LES BATIMENTS D’ÉCOLE
Il faut que la société fasse pour l’école à tous ses degrés ce que le moyen âge a si admirablement réalisé dans ses églises et l’Égypte dans ses temples. Là, tous les arts s’unissaient pour graver profondément dans l'esprit et le cœur de l’homme, au moyen de leurs symboles, les vérités, abstraites du culte. L’église était véritablement un livre comme l’avait été, à un plus haut degré encore, le temple Égyptien.
L’école doit être simple de style; mais, sans grands frais, il est possible de lui donner une réelle élégance, par l’harmonie des lignes et des proportions et par l’emploi des briques de couleurs et de moule différent, comme on le fait en Allemagne. Elle doit avoir son jardin et être précédée d’une bande de terrain, où quelques parterres de fleurs aux teintes vives égayent la vue et d’où partent des plantes grimpantes qui ornent et couronnent le bâtiment, de façon à le rendre attrayant d’aspect. A l’intérieur, sur les murs, beaucoup de tableaux noirs, où le maître « illustre » toutes ses explications, des cartes nombreuses, quelques grandes images, représentant des faits historique et des actes de dévouement et de vertu, puis des bustes en plâtre des grands hommes, des échantillons de minéraux et de plantes, les poids et mesures du système métrique, enfin des objets de différentes espèces, servant â donner, par la vue, quelques notions et quelque goût des sciences naturelles. C’est par les yeux qu’il faut ouvrir l’esprit et lui faire saisir ce qu’on veut lui inculquer. Les « leçons d’objets » sont les meilleures et peuvent s’étendre â tout. Nos classes sont trop vides, trop nues, et sans grande dépense on pourrait les remplir d’objets qui éveilleraient le goût des arts et la faculté de l’observation, si précieuse pour l’homme de toutes les conditions. Nulle part encore on n’a fait pour meubler l’école ce qu’il eût été si facile
t)0 L’INSTRUCTION DU PEUPLE.
et si utile de faire. Les instituts industriels et agricoles pourraient déjà servir de modèle en ceci.
« On peut fabriquer en grand pour les écoles primaires, une foule de choses ingénieuses qu’on ne voit qu’aux mains des enfants riches. On fera des choses nouvelles. Il est surprenant qu’on n’ait pas encore fabriqué des papiers de tapisseries, débités au rouleau et représentant des cartes géographiques, des monuments ou portraits, des figures d’anatomie, d'agriculture, de botanique, à l’imitation de certaines peintures dans les gares de chemins de fer ; ces papiers décoreraient avec avantage les panneaux des couloirs et des salles d’école. » Ainsi s’exprime M. Tempels dans un des meilleurs livres que l’on ait publiés sur celte question : L’Instruction du Peuple.
Dans la plupart des pays, il y a encore beaucoup à faire pour doter les populations du nombre d’écoles qui est indispensable. Sauf en Amérique et en Suisse, les communes reculent devant les dépenses nécessaires. Pour les engager à les faire, je pense que l’intervention de la province et de l’État est nécessaire. La commune recevant un subside qui sera dépensé sur son territoire, sera poussée ainsi à s’imposer des sacrifices.
11 est vrai que quand l’Etat donne à toutes les communes de l’argent levé sur tous les contribuables, c’est à peu près comme si les contribuables payaient directement dans la caisse communale; il y a cependant une différence, c’est que par les subsides qu’accorde le budget général, les communes riches viennent au secours des communes pauvres. Souvent en Belgique pour la construction des bâtiments d’école, l’État donne un tiers, la province un tiers, la commune un tiers. Par ce moyen, on a obtenu des résultats remarquables pour l’Europe. En trois années (1867, 1868, 1869), on a dépensé plus de 12 millions de francs pour les bâtiments d'école, dont 5 millions et demi supportés par les communes. Cela fait 2 francs et demi par habitant. Sauf en Amérique, peu de pays ont fait autant de sacrifices pour cet objet.
En échange des secours que la province accorde, elle doit se réserver le droit d’approuver le plan de l’école ,