CHAPITRE VII
2° Donner une influence décisive à l’État dans la nomination de l’instituteur, c’est marquer une injurieuse défiance aux administrations des communes, c’est étouffer toute initiative locale. Les magistrats de la commune sont les représentants immédiats des pères de famille. Pourquoi leur refuser la faculté de choisir le maître qui leur convient ?
3° Le conseil communal peut, mieux que le gouvernement central, apprécier les besoins de la localité qu’il administre.
/i° La position du maître d’école nommé par l’État, malgré le vœu des autorités communales, serait insoutenable. Mal vu, repoussé, il serait bientôt forcé de se retirer, ou bien il verrait son école abandonnée par les élèves, qu’éloigneraient de lui la double influence du bourgmestre et du curé. L’instituteur et l’enseignement en souffriraient également.
On réplique d’autre part :
1° Une autorité centrale peut seule connaître le mérite relatif des candidats; seule elle peut tenir compte de leurs droits, de leur ancienneté, de leur zèle. Par le moyen des inspecteurs, elle appréciera la valeur de tous les instituteurs en fonction ou des normalistes, et désignera celui d’entre eux qui est le plus apte à remplir la place vacante.
2° Il faut que les instituteurs forment un corps, et que dans ce corps, il y aitune hiérarchie. Sans cette hiérarchie, qui rend l’avancement possible, le maître d’école est privé de ce puissant stimulant de progrès, l’espoir d’obtenir, par des efforts soutenus, une amélioration dans son sort, et toute émulation disparaît. Le plus humble employé de l’État a une perspective, et tout soldat porte le bâton de maréchal dans sa giberne. Le maître d’école nommé par la commune n’a point d’avenir, il est attaché pour toujours â la place où le hasard l’a dès l'abord jeté1.
i. M. Van Nerum, dont la parole en cette matière a toute l’autorité que donne une raison élevée jointe à une longue expérience, appuie fortement sur ce point : « Règle générale, dit-il, pour porter les sous-instituteurs et les élèves-maîtres à avoir du zèle, de l’activité, du dévouement, il
Le hasard distribue les places, et les erreurs commises ne sont plus réparables. Une position peu importante est à donner : le candidat qui se présente a du talent, il l’obtient, mais il n’en aura probablement jamais d’aulre. Une commune plus peuplée a besoin d’un instituteur; elle choisira parmi les élèves sortis de l'école normale qui seront peut-être bien inférieurs à celui nommé dans la petite commune; nul ordre ne règne et au lieu de distribuer les fonctions suivant les aptitudes, c’est la succession accidentelle des vacatures qui décide, sans recours, du placement des candidats.
3° Des choix convenables ne peuvent être faits que par des hommes spéciaux, versés dans les matières de renseignement et habitués à juger du mérite d’un maître d’école. Les conseils de village ne peuvent posséder de ces juges experts. Il faudrait les choisir avec soin et les réunir au centre du pays ou de la province. Le conseil d’une petite commune est tout à fait incapable de faire un bon choix, si ce n’est par une rencontre heureuse ; ne pouvant juger du mérite, il se laissera dominer par d’autres considérations, et la place qui devait être donnée au plus capable le sera à celui qui a le plus d’appui.
h° L'enseignement primaire est un objet d’intérêt général et non d'intérêt local. Pourquoi donc abandonner la nomination du personnel à des autorités locales, à leur ignorance, à leur caprice, au népotisme? Sans organisation centralisée, point d’unité, point d’ordre véritable : des milliers de corps isolés, sans connaissances spéciales, sans lien commun, disposent souverainement de la direction de l’enseignement primaire, et nomment, sans conlrêle, le maître qui convient è leurs intérêts de parti ou de famille , à leurs
faut établir des degrés, des rangs, des épreuves successives et un avancement gradué; sans cela ils s’inquiéteront des tristes perspectives qui s’ouvrent devant eux, les gens de mérite ne deviendront pas instituteurs, et c’en est fait de toute l'instruction primaire. Je désire la constitution d'un véritable corps primaire. Est-il donc impossible d’établir entre les instituteurs un certain ordre, une hiérarchie selon leur résidence, de leur créer un avenir, de leur donner de l’émulation?» ( Éclaircissements sur les écoles populaires, p. 55.)