‹ L'Instruction du peupleChapitre 25 sur 186 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pourtant c’est de là qu’est sorti ce monde prodigieux qui s’élève sur l’autre bord de l’Atlantique.

Les pays qui ne prendront pas les plus énergiques mesures pour généraliser l’instruction seront devancés par ceux qui auront montré plus de prévoyance en cette matière.

L’agriculture se plaint de manquer de bras, et on lui répond qu’elle n’a qu'à les remplacer par des machines. Mais pour employer des machines il faut des ouvriers adroits, soigneux, intelligents, sinon ils laisseront se détériorer ces engins délicats et de plus, il faut, à proximité, des mécaniciens pour les réparer en cas d’accident. A défaut de ces travailleurs d’élite, l’emploi des machines est accompagné de tant de déboires et de frais qu’on ne les adopte pas, ou que même l’on y renonce. Répandez l’instruction, et l’emploi des machines se généralisera. Nulle part on n’en trouve plus qu’aux États-Unis, et nulle part la classe laborieuse n’est plus instruite1.

La crise dont souffrent les campagnes en France provient de l’émigration des bras et des capitaux vers les villes; elle s’explique aussi par un défaut de prévoyance chez les cultivateurs. Pour ne pas avilir le prix des produits du sol, il serait nécessaire d’en varier la nature, de rompre avec la routine, d’étendre les cultures industriellespresque toujours si rémunératrices ; mais, pour pratiquer ces conseils depuis longtemps donnés par l’économie rurale, il faudrait prévoir les besoins du marché, suivre les progrès de la science agricole, étudier et appliquer, en connaissance de cause, les méthodes nouvelles, et pour cela il faudrait de l’instruction.

En Belgique, les tristes effets de l’ignorance se font sentir d’une manière plus fâcheuse, plus poignante encore. Par suite du développement croissant de l’industrie, une impulsion extraordinaire est imprimée à l’extraction du

I. C’ost grâce à la supériorité de l’ouvrier qu’on parvient à construire aux États-Unis des machines que l’Angleterre même n’arrive pas à imiter. Ainsi ces presses merveilleuses à cylindres concentriques qui tirent 25,000 exemplaires à l’heure, et dont se servent le Times et l’Illustrated London News, viennent d’Amérique.

charbon dans les riches bassins houillers de Mons, de Charleroi et de Liège, qui emploient un si grand nombre d'ouvriers; il s’ensuit qu’on demande plus de bras et que le salaire hausse, circonstance qui va, semble-t-il, augmenter le bien-être de ces pauvres travailleurs qui arrachent au sein ténébreux de la terre le combustible, sans lequel l’industrie actuelle ne peut vivre. Hélas! non. S’ils gagnent plus, ils chôment davantage, et pendant deux jours de la semaine ils consomment en d'abrutissantes dépenses tout ce dont leur salaire s’est accru et au delà. Et ainsi ce qui devrait les relever les abaisse encore, et l’augmentation du salaire, qui pourrait être un moyen de salut, devient pour eux une source d’immoralité, une cause de dépravation, et pour ceux qui les emploient un véritable fléau, car ceuxci ne peuvent imprimer à leurs travaux l’activité continue que réclame toujours une bonne exploitation et que commandent surtout les besoins actuels.

Si l’ouvrier avait plus d’instruction, il apprendrait bientôt à faire un bon usage du salaire augmenté; initié à de plus nobles plaisirs, il n’irait point dissiper ses forces, sa santé, son bien-être, dans les grossières excitations du cabaret. Aussi, en Belgique comme dans le département du Nord, les industriels les plus intelligents sont-ils les premiers à réclamer l'instruction obligatoire, et leurs représentants, les chambres de commerce, se font l’organe de ces vœux, dictés par une vue éclairée de leurs intérêts. A des ouvriers ignorants, ils ne peuvent espérer faire comprendre les lois économiques qui gouvernent la répartition de la richesse, et ils ont à craindre leur malveillance, leurs grèves, leur chômage. L’ouvrier mieux instruit comprendrait son véritable intérêt, et s’il avait à débattre le taux de sa rémunération, appuyé sur l’épargne antérieure, il pourrait le faire dignement, d’égal à égal, et en raison des conditions réelles du marché.

Extension du suffrage, décentralisation, autonomie des communes, liberté des échanges, libertédes coalitions, toutes ces réformes ne produiront leurs fruits qu’en raison de la diffusion des lumières.

Du moment que le pouvoir central abdique la tutelle

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