CHAPITRE I
L’émancipation véritable, définitive, est celle qu’assure l’instruction pénétrant jusque dans la dernière chaumière du dernier hameau. Précédé ou suivi de près par la diffusion de l’enseignement, le suffrage universel est l’exercice d’un droit et une source certaine de force et de grandeur ; accompagné de l’ignorance persistante, il est et sera l’origine de maux incalculables:
J’ajouterai une dernière considération. Un grand danger peut menacer la civilisation moderne. Si, en même temps que le besoin de bien-être se généralise dans le peuple, les lumières et la moralité se répandent dans toutes les classes, de façon à inspirer aux uns la justice et aux autres la patience qu’exigent les réformes pacifiques, le progrès régulier est assuré ; mais, si l’on maintient en haut l’instruction, la richesse et l’égoïsme, en bas l’ignorance, la misère et l’envie, il faut s’attendre encore à de sanglanls bouleversements.
En résumé, trois redoutables questions jettent le trouble dans les sociétés actuelles, la question sociale, la question politique et la question religieuse ; or aucune des trois ne peut se résoudre conformémentà l’intérêt de la civilisation, si on ne parvient pas à donner à la classe la plus nombreuse une instruction réelle, morale et forte.
Le suffrage universel sans l’instruction universelle conduit à l’anarchie et par suite au despotisme.
Pour mettre fin à l’hostilité des classes, il faut que les ouvriers arrivent à devenir à leur tour propriétaires, ou capitalistes, et cela n’est possible que par l’instruction.
Enfin, dans les pays catholiques le clergé veut se servir du suffrage de la foule pour supprimer les libertés modernes. Ce n’est qu’en instruisant le peuple que le danger peut être conjuré. Donc, parmi les questions de l’ordre pratique du temps actuel, la plus importante, la plus urgente est celle de l’instruction publique.
Ce que l’on vient de dire peut sembler un lieu commun, car on n’entend plus guère vanter les bienfaits de l’ignorance. Ministres et députés, livres et journaux proclament à l’envi qu’il est indispensable de s’occuper de l’enseignement; mais il est douteux qu’on soit suffisamment pré-
paré à subir la contrainte et les sacrifices nécessaires pour réussir dans l’œuvre qu’on s’impose.