‹ L'Instruction du peupleChapitre 57 sur 186 · Voyez le rapport de M. Baudouin, p · texte numérisé non relu

Voyez le rapport de M. Baudouin, p

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trice est très-grande. Les enfants apprennent à chanter des hymnes, des chants nationaux, des Lieder populaires, qui gravent dans leur âme des sentiments élevés, moraux ou palriotiques, et qui remplacent peu à peu les chansons grossières d’autrefois.

Ce qui, depuis les Regulaliven , caractérise l’enseignement primaire en Prusse, c’est la limitation des matières enseignées, qui sont bien moins nombreuses qu’en Saxe et dans le Wurtemberg. On veut que l'élève sache bien ce qu’il apprend. Il est donc tenu à de fréquentes répétitions et à pratiquer beaucoup par lui-même. En ceci, le système introduit en Prusse, de 1854 à 1860, malgré l’esprit de réaction violent et dur qui l’a inspiré, n’a point fait fausse route. Mais, où il s’est trompé, c’est en exigeant la récitation imperturbable d'un trop grand nombre de choses, contrôlée par des examens qui sont devenus de purs exercices de mémoire. C’est le « caporalisme » transporté de l’armée dans l’école, où il n’est pas à sa place. M. Pattison raconte qu’il a trouvé, dans certaines écoles allemandes, un système appelé monothëlique , d’après lequel toute la classe devait agir comme si elle avait été animée par une même volonté. Cela peut être l’idéal du régiment, mais non celui de l’école, qui doit surtout tendre à développer les facultés individuelles.

Les règlements généraux de 1853 , comprimant l’initiative des mattres, et appliqués rigoureusement par une bureaucratie énergique et minutieuse, ont étouffé la vie qui circulait autrefois dans le corps des instituteurs et mis obstacle au progrès. Heureusement que la Saxe et le Wurtemberg ont échappé à ce corset de force ; sinon l’Allemagne entière aurait été mise au régime du mandarinat officiel. La bureaucratie prussienne ressemble à la bureaucratie française; seulement elle est beaucoup plus parfaite, plus éclairée et plus active. Elle affaiblit également le ressort de l’initiative individuelle ou communale; mais, ordinairement bien dirigée, elle obtient des résultats d’ensemble très-remarquables.

M. Horace Mann et M. Pattison, l’Anglais et l'Américain, ont été frappés tous deux de l’inertie, du manque d’initiative qu'ils trouvaient chez les Allemands, si différents sous ce rapport des Anglo-Saxons, qui sont pourtant du môme sang; et ces deux bons observateurs se sont demandé si ce n’est pas à l’influence des systèmes scolaires qu’il faut attribuer la différence. Voici en quels termes M. Horace Mann, songeant à l’activité dévorante de ses compatriotes d’outre-Atlantique, résout la question. # Il faut, dit-il, invoquer ici le proverbe prussien : « L’école est bonne, le monde est mauvais. » En Allemagne, c’est l’État qui écrase l’individu de tout son poids. La torpeur de la vie sociale étouffe l’activité intellectuelle éveillée dans l’école. Quand l’enfant a ûni son instruction, il n’a pas l’occasion de

lti

se servir des connaissances qu’il a acquises. Sa force de volonté et de penséo n’est pas développée par l’exercice, et n’est pas mise en réquisition. Le gouvernement soigne pour ses sujets, comme ses sujets soignent pour leurs troupeaux.

« L’Allemand est mieux instruit que l’Anglais, mais il n'a pas de fonctionnaires à élire, pas do lois à faire ou à abroger, pas de questions à décider concernant les tarifs, les postes, les réformes, la paix ou la guerre. Ce n’est pas lui qui détermine où telle route passera, où tel pont sera bâti, quoiqu’il ait â en supporter les frais. Son souverain le gouverne au nom du droit divin. Les lois sont faites pour lui, non par lui. En cas do guerre, il se bat et paye; ni pour commencer les hoslililés, ni pour les finir, il n'a rien à dire. Il est dressé à servir son roi et ù adorer son Dieu. Or, quoique dans le cœur de chaque enfant il y ait un fonds inépuisable d’activité, si rien no vient en exciter les énergies latentes, il reposera dans une éternelle stagnation. »

Ces paroles do M. Mann expliquent l’Allemagne d’autrefois et font comprendre commment, malgré ses innombrables écoles, elle est restée inférieure, sous le rapport politique, à l’Angleterre, avec ses masses d’illettrés. Certes, l’école ne peut remplacer la liberté, mais elle y prépare et en rend digne. L’école, d’ailleurs, conduit inévitablement à la liberté. La liberté sans l'école mène à l’anarchie et par suite au despotisme. M. Mann no reconnaîtrait guère dans l'Allemagne de 1870 l’Allemagne de ls‘43, et pourtant l'une a engendré l’autre.

La constitution de 1850 établit la gratuité de l'enseignement primaire; l’article 24 dit: » L’enseignement est donné gratuitement dans les écoles populaires; » mais ce principe est encore loin d’être appliqué partout.

En Prusse on a compris, plus tôt qu’ailleurs, que, pour avoir de bons maîtres d'école, il fallait organiser des établissements spéciaux pour les former. Les écoles normales y datent du xvin* - iècle.

En 1864, il en existait 62 avec 3,614 élèves. Elles sont généralement situées dans de petites villes, et occupent, soit d’anciens cou- • vents, soit des bâtiments très-simples, et malheureusement trop souvent insuffisants. Les casernes ne laissaient pas assez d'argent disponible pour l’école.

L’article 22 de la constitution prussienne déclare l’enseignement libre. Tout citoyen qui a obtenu le diplôme nécessaire, peut ouvrir une école; mais l’État se réserve la haute surveillance.

Les cours de l’enseignement normal durent trois ans et comprennent les matières suivantes :

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HEl'RBS PAR SEMAINE.

lr* année»

1° Pédagogie ( Schulkunde ) 2

2° Religion C

3° Langue allemande 5

4° Histoire

5° Géographie 2

6" Sciences naturelles 2

7° Arithmétique 3

8° Ecriture 2

9° Dessin 2

10° Chant 2

1 1° Théorie de la musique et art de

l'enseigner 1

12" Violon 1

13° Piano , I

14° Orgue. »

15" Gymnastique »

10“ Jardinage »

2" année. 3" année.

Total. . . 29 28 18

On remarquera l’importance considérable attachée à la musique; on dirait une classe de conservatoire. Les heures portées au programme sont celles des leçons. En outre, le soir les élèves s'exercent et chantent en commun. Nul n'est admis à l’école s’il n’a des dispositions naturelles pour la musique et le chant, constatées à l’examen d’entrée par deux examinateurs bons musiciens. Dès la première année, on met entre les mains des élèves la musique de Hiindel, de Haydn, de Mendelssohn, — puis ils étudient l’harmonie, et à la fin de leurs études, ils doivent être en état de composer un petit morceau pour orgue de village.

La gymnastique et le jardinage sont considérés comme récréation. Pendant la troisième année, le normaliste donne des leçons dans l’école primaire attachée àl’établissement, sous la surveillance d’un professeur qui, la leçon terminée, lui fait les observations nécessaires.

Les sciences naturelles comprennent la connaissance des plantes et des animaux indigènes, des principales roches, des principaux phénomènes chimiques et physiques et des instruments qui s’y rapportent. L’enseignement est élémentaire et dirigé vers la pratique.

Depuis 1854 les écoles normales ont subi une réforme profonde. Avant cette époque les leçons y étaient données un peu comme dans les universités. L’enseignement était trop général, trop abstrait, pas assez personnel. On visait plus à développer l’intelligence du jeune homme, qu’à lo préparer pratiquement pour ses fonctions.

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On avait abusé du Vieltvisserei , c'est-à-dire qu’on donnait sur une foule de choses des notions superficielles. Depuis la réaction inaugurée par les Regulativen , on forme mieux les normalistes pour la fonction qu'ils ont à remplir; mais, par un excès opposé, l’enseignement est devenu trop mécanique, trop étroit, trop réglé par des programmes uniformos, par des manuels imposés. Dans les examens, les exercices de mémoire occupent trop de place. Le normaliste doit réciter les formules prescrites, avec la précision méthodique que déploie le soldat dans le maniement de ses armes. C'est toujours et partout la discipline militaire.

Les normalistes vivent internés dans l'école, comme dans une caserne. La vie y est rude, la nourriture des plus frugales; et ils exécutent eux-mêmes tous les travaux de ménage et d’entretien. Comme les instituteurs doivent vivre à la campagne d'un traitement rès-peu élevé, il est bon de les préparer à leur existence de labeur et do sacrifice. Dans les conditions économiques actuelles , la moyenne de ce qui peut revenir à chaque membre de la société est encore très-restreinte. Il n’est donc pas mauvais d’y habituer l’instituteur.

Quand les normalistes ont terminé leurs trois années d'étude, ils passent un examen final ( Entlassungsprüfung ) devant les professeurs de l'école normale, présidés par le conseiller scolaire ( Schulrath ) de la province où l’école est située.

Le Schulrath du cercle y assiste également; c’est lui qui, connaissant les besoins de sa circonscription, désigne la place que le jeune instituteur doit occuper. Entre la troisième et la cinquième année de sa nomination, celui-ci doit se présenter à une nouvelle épreuve [Abertnaligeprüf ’ung) subie devant le corps professoral de l'école normale, mais qui, cette fois, roule principalement sur la pratique de l’art pédagogique. Ces examens ne sont pas publics. Ce n’est qu’après la seconde épreuve que l’instituteur est nommé définitivement. Ceux qui, sans avoir passé par l’école normale, veulent devenir instituteur, doivent passer les mêmes examens.

Les conférences ou réunion d’instituteurs ont pour but de les perfectionner dans l’art pédagogique, par une sorte d’enseignement mutuel. Ces conférences sont organisées hiérarchiquement :

4° Dans les conférences paroissiales, les instituteurs d’une même paroisse se réunissent une fois par mois, l'hiver, sous la présidence du pasteur;

2° Les conférences de district, ont lieu une fois tous les deux mois, l’été. Les instituteurs de plusieurs paroisses s’y rencontrent, sous la présidence d’un pasteur désigné par le Superinlendenl ;

3” Les conférences de cercle ( Kreise ) ont lieu deux fois par an ;

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4" Une fois par an tous les instituteurs du département ( Regie rnnsbezierk ) se réunissent en conférence générale sous la présidence du Schulrath;

5° Enfin les instituteurs qui vivent dans le voisinage de l'école normale s’y assemblent aussi, sous la présidence du directeur, afin de maintenir les relations entre les professeurs de l’école et ses anciens élèves.

Dans ces différentes conférences on discute les questions qui intéressent les méthodes et les progrès de l’enseignement. Mais il parait que l’étiquette officielle et la crainte qu’inspirent les autorités scolaires, glacent ces assemblées et empêchent la libre expression des idées. La discipline et la hiérarchie étouffent la spontanéité individuelle. Proposer une réforme serait sembler faire la critique des règlements ministériels. L’instituteur s’en abstient, de crainte d’ètre noté comme un esprit frondeur, imbu d’idées révolutionnaires L’excès de la discipline diminue l’efficacité de ces conférences, qui dans d’autres parties de l’Allemagne donnent de meilleurs résultats.

En Prusse, les bâtiments d’école sont en général inférieurs à ceux de la Saxe et du Wurtemberg. Les villages sont pauvres, l’État n’est pas riche, et l'armée coûte cher. Le nombre d’écoles est insuffisant relativement au nombre des élèves, et le mal va croissant.

En 1822 on comptait 70 élèves par école, en 1840, 95, en 1852, 105 et en 1864, 113. — C’est beaucoup trop. Le nombre des classes devrait être presque doublé. Celles qui existent sont encombrées, et les maîtres s’épuisent sans arriver à des résultats satisfaisants. On compte en moyenne, dans le royaume, 1 maître par 79 élèves, et dans les localités où la population augmente rapidement, 1 maître, par 90 élèves. Comma les enfants doivent fréquenter l’école pendant huit ans — de cinq à quatorze ans accomplis, — huit catégories d’élèves plus ou moins avancés se trouvent réunies dans le même local, et le même maître doit s’occuper d'elles tour à tour. Il en résulte que tout souffre, la santé des enfants, celle du maitre, la discipline et l’avancement des études. Il faudrait adopter le système du demi-temps, et encore le maître n’y pourrait suffire. En Prusse la population a augmenté très-rapidement — de 11,664,133, en 1822, à 19,255,139, en 1864. L’État force tous les enfants à fréquenter l’école, mais les pouvoirs publics ne font pas les dépenses nécessaires pour les y recevoir. Aussi le gouvernement a-t-il annoncé récemment qu’il augmenterait notablement les subsides accordés à l’instruction populaire.

Les instituteurs sont trop peu rétribués. Aujourd’hui la moyenne du traitement s’élève à 218 thalers (817 fr. 50) et dans les campagne considérées isolément à 181 thalers (678 fr.). Dans la province de Saxe, la moyenne montait à 263 thalers, en Westphalie à 226 seule-

ment. Mais cette moyenne ne donne pas une idée exacte do la réalité. Dans beaucoup de localités le traitement descend à 100 et 150 thalers. 1926 instituteurs touchent moins de 100 lhalcrs. Ainsi dans le cercle Sainlr-Wendel, Régence de Trêves, les traitements des instituteurs montent, y compris la gratification de sacristain, d’organiste, 1

à moins de 100 thalers pour 3 instituteurs

de 100 à 150

plus de 300

Le plus grand nombre touche donc environ 500 fr. Autrefois en Allemagne tout était bon marché. Mais depuis que le pays est sillonné de chemins de fer, les prix se sont mis presqu’au niveau du grand marché de l’Occident. Qu'on calcule la dépréciation générale du numéraire et la hausse correspondante des salaires, et l’on verra que l’instituteur est moins rétribué qu’un ouvrier industriel ordinaire, et cependant l’instituteur doit subir des examens difficiles, se préparer à ses fonctions jusqu’à vingt et un ans, s’habiller et vivre comme la classe moyenne. Aussi le recruiemcnt devient très-difficile. Autrefois le nombre des candidats pour les écoles normales dépassait d’un tiers le nombre des places. Aujourd’hui c’est à peine si on peut les remplir. Beaucoup de maîtres quittent une carrière ingrate pour des places plus lucratives. Les progrès récenls de l’industrio en Prusse font une rude concurrence à l’école, et bientôt il faudra aviser, sinon l’enseignement élémentaire ira en déclinant. Les maîtres feront défaut ou il faudra en prendre d’incapables comme autrefois. L’État devrait augmenter largement ses subsides. Il conviendrait de fixer pour le traitement un minimum de 250 thalers, augmenté de cinq en cinq ans de service actif.

D’après la loi, l’instituteur retraité jouit d’une pension qui ne peut être inférieure à 60 thalers (225 fr.) et qui augmente d’après les années de service jusqu’à atteindre les 12 seizièmes du traitement d’activité. Malheureusement cette loi n’est pas généralement mise à exécution. Les fonctions d’inspecteur et de conseiller d’école sont aussi trop peu rétribuées.

1. Amlliche statistische Darstellung des Kreises St. Wendel für 1861. Le D* Jutting, qui vient de publier un intéressant mémoire sur la situation des maîtres d’école, prouve que les prêtres vivent beaucoup plus longtemps quo les instituteurs. L’àgo moyen des premiers est de soixante-trois ans, celui des seconds de cinquante-trois seulement. Ceux-ci meurent jeunes de fatigue et d’épuisement.

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Voici maintenant les données statistiques qui se rapportent à la Bn de 1864. Elles sont empruntées au Journal officiel de Statistique, publié sous la direction du savant Dr Ernst Engel. (Zeitschrift der kônigl. preussischen slatislischen Bureau. 1869.)

Population totale : 19,255,1 99.

Nombre des écoles primaires publiques 25,050

— — privées ' 900

Écoles publiques : Instituteurs 30,805

— Sous-maltres 2,537

— Institutrices 2,815

Total 36,157

Écoles privées : Instituteurs 995

— Institutrices 688

Total 1,083

Total général des instituteurs et institutrices 37,810

Nombre d’élèves.

Écoles publiques: Garçons 1,427,191

— Filles 1,398,131

Total 2,825,322

Écoles privées : Garçons 25,280

— Filles 27,400

Total 52.092

Total général. . 2,878,014

Si à ce total on ajoute tous les autres établissements d’instruction, sauf les universités, — tels que gymnases, écoles d’arts et métiers, écoles gardiennes, on arrive aux nombres suivants :

Écoles de toute nature 28,434

Maîtres et maltresses 47,960

Élèves : Garçons . . - 1,637,809

— Filles, . 1,517,2G0

Les 7 universités comptaient 6,047 étudiants.

Les 62 écolos normales comptaient 3,610 élèves ce qui fait par 100 instituteurs en activité 9,21 normalistes.

Lo nombre total des écoles primaires publiques et privées comparé à la population donne la proportion de 1 école par 740 habitants, et 1 écolier par 6,6 habitants ‘, proportion très-favorable pour ce qui concerne la fréquentation des écoles, moins satisfaisante pour le nombre des écoles.

Les tableaux de M. Engel nous font voir que la fréquentation des écoles ne s’est pas améliorée d’une façon progressive.

Sur 100 habitants, on trouve dans les écoles primaires publiques, 12-2 élèves en 1822; 14-7 en 1831; 14-9 en 1840; 15-2 en 1852 et 14-7 en 1864.

Le nombre des filles, relativement à la population féminine, n'est guère inférieur à celui des garçons, relativement à la population masculine. — La proportion est pour les filles de 14-4, pour les garçons de 14-7.

Si on compare le nombre total des enfants recevant l’instruction dans les divers établissements, on en trouve pour cent de la population en 1822 13-1; en 1843, 16-8; en 1864, 15-6; de sorte que depuis 1843 on a reculé au lieu d’avancer. C'est là un symptôme grave, quand on voit les progrès accomplis dans les autres pays.

La même proportion donne pour ces différentes provinces les résultats suivants :

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