EST INDISPENSABLE
Est-il juste, est-il utile que les pouvoirs publics, agissant au moyen de l’impôt, — État ou commune, pouvoir central ou admistration locale, — intervienne dans l’instruction ?
A cette question deux groupes d’hommes dont le nombre, il faut l’avouer, tend à s’accroître depuis quelque temps, ont nettement répondu que cette intervention n’était pas seulement inutile, qu’elle était nuisible. Ce sont d’une part les économistes à outrance qui croient résoudre tous les problèmes d’organisation sociale par le monotone refrain du laissez faire ; d’autre part, les catholiques rétrogrades qui ne voient de salut pour la société que dans la soumission complète à l’Église, et que l’on s’habitue à nommer cléricaux.
Les premiers, considérant la société comme émancipée et l’individu comme majeur, repoussent tout ce qui peut contrarier l’action, selon eux souveraine, de la concurrence; les seconds regardent l’État comme incapable de professer des doctrines, puisqu’il n’a et ne peut avoir, disent-ils, ni certitude, ni religion, ni science.
Quelque spécieuses que paraissent ces objections des libéraux extrêmes et des catholiques théocrates, on peut y répondre et on y a souvent répondu.
La mission essentielle de l'État est, il est vrai, de faire respecter la justice, c’est-à-dire de garantir à chacun la jouissance libre, entière de ses droits ; mais lorsqu’on prétend que l’État n’a rien à enseigner parce qu’il n’a pas de doctrines, on se trompe.