‹ L'Instruction du peupleChapitre 32 sur 186 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et des châtiments. Elle emprunte à l’intolérance antique l’art des supplices et des tortures, et le perfectionne encore. Pourtant l’esprit nouveau qui soulève le monde et que le sacerdoce prétend extirper par le fer et le feu, n’est autre, que l'esprit d’égalité, de liberté, dont l’Évangile a répandu partout les divines semences. Cette lutte séculaire est le grand drame des temps modernes, et le dernier acte n’en est pas encore joué. C’est le sanglant enfantement de l’ordre actuel qui va â la séparation de l’Église et de l’État.

Le premier pas, le plus grand futaccompli parlaréforme, lorsqu’elle fit de la religion non plus un ensemble immuable de dogmes et de rites imposés à la fois par l’Église et par l’État, mais un sentiment intérieur, un acte libre de la pensée individuelle.

C’est en vain qu’on couvre l’Europe de bûchers et qu’on extermine des populations entières, le principe nouveau triomphe, et la suprématie sacerdotale est coupée dans sa racine.

Lps États-Unis, puis la révolution française déduisirent hardiment les conséquences logiques du principe posé. Désormais les différents cultes devaient être des opinions libres, non des établissements oppresseurs. L’État avait â les respecter comme toute autre manifestation de la pensée; il ne devait plus ni les instituer ni les rétribuer, et il ne devait point non plus subir en rien leur contrôle. La législation, l’état civil, la justice, l'enseignement même, devaient être enlevés à leur direction, attendu qu’une religion n’est qu’une croyance et ne peut être un pouvoir. La sécularisation de l’école est donc, on le voit, le dernier terme de ce mouvement d’émancipation qui aboutit à la ruine de la théocratie et â l’établissement de l’État laïque.

La revendication de la liberté religieuse est l'origine de ce mouvement. Pour qu’elle soit complète, il faut établir l’école laïque.

Les hommes de la révolution française le comprirent avant la Hollande, avant les États-Unis, et ils l’ont formulé avec cette netteté de langage que donne la vue claire d’un principe. Voici comment s’exprime Condorcet en 1792: «La constitution, en reconnaissant le droit qu’a chaque

individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre tous les habitants de la France, ne permet point d’admettre dans l’instruction publique un enseignement qui, en repoussant les enfants d’une partie des citoyens, détruirait l'égalité des avantages sociaux et donnerait à des dogmes particuliers une prééminence contraire à la liberté des opinions. Il était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière et de n’admettre dans l’enseignement public l’enseignement d’aucun culte religieux. Chacun d'eux doit s’enseigner dans ses temples par ses propres ministres. Les parents, quelle que soit leur opinion sur la nécessité de telle ou telle religion, pourront alors, sans répugnance, envoyer leurs enfants dans les établissements nationaux, et la puissance publique n’aura point usurpé sur les droits de la conscience, sous prétexte de l’éclairer et de la conduire. »

En ce point comme en beaucoup d’autres encore, la France a eu l’honneur de proclamer les vrais principes avec plus d’éclat et de rigueur qu’aucun autre peuple; mais elle a échoué quand il s’est agi de les appliquer.

La raison s’en découvre aisément. Malgré le prodigieux effort de 93, malgré ces violences qui épouvantèrent et ébranlèrent l’Europe, la France n'avait pas échappé aux liens de l’ancienne foi catholique. Les idées ou si l’on veut l’instinct catholique vivait au fondées cœurs de ceux même qui pensaient l’avoir secoué à jamais, parce que la foi ancienne n’est jamais définitivement extirpée tantqu’elle n’est pas remplacée.

Il y a dans l'Ame humaine une certaine place qu’on peut laisser vide quelque temps, mais où les anciennes croyances finissent toujours par repousser, quand on h’en a pas semé de nouvelles.

Le culte de la majorité des Français étant en contradiction complète avec le principe de la séparation de l’Église et de l’État, le clergé eut bientôt reconquis son pouvoir, surtout dans la sphère de l’enseignement primaire.

Tandis que la France perdait l’école laïque, la Hollande et les États-Unis surent au contraire l’établir et la

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