‹ L'Instruction du peupleChapitre 38 sur 186 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

conséquence logique de la séparation de l'Église et de l’État; mais il ne suffit pas, pour que les hommes adoptent une réforme, qu’elle se déduise logiquement d’un principe abstrait; il faut de plus que T utilité et l’urgence en soient bien démontrées.

Sous ce rapport, la situation est toute différente dans les pays protestants et dans les pays catholiques.

Dans les pays protestants, quand il n’y a presque point de dissidents comme en Suède, en Norwége, en Danemark, l’école peut être soumise au clergé, sans qu’il en résulte un danger réel pour l’indépendance de la société civile; car le clergé protestant est soumis au pouvoir civil, et il n’est pas, en raison de ses croyances, l’ennemi de la civilisation moderne. 11 n’y a donc pas à craindre que l’école devienne, aux mains du pasteur, un moyen d’asservir l’État à l’Église ou de renverser les institutions libres au profit de la théocratie.

Là où il existe plusieurs sectes, comme en Hollande, en Amérique ou en Angleterre, si on repousse l’école mixte on est obligé d’établir dans chaque commune autant d’écoles qu’il y a de cultes différents, et ainsi

danger, parce qu’elle sera délivrée de toute oppression. L’école est une institution nécessaire de cette religion spirituelle fondement de l’État.

« Si je veux que l’Église soit séparée et de l’État et de l’école, ce n’est pas parce que je crois que l’État doive être séparé de l’Église, car l’État et l’Église reposent évidemment sur les mêmes bases; mais lorsque la religion est devenue ce mécanisme qu’on appelle l’Église et qu’elle s’est même divisée eu plusieurs Églises, alors l'État est resté dépositaire de la religion humaine et simple telle qu'elle était comprise à l'origine; l'État est devenu plus religieux que l’Église même et c’est à cet État qu’appartient l’enseignement. » Débats de l’assemblée de Francfort, par M. Reyntiens. Brux., 1849. Aug. Decq. Nous recommandons la lecture de ce livre & quiconque s’intéresse aux questions que soulève l’organisation de l'instruction publique. Si l’on considère les résultats obtenus, l’importance de cette assemblée n’est pas grande, puisqu’elle a disparu dans la tempête; mais si l’on cherche & suivre la marche des esprits et à recueillir des lumières pour résoudre les difficiles problèmes de l’enseignement public; point d’ouvrage plus instructif. Comme le dit M. Reyntiens : «Jamais, peut-être, aucune assemblée ne fut plus compétente en matière d’enseignement; ou y remarquait plus de cent professeurs représentant les diverses opinions et les différentes religions qui divisent l’Allemagne. Presque toutes les universités y comptaient un de leurs membres les plus éminents. » ( Préf. ni.)

on n’a que des écoles peu nombreuses et médiocres.

Dans les pays catholiques la raison qui fait demander que l’école soit soustraite à la domination du clergé est d’un tout autre ordre.

L’Église par la bouche de son chef infaillible a condamné comme des hérésies le mariage civil, l’indépendance du pouvoir civil, la liberté de la presse, la liberté de la parole, la liberté de conscience, toutes les libertés chères au inonde moderne.

La fameuse encyclique Quanta cura et le Syllabus qui l’accompagne n’ont fait que confirmer récemment les anathèmes lancés par les pontifeset les conciles contre ce qu’ils appellent les œuvres de l'esprit du mal, de Satan.

Celte hostilité de l’Église contre les institutions libres de la société actuelle ne sera niée par personne, car ellemême et ses amis lui en font un mérite, et y montrent la preuve de sa fidélité aux antiques traditions. Si donc on lui confie la direction des écoles publiques, il est hors de doute qu’elle en fera une arme pour renverser les institutions actuelles et y substituer celles qu’elle croit seules conformes à la loi divine.

Le prêtre catholique puise la réprobation des libertés modernes dans les études du séminaire, dans ses lectures, dans toute l’ histoire ecclésiastique depuis que saint Augustin, vers la fin de sa vie, a déchaîné l’intolérance. Le mouvement des idées l’elTraye; les progrès de la science critique et des sciences naturelles lui inspirent une sourde inquiétude et une répulsion invincible. 11 voudrait en arrêter l’essor, comme jadis on supprimait les hérésies, en mettant le glaive de l’État aux ordres de l’Église.

Si vous confiez à ce corps puissant, obéissant tout entier à la voix de Itome, le soin de former la jeunesse, il arrivera infailliblement que les générations sorties de ses mains rétabliront, en les aggravant, toutes les intolérances du passé, en raison de la puissance accrue de l’État.

Il est donc évident que, dans les pays catholiques, tous les amis de la liberté qui veulent soustraire les sociétés modernes à cet avenir, doivent vouloir l’école laïque.

Seulement par école laïque, il ne faut pas entendre une

Page 1