger les parents à instruire leurs enfants, ensuite, qu’une mesure de ce genre est indispensable dans la plupart des pays. Reste à chercher les moyens d’application.
L'idée de contraindre les parents à envoyer leurs enfants à l’école n’est pas nouvelle. Elle date de la Réforme. Sortant pour ainsi dire de la force des choses dans les pays protestants, elle passa dans les pays catholiques, sous l’influence des idées protestantes; seulement elle n’y a point produit grand fruit, parce qu’elle n’a pas été appuyée par le clergé, et elle est tombée en désuétude.
En France, aux états généraux de 1560, elle était réclamée dans l’article 12 du second cahier de la noblesse : « Levée d’une contribution sur les biens ecclésiastiques pour raisonnablement stipendier des pédagogues et gens lettrés, en toutes villes et villages, pour l’instruction de la jeunesse pauvre de tout pays, et soient tenus les pères et mères, ;i peine d’amende, à envoyer lesdils enfants à l’école et à ce faire soient contraints par les seigneurs et juges ordinaires. » — En 1571, aux états généraux de Navarre, les mêmes principes triomphèrent en même temps que ceux de la réforme, et Jeanne d’Albret les fit passer dans la loi. En 1582 la noblesse de France présenta à Henri III une pétition tendant à ce que des peines fussent portées contre ceux qui n’enverraient pas leurs enfants à l'école. En 1590, Henri IV établit des écoles gratuites, il ordonne aux parents d’y envoyer leurs enfants et il enjoint « aux juges royaux et à ceux qui ont la haute justice de faire toutes les diligences possibles pour l’exécution de la volonté du roi et de punir
ceux qui négligeront d’y satisfaire. » Des mesures analogues sont décrétées sous Louis XIV et Louis XV.
En 1583 le parlement d'Écosse rendit une loi qui obligeait chacun à envoyer à l’école au moins son fils aîné, pour y apprendre la grammaire. Dans les Pays-Bas, plusieurs provinces avaient, dès le xvn* siècle, établi l'enseignement obligatoire ( School plegligheid). Vers la même époque, en 1586, une ordonnance publiée dans le Luxembourg imposait aux magistrats le devoir d’obliger les enfants, les serviteurs et les servantes à fréquenter les écoles, et de punir les chefs de familles qui ne les y envoyaient point1. Le règlement deDrenlhe, daté de 1630, porte que, « pour tout enfant qui aura atteint sa huitième année, les parents payeront 15 sols par an, que l'enfantaillc ou non à l’école. » Le règlement d’Over-Yssel, de 1688, reproduisait à peu près les mêmes termes, mais il ajoutait « à moins que les parents n’envoient leurs enfants auprès d’autres maîtres agréés. »
En 1607, le concile de Malines rendait également obligatoire le seul enseignement qu’il jugeait indispensable. « On obligera, décrétait-il, les parents pauvres par la privation des aumônes et les autres par d’autres peines à envoyer leurs enfants au catéchisme. »
Aujourd'hui renseignement obligatoire a été introduit dans tous les pays d'Europe, sauf la Russie, la Belgique et la Hollande. Aux États-Unis, depuis que le besoin s’en fait sentir, deux États l’ont adopté : le Massachusetts et le Connecticut; et on le réclame partout. En Angleterre, la dernière loi scolaire de 1870 a autorisé les comités scolaires à l’établir. Déjà Londres et plusieurs grandes villes l’ont fait. Plusieurs colonies anglaises, la Nouvelle-Zélande, Elle Maurice2, avaient fait de même.
1. Th. Juste. Histoire de l'instruction publique en Belgique, Bruxelles,
2. A la suite d’une correspondance entre les autorités locales de l'ile Maurice et le gouvernement anglais, il a été publié en 1857 uno ordonnance pour « rendre obligatoire l’éducation des enfants dans la colonie » — for rendering compulsory l/te éducation o( cliildren in the col on y. — Les efforts du clergé catholique pour s’y opposer ont été vains. L’évéque romain, Col-