‹ L'Instruction du peupleChapitre 70 sur 186 · ANGLETERRE ET COLONIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

ANGLETERRE ET COLONIES ANGLAISES

La première enquête, faite en 1803, sur l’état de l'instruction primaire, constata une situation déplorable. On ne trouva qu’un enfant fréquentant les écoles sur 1,712 habitants. L’État s’était abstenu, l'Église anglicane au xvme siècle s’était très-peu occupée d’éclairer le peuple, et les classes riches n’avaient pas encore compris que contribuer à améliorer le sort des classes inférieures est un de leurs devoirs. Une nouvelle enquête ouverte en 4818 ne révéla guère de progrès. Les grandes guerres continentales avaient absorbé toutes les ressources et toute l’attention du pays. C’était beaucoup déjà cependant que d’essayer de voir clair dans une question qui avait été si longtemps négligée par les hommes d’État. En 1833, nouvelle enquête; cette fois on découvrit une certaine amélioration. Environ 43 pour 400 des enfants allaient à l’école, mais celle-ci était généralement plus que médiocre, et le nombre des élèves qui y apprenaient à lire et à écrire couramment était très-restreint. Enfin, en 1833 le parti de la réforme, à la tête duquel se trouvaient lord Brougham et John Russell, parvint à faire adopter parle parlement le principe si passionnément contesté do l’intervention de l’État en matière d’enseignement primaire. Une somme de 20,000 livres

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sterling fut votée, afin de venir en aide à la construction des bâtiments d’école. Pour ne point irriter encore plus les rivalités religieuses déjà si excitées sur celte question, on répartit également l’argent entre les deux grandes sociétés d’éducation, la National Society et la british and foreign Society.

Depuis 1833, les subsides accordés par le gouvernement ont été sans cesse en augmentant, et ils s'élèvent maintenant à 30 millions de francs par an ; néanmoins les résultats sont encore loin d’être satisfaisants. Voici en quels termes M. Stuart Mill appréciait, il y a quelques années, la situation de l’enseignement primaire dans son pays : a L’instruction donnée en Angleterre, au moyen des souscriptions volontaires, a été tellement discutée en ces derniers temps qu’il est inutile d’en faire la critique détaillée. Je dirai seulement que, comme quantité, elle est et sera longtemps encore insuffisante, tandis qu’en qualité, quoiqu’il y ait tendance à l’amélioration, elle n’est jamais bonne que par accident et en général si mauvaise qu’elle n’a guère de l’instruction que le nom. » La tehdance à l’amélioration dont parle M. Stuart Mill date du jour de l’intervention de l’État et a été en proportion de celle-ci. Tout ce qui concerne cette intervention a été réglé par la loi de 1847, amendée en 1862 et en 1870. Aujourd’hui toute école qui dépend de l’une des principales communions obtient un subside, à la condition qu’elle se soumette à l’inspection officielle et qu’elle offre des garanties suffisantes de capacité chez l’instituteur, de moralité et d’instruction chez les . élèves. Les grandes sociétés d’écoles sont la société de l’église établie ( National Society), la société britannique et étrangère (British and foreign Society ), la société wesleyenne ( Wesleyan éducation Commitlee) et la société catholique. Ces associations- continuent à entretenir la plupart des établissements d’instruction primaire; mais, s’étant soumises à l'inspection officielle, elles prennent part aux subsides de l’État en proportion du nombre d’enfants qui ont satisfait à l’examen et fréquenté régulièrement l’école. Les institutions fondées par les particuliers ont les mêmes droits, en se soumettant aux mêmes obligations.

Autrefois l’Angleterre manquait d’établissements pour former des instituteurs capables de remplir convenablement leur importante mission. Il n’y avait que deux écoles normales dignes de ce nom, celles de Battersea et de Borough-Road *, et encore ont-elles langui

1. Pour tout ce qui concerne l'organisation de l'enseignement primaire en Angleterre, outre les travaux de M. Rendu, on peut consulter le livre plus récent de M. Reyntiens, l'Instruction en Angleterre (1864), où tous les faits sont exposés avec une grande impartialité et d après les documents officiels.

aussi longtemps qu’elles n’ont eu à compter que sur les contributions volontaires. Il existe aujourd’hui 38 écoles normales en Angleterre et en Écosse. Le subside parlementaire couvre 60 pour 4 00 des frais, et c’est grâce à ce secours quo la plupart se sont fondées et se soutiennent*. Au centre, siège le Conseil privé do l’éducation, constitué en vertu d’une patente royale en 1839. Ce conseil ne peut agir sur les établissements privés et contribuer au développement de l'instruction que par les subsides qu’il accorde pouraider à construire des écoles et à payer ou encourager les maîtres. Les inspecteurs qu’il nomme, lui permettent de contrôler l’emploi des fonds qu’il accorde et de constater les progrès accomplis, mais non de diriger ou d’améliorer l’enseignement. Le seul moyen de contrainte dont il dispose est le retrait de son concours pécuniaire. Pour chaque école qu’il admet à participer au subside parlementaire, il faut un contrat dont les conditions sont librement débattues entre les fondateurs et le conseil. L’État agit donc par voie de bienfaits, non par voie d'autorité. II intervient comme un philanthrope opulent qui conseille et secourt, non comme un souverain qui commande et impose.

On le voit, le système anglais constitue une transaction entre celui qui confie l'organisation de l'enseignement primaire aux pouvoirs publics et celui qui l'abandonne complètement h l'initiative des particuliers. Le parlement n’a pu encore aller plus loin, parce qu’il s'est trouvé arrêté par la jalousie des sectes dissidentes et par les appréhensions de l'Église établie. La plupart des hommes qui s’occupent spécialement de cette question en Angleterre reconnaissent cependant que l’instruction du peuple laisse encore beaucoup à désirer, malgré le million de livres sterling que le gouvernement y consacre chaque année. Nos cotons et nos machines, disent-ils, défient toute concurrence, tant pour leur qualité que pour leur bas prix; au contraire notre enseignement primaire n’est remarquable que par son imperfection et par sa cherté. La Prusse fait trois fois plus de bien avec une dépense deux fois moindre. Comme dans une question de fait il faut entendre les témoignages des gens compétents et bien informés, on nous permettra d’invoquer ici celui de sir J. Pakington, ancien ministre de la marine, et l’un des hommes d’État qui s’est le plus occupé de l'amélioration de l’instruction populaire. « Pendant longtemps, disait-il naguère dans un meeting, nous avons négligé l’éducation du peuple,

1. Les catholiques eux-mêmes, qui ailleurs combattent l'intervention de l’État, la déclarent nécessaire en Angleterre, o Nous devons au concours de l'État, disait naguère le cardinal Wiseman, la possibilité de former de bons maîtres et l'organisation des écoles normales dont nous avons un si grand besoin. »

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oubliant que la prospérité durable de ce grand empire dépend surtout du développement moral et intellectuel des masses. Il en est résulté que l’Angleterre a été devancée par d’autres pays. Oui, nous nou3 sommes laissé dépasser par plusieurs nationsde l’Europe, parles États-Unis d’Amérique et même par quelques-unes de nos colonies, qui ont eu la sagesse de comprendre que les institutions libérales venues d’Angleterre ne produiraient tous leurs fruits que par le concours d’un peuple éclairé et moral. »

Dans ces dernières années, un progrès réel a été accompli. Chaque année le Council on éducation publie un rapport général. Le rapport de 1869 contient les indications suivantes sur les écoles subsidiées par l’État ou inspectées : Nombre d’écoles en Angleterre : 1868, 13,442; 1867, 12,622; — augmentation : 820; en Écosse : 1868, 2,130; 1867, 1,963; — augmentation : 161. Nombre d’écoliers en Angleterre: 1868, 1,226,451; 1867, 1,124,606; augmentation: 101,845; en Écosse: 1868, 197,308; 1867, 179,168; augmentation : 16,140. Le nombre total d’élèves inscrits dans les écoles subsidiées, s’élevait à 1,685,168 ou 6,7 pour 100 de la population. Ces écoles pouvaient contenir 1,914,440 enfants, de sorte que ce n’était pas la place qui faisait defaut. La dépense des écoles subsidiées s’élevait, en 1868, à 1,552,542 liv. st.,dont 484,010 provenaient du gouvernement, 66,819 du revenu des fondations, 508,772 de l’écolage et 492,941 de souscriptions volontaires. 194,745 personnes seulement donnaient annuellement cette somme importante pour instruire leurs concitoyens, guidées par le sentiment du devoir et delà charité chrétienne. En outre, 144,547 liv. st. étaient souscrites pour construction d’écoles et 23,540 liv. st. pour les écoles normales; total : 367,828 liv. st., ou plus de 9 millions de francs qui, ajoutés aux 12 millions donnés aux écoles, font un don annuel de 21 millions. On ne peut assez admirer la puissance de l'initiative individuelle et l’esprit de dévouement dont les Anglais font preuve; mais pour l’enseignement primaire, sans l’intervention de l’État, on ne peut aboutir. Quant aux résultals définitifs, qu’on peut jugera peu près par le nombre d’adultes sachant lire et écrire, ils sont tout aussi peu satisfaisants en Angleterre qu’en France : les relevés faits dans les paroisses montrent que plus du tiers des conjoints sont complètement illettrés, et les différentes enquêtes ont révélé parfois un tel degré d’ignorance qu’on trouverait difficilement ailleurs des exemples aussi affligeants.

Les vices du système anglais sont encore nombreux, et on ne les conteste plus depuis que la dernière enquête de 1858-1861 les a mis en pleine lumière. Le Bureau central de l’enseignement, obligé de faire des contrats particuliers et d’entretenir des rapports administratifs avec

six ou sept mille directions d'école, est surchargé de travail et ne peut exercer une influence suffisante sur les progrès de l'instruction. Le subside parlementaire se répartit d’une manière extrêmement inégale et souvent en raison inverse des besoins. Un district entier manquerait d’école, l’État ne pourrait rien pour diminuer le mal, car il n’a nulle initiative : il ne peut venir en aide qu’aux établissements déjà existants. Il s’ensuit que les subsides qu’il accorde se répandent extrêmement peu dans les campagnes. Les localités aux besoins desquelles l'initiative privée a déjà pourvu reçoivent beaucoup, celles où tout est à créer ne reçoivent rien *. Comme les écoles sont dirigées par les ministres des cultes et que l’enseignement religieux y occupe une très-grande place, chaque secte est obligée d’entretenir des maîtres et d’organiser une institution à son usage. Or il arrive souvent que, dans telle ou telle localité, le nombre des dissidents est trop restreint pour faire les frais d’une école particulière. Les enfants sont ainsi privés d’instruction ou n’en reçoivent qu’une très-médiocre. Si l’État devait accorder ses subsides à toutes les paroisses en proportion de leur population et de leurs besoins, on estime que la dépense totale s’élèverait à 4 00 millions de francs au moins. Sans doute ce sacrifice, quelque énorme qu’il puisse paraître, serait loin d’ètre exorbitant, puisqu’il n’atteindrait pas encore ce que les États les plus jeunes de l’Union américaine consacrent à l’instruction primaire; mais à ce prix même il est reconnu qu’on n’arriverait pas à des résultatssatisfaisants: c’est le système tout entier qui doit être modifié.

Certains faits ont pu à cet égard faire illusion. Ainsi les ouvriers des grandes villes ont relativement un développement intellectuel remarquable. Plusieurs causes y ont contribué. Ils touchent de forts salaires, et la jouissance d’une certaine aisance fait naître le désir de s’instruire. La race anglaise est énergique, active, douée d’une grande spontanéité et d’une remarquable aptitude pour l’association. De là sont nées ces institutions de tout genre : sociétés de secours mutuels, sociétés coopératives, sociétés de lecture, clubs et réunions, qui ont tant fait pour répandre les lumières parmi le peuple. En outre les

1. Voici quelques chiffres empruntés à l'enquête de 1831 et qui donneront une idée de l’imperfection du système anglais. Dans le diocèse d’Oxford, il n’y avaitque Ai paroisses sur 339 dont les écoles pauvres jouissaient d’un subside de l’État. Dans d’autres comtés, on trouvait la proportion suivante : dans l’Herefordshire et dans le Somerset, 1 sur 280 ; dans le Devonshire, 2 sur 245 j dans le Dorset, 10 sur 179; dans la Cornouaille, 1 sur 71. Sir John Pakington citait 4 paroisses pauvres de Londres qui, avec une population de 138,900 âmes, ne recevaient qu’un subside de 12 livres sterling, tandis qu 4 paroisses riches, qui ne comptaient que 50,000 habitans , obtenaient de l’État 3,908 livres sterling.

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moyens de s’instruire abondent. Les manufacturiers généreux et bien inspirés, les sectes rivales, les négociants enrichis ouvrent à l’envi des écoles. Malheureusement à côté des localités favorisées où l’instruction est très-répandue, il en est d'autres où règne une ignorance dont on ne peut se faire une idée. La dernière enquête sur le travail des enfants a révélé à ce sujet des faits si désolants que l’Angleterre entière en a frémi de honte et de remords, comme à la vue d’un mal caché qui déshonorait cette société si brillante et si prospère, et de toutes parts a retenti le mot réforme. Ce mot, du reste, même en une matière si délicate, ne devrait effrayer personne, car pour améliorer le régime existant l’Angleterre ne devrait rien emprunter à l’étranger; il lui suffirait de prendre à l’Écosse et à l'Irlande ce qui s’est fait de bon dans ces deux pays.

L’organisation de l’enseignement primaire en Écosse remonte au temps de la Réforme. Elle date d’un acte de Jacques VI portant que dans chaque paroisse il sera établi une école publique avec un maître capable d’enseigner, le tout aux frais des paroissiens, proportionnellement à leur nombre et à leur richesse. Le principe fondamental était posé; l’instruction du peuple était proclamée un service public auquel chacun est tenu de concourir par l’impôt. Un acte du parlement de 1696 compléta le système et régla tous les points d'application. L’école est soumise à l'église presbytérienne, religion d'État de l’Écosse. Le minimum du salaire de l’instituteur était fixé; les propriétaires étaient tenus de se réunir pour voter les fonds nécessaires, et s’ils ne le faisaient pas, les commissaires répartiteurs des taxes levaient d’office l’impôt scolaire. C’est à cet acte si simple dans sa forme que l’Écosse dut sa civilisation et sa prospérité. La nature ne l’avait point comblée de ses faveurs. Un sol rude, granitique et pauvre, un climat si froid et si humide que les fruits n’y mûrissent guère et que l’avoine est la principale céréale et le fond de la nourriture de ses sauvages habitants, des tribus farouches, ignorantes, superstitieuses, sans cesse en guerre les unes contre les autres, vivant do pillage aux dépens des populations pacifiques et industrieuses des terres basses, tel était le peuple écossais jusqu’à la fin du xvii' siècle. Cent ans après, tout est changé. Sur ce sol ingrat, fécondé maintenant par le travail le plus intelligent, on trouve une nation morale, prospère, religieuse, tolérante, éclairée, et très-supérieure sous ce rapport aux Anglais, — qui jadis méprisaient leurs barbares voisins, — les égalant dans le commerce et l’industrie, les surpassant dans l’agriculture. « Partout où un Écossais se trouve placé, remarque II. Biot dans son curieux livre sur l’enseignement primaire en Écosse, l’instruction qu’il a reçu dans les écoles paroissiales donne à son esprit un tour particulier d'observation, et lui permet de s'étendre fort au delà du cercle d'objets qui occupe

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l'attenlion des personnes de ces mômes classes qui n’ont point été ainsi élevées. » On parlait à Londres de l’Écossais du xvn* siècle comme des Esquimaux, dit Macaulay. L'Écossais du xvmc siècle fut considéré, non plus avec mépris, mais avec envie. On se plaignait que partout il l'emportait sur les autres. Mêlé aux Anglais et aux Irlandais, il s’élève au-dessus d’eux, disait-on, comme l’huile surnage au-dessus de l’eau. D'où venaitcette prodigieuse transformation? De l’influence de l’école presbytérienne, obligatoirement soutenue par l’argent do la commune. C’est sans contredit un des plus mémorables exemples de l’action qu’exerce la diffusion des lumières sur la moralité et le bienêtre des nations.

Si c’est à l’Écosse que l’Angleterre doit emprunter le principe de l’école communale, c’est à l’Irlande qu’elle doit prendre celui de l’école laïque. Jusqu’à la fin du siècle dernier, l’Irlande avait été plongée dans une ignorance complète. La raison principale en était facile à découvrir. La très-grande majorité des habitants était catholique, et un statut de Guillaume III interdisait à tout catholique le droit d'enseigner. En 1781, ce statut fut aboli, et en 1793 le parlement irlandais encouragea directement l’enseignement popu'aire par des subsides. Il se fonda dès lors un assez grand nombre d’écoles mixtes où les enfants des protestants et des catholiques, assis sur les mêmes bancs pour apprendre à lire et à écrire, recevaient ensuite l’instruction religieuse des ministres de leur culte respectif. La grande enquête ouverte en 1806, et dont le rapport ne parut qu’en 1812, démontra qu’une éducation indépendante des sectes et commune à tous pourrait seule réussir. Les protestants, qui avaient la richesse et le pouvoir, n’auraient pas voulu soutenir de leur argent des écoles catholiques, et les catholiques, qui formaient précisément le peuple qu’on désirait instruire, n’auraient pas voulu fréquenter les écoles protestantes.

Une puissante association s’était fondée, en 1811, sous le nom de société de Kildare, dans la pensée de répandre l'instruction, sans aucun esprit de secte ou de propagande. Le comité directeur était composé de 21 anglicans, de 4 quakers, de 2 presbytériens et de 2 catholiques. Il avait adopté pour principe de ne se guider ni dans le choix des maîtres ni dans l’admission des élèves par aucune considération dogmatique. Pendant les heures de classe, on lirait l’Écriture sainte, mais sans aucun commentaire. Tout livre portant la moindre empreinte de controverse religieuse était strictement interdit. C’était un admirable exemple de tolérance sur cette terre d’Irlande si souvent ravagée et ensanglantée par les haines furieuses des sectes rivales.

Ce fut à la société de Kildare que l’État confia le soin de distri-

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buer des subsides. Le succès fut d'abord très-grand. De 1817 à 1823, on organisa 1 ,490 écoles fréquentées par plus de 100,000 élèves; mais le succès même ne tarda pas à soulever l’animosilé de la fraction la plus fanatique des deux communions. Les anglicans étaient mécontents de voir l’égalité établie entre eux et les ministres du culte catholique. Les ultramontains auraient voulu détruire l’enseignement national au profit des corporations religieuses; les catholiques modérés au contraire comprenaiml très-bien que, sans le secours de l’État, il était impossible de répandre les lumières dans ces comtés pauvres qui n’auraient jamais pu entretenir les instituteurs dont ils avaient un si urgent besoin. Après des discussions violentes et prolongées, les catholiques des deux partis se décidèrent à en appeler à l’autorité infaillible aux décisions de laquelle tous deux faisaient profession d’obéir. Le pape Grégoire XVI répondit en 1841 par une lettre que la propagande adressa aux évêques d’Irlande. Cette réponse mérite attention, car elle montre que, même dans une question aussi grave que celle de l’enseignement primaire, Rome se décide à transiger quand elle croit y trouver son intérêt1. Le pape ne condamnait pas l’école laïque, il exigeait même qu’on n’y enseignât point du tout la religion, de sorte que le principe moderne de la sécularisation de l’enseignement primaire donné par l’État, que l'Église combat ailleurs comme une monstruosité, fût accepté par elle en Irlande comme en Hollande, c’est-à-dire là où, le pouvoir étant protestant, elle ne pouvait espérer régner en souveraine.

L’approbation du souverain pontife assura le succès de l’enseignement national. Les prêtres permirent à leurs paroissiens d’envoyer leurs enfants dans les écoles mixtes, et beaucoup d’écoles catholiques,

1. En membre catholique du parlement anglais nommé par l’Irlande, M. O’Hagan, démontrait dans les termes suivants la nécessité du système actuel pour ses coreligionnaires : « Les frères de la doctrine chrétienne, quelque grand que soit leur dévouement, ne peuvent fournir assez d’instituteurs pour les énormes besoin de l’enseignement. Il faut choisir entre un système d’instruction indépendant des cuties ou une union intime avec les sectes; or ce dernier régime serait impossible en Irlande, car il fait dépendre les subsides de l’État du montant des contributions particulières. Qui donc, connaissant la misère du peuple de ce pays, voudrait en voir l’adoption? Les conséquences d’une semblable réforme seraient désastreuses. Les protestants irlandais, qui possèdent la richesse et les terres, seraient largement subsides par l’État, et ils fonderaient dans chaque paroisse une école destinée à faire des prosélytes, bien supérieure en ressources aux nôtres et par conséquent plus attrayante pour les pauvres. » L’archevêque Murray, le IV Doyle, évêque de Kildare, Denvir Kennedy, Haly, tous ces ecclésiastiques d’une si grande autorité acceptaient naguère l’école mixte.

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dont les ressources étaient insuffisantes, se sécularisèrent, se soumirent aux règlements généraux, et obtinrent des subsides. Bientôt les locaux et les bâtiments manquèrent, tant était grand l'empressement à recevoir une instruction naguère encore condamnée du haut de la chaire. Le progrès fut rapide et constant. En 1833, on comptait 789 écoles et 107,000 élèves; en 1843, 2, 91 2 écoles et 35.", 000 élèves; en 1853, 5,023 écoles et 550,000 élèves; enfin en janvier 1863, 6.010 écoles et 811,973 élèves. De janvier 1861 jusqu'en 1863, plus de 520 écoles, dont 287 écoles catholiques, s’étaient soumises à la législation nationale. Le dernier recensement scolaire pour l’Irlande, publié en 1 871 , donne les résultats suivants, qui prouvent que l'enseignement national n’a point reculé, malgré les attaques dont il a été l’objet. En 1870, le nombre d’élèves inscrits a augmenté de 7,664 et il approche maintenant de 1 million, quoique beaucoup de familles aient encore émigré. Dans l'Ulster, les écoles sont mixtes, c’ est-h-dire communes aux protestants et aux catholiques. Dans les provinces de Munster, Connaught et même Leinster, elles sont presque toutes exclusivement catholiques. L'Clster compte 2,523 écoles dont 500 environ sont exclusivement ou protestantes ou catholiques. Dans toute l’Irlande, sur 6,806 écoles, 3,925 sont plus ou moins mixtes; sur les 2,881 autres, 2,522 sont catholiques. Pratiquement, dans le sud, l'ouest et dans une grande partie de l’est, les écoles sont confessionnelles. Dans les écoles non mixtes on compte 400,735 élèves.

Les écoles modèles où l’on enseigne les éléments de l’agriculture continuent à rendre des services signalés : on y compte environ 17,000 enfants, dont 6,004 appartiennent h l’Église établie; 4,917 sont presbytériens, 1,247 d’autres communions protestantes; 5,532 seulement sont catholiques. Il est regrettable que le nombre de ceux-ci soit si peu élevé. Sur la somme totale payée au personnel enseignant 17,7 p. 100 seulement provient des contributions locales; le reste ou 82,3 a été fourni par l’État. Le total s’est élevé à 3 42, 1 07 liv. sterl. ou 8,727,670 fr. La population totale de l’Irlande au 2 avril 1871 montait à 5,402,759, dont 4,141,933 catholiques, 683,295 de l’Église établie, 558,238 presbytériens, 19,283 d’autres confessions. On peut donc affirmer qu’en Irlande l'école laïque soutenue par les subsides de l’État a pleinement réussi; elle ne donne lieu à aucune plainte de la part des parents, car leurs sentiments religieux ne sontpas froissés par un enseignement indépendant et du gouvernement et des sectes.

C’est h lord Stanley (depuis lord Derby) que l'Irlande doit en grande partie la généralisation d’un système qui a couvert d’écoles ce pays qui n’en avait que très-peu et de très-misérables, et il est honorable pour le chef du parti conservateur et ultra-anglican d’avoir contribué si efficacement h répandre l'instruction parmi ces populations catholi-

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ques vouées à une misère héréditaire et à une ignorance qui semblait sans remède. Une loi de 1861 est venue confirmer la charte de 1843, qui avait constitué le Comité directeur en personne civile; elle a codifié les règlements antérieurs et déterminé les mesures d’application, l’instruction religieuse, l’emploi des livres, l’inspection. Le salaire des instituteurs varie entre 600 et 1 ,300 francs, celui des institutrices entre 400 et 1,030 francs. Naguère encore, tout le monde était satisfait de ce régime, et peu à peu les lumières se répandaient; mais depuis quelques années Rome ne veut plus de l'école mixte et vise à la remplacer par dos écoles confessionnelles. En Irlande, comme en Néerlande, le clergé catholique a déclaré la guerre au système établi, qui pourtant a donné de si bons résultats.

L’épiscopat irlandais réclame maintenant des écoles strictement catholiques, entretenues par l’État, et si le gouvernement anglais ne cède pas, il menace de se jeter dans le mouvement du home rule, c’est-à-dire de faire cause commune avec ceux qui veulent l’indépendance politique et la sécession de l'Irlande. Dans une pastorale récente (décembre 1871), les quatre archevêques et les vingt-six évêques irlandais ont formulé leurs exigences dans les articles suivants :

or Nous voulons avoir l'éducation catholique dans toutes ses branches, primaire, intermédiaire et universitaire, c’est-à-dire nous demandons pour nous, et vous, comme parents catholiques, demandez pour vous le droit légal, et de même qu'elle est accordée à d’autres, l’aide de l’État, pour accomplir votre devoir d’élever vos enfants, selon le vœu de votre conscience et l’enseignement de l'Église catholique dont vous êtes membres. En conséquence, nous demandons pour l’éducation primaire :

« 1° Pour toutes les écoles exclusivement catholiques la suppression de toutes les restrictions sur l’instruction religieuse, de manière que l’enseignemont religieux puisse prendre sa part dans le cours d’une instruction séculière quotidienne, avec pleine liberté de se servir des livres catholiques et des emblèmes religieux pour l’accomplissement des exercices religieux. Les pasteurs légaux des enfants auront le droit de les voir, de régler tout ce qui concerne l’instruction religieuse et do faire disparaître les ouvrages suspects. Dans ces écoles, les maîtres, les livres et les inspecteurs seront tous catholiques.

« 2° Que l'on n’emploie jamais l’argent public dans un but de prosélytisme.

« 3° -Que dans les écoles mixtes où les enfants d’une religion sont trop peu nombreux pour avoir droit à une école séparée, on mette en vigueur des clausos do conscience assez fortes pour ne pas donner lieu au moindre soupçon de prosélytisme.

« 4° L’abolition de toutes lesécoles modèles existant actuellement.

« 5° L'établissement d'écoles normales catholiques des deux sexes, dans lesquelles les professeurs seront élevés moralement et religieusement aussi bien qu’intellectuellemcnt et d'accord avec les traditions et les sentiments irlandais, pour le saint emploi d’enseigner les enfants catholiques de l’Irlande. »

L’expérience de l’Australie n’est pas moins instructive que celle de l’Irlande, et montre clairement la voie que l'Angleterre devrait suivre pour améliorer son enseignement primaire. Le système adopté naguère encore en Australie était le système anglais de l'in-truction donnée par les sectes {denominalional System). L’Èlat accordait aux ministres des différents cultes des subsides pour l’entretien des écoles dont ils conservaient la direction. Le local était bâti sur les terres de l'église et le maître nommé par les pasteurs. Le bureau de l’instruction (Board of éducation) n’avait que le droit d'inspecter et celui de refuser ses secours. Ce système présentait dans la jeune colonie les mêmes inconvénients que dans la mère-patrie : il coûtait énormément et ne donnait que des résultats insuffisants. Dans les localités nouvelles et encore faiblement peuplées s’établissaient des ministres de différentes confessions, qui s’empressaient d’ouvrir une école et de demander un subside. Celui-ci était généralement accordé, mais néanmoins les ressources étaient trop minimes. Là où on aurait pu établir une bonne école, ouverte aux enfants de tous les cultes, cinq ou six élèves végétaient dans un pauvre local avec un maître incapable. La colonie de Victoria votait annuellement 120,000 liv. sterl. ou 3 millions de francs pour l’enseignement primaire, somme considérable eu égard au chiffre de la population, car c’est comme si, proportion gardée, l’Angleterre eut dépensé 200 millions de francs pour le même objet, et cependant tous les besoins n’étaient pas satisfaits, par suite de l’inégalité de la répartition.

Convaincue des vices du système, la législature, tout en maintenant les anciens subsides aux écoles de secte, établit une organisation semblable à celle de l’Irlande, basée sur le principe d'écoles nationales ouvertes à tous et soumises à une inspection régulière. Le nouveau régime eut beaucoup de succès. Déjà en 1861 le national Board, le bureau des écoles nationales, absorbait 50,343 liv. sterl. et le bureau des écoles des sectes, denominalional Board, 103,000 liv. sterl. On arriva enfin à des ré-olutions plus radicales. La loi de l'instruction publique de 1862 ( educalional aci) supprime les deux anciens bureaux ( Boards ) chargés de la distribution des subsides et les fond en un seul, organisé d’après le système irlandais. Quatre heures par jour sont consacrées à l’instruction laïque, tandis que l’instruction religieuse est confiée au ministre du culte auquel chaque enfant appartient. Lo salaire des maîtres s’élève de 100 à 300 livres

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sterl., et la rétribution des élèves (fee), qui est de 1 ou 2 shillings par semaine, double à peu près leur revenu. L’enseignement est obligatoire. Ces mesures sont excellentes; elles prouvent que ces jeunes sociétés qui se développent si rapidement à nos antipodes, comprennent aussi bien que les États-Unis et mieux que nous, la nécessité de l’enseignement populaire.

Les vices du régime en vigueur en Angleterre étaient trop évidents pour ne pas attirer l’attention du public. Dans les journaux, dans les meetings, la question fut vivenîent discutée. Enfin, un select commiltee fut nommé pour faire une enquête sur la situation et indiquer les remèdes. Ce comité rédigea un rapport qui aboutit à un nouveau projet de loi.

Ce projet de loi a été voté en 1870, sous le titre de Elementary éducation act. Mais l’éminent ministre de l’instruction, M. Forster, n'a pas hésité à dire que si cette loi était insuffisante pour atteindre le but, on aurait recours à des mesures plus énergiques *.

L’ancien système était entaché de cinq défauts principaux :

1° En abandonnant trop aux efforts volontaires, il ne faisait rien payer à ceux qui ne voulaient pas contribuer aux dépenses de l’enseignement;

2° Le montant pour lequel l’ Education Department contribuait à la construction des écoles étant proportionné aux contributions volontaires du district, il s’ensuivait que les populations les plus pauvres, ou celles parmi lesquelles il y avait le moins de personnes bienfaisantes, recevaient une part insuffisante du fonds public, quoiqu’elles fussent précisément celles qui avaient le plus grand besoin d’instruction, et quoique la propriété foncière dans le district eût bien pu supporter une taxe à cet effet;

3° Là même où les écoles étaient suffisantes, il n’y avait pas moyen de forcer les parents à s’en servir;

4° Comme c’était le plus souvent dans un but religieux que les écoles étaient fondées, l’enseignement avait un caractère plus théologique que ne le comportait un système maintenu en grande part’e par les fonds de l’État. Il est vrai que l’on avait essayé de prévenir cet inconvénient au moyen d’un règlement qui, dans toute école sub-

1. Pour faire l'analyse de la loi nouvelle nous nous sommes aidé : 1° d’un travail très-bien fait, publié par M"”1 Alice Westlake , fille du publiciste anglais Hare, dans la Revue internationale de Droit que publie à Gand M. Rolin-Jacquemyns; 2° du volume du M. Hugh Owen t The elementary éducation act, 1870, sixth édition; 3° du dernier Report of the Committee of Council on éducation ; 4° de documents que je dois à la bienveillance de M. Forster, ministre de l’instruction publique.

sidiéc par l'État, donnait aux parents le droit de soustraire leurs enfants à l’enseignement religieux, s’ils ne ( approuvaient pas;

5» Le prix très-élevé de l’enseignement, assez médiocre en général, que peuvent donner les petites écoles distinctes pour chaque secte. Quand le nombre d’élèves est restreint, on ne peut avoirqu’un maître qui s’occupe d'une division, tandis que les autres divisions se reposent. Quand l’assistance est nombreuse, on « gradue » l’école en classes séparées, avec un maître ou un sous-maltro pour chaque division. Comme le dit M. Edwin Chadwick', « l'instituteur de village qui est seul, coûte 50 francs par élève annuellement, et il met sept ans à donner une somme d'instruction qui serait obtenue, avec la division du travail éducationnel, en trois ou quatre ans, moyennant 25 francs par élève. »

La loi de 1870 veut que, partout où il n’existe pas d’écoles primaires suffisantes, on supplée au défaut d'efforts volontaires par le moyen d'une taxe communale, sans toutefois qu’il doive en résulter une réduction dans le budget parlementaire de l’enseignement public. De cette façon on obvie à un grave défaut de la loi ancienne en permettant d’augmenter le nombre des écoles primaires; et en même temps les philanthropes ne doivent pas s’imposer une charge plus lourde qu’il ne leur convient, puisqu’ils peuvent toujours rejeter sur la part de la taxe communale la dépense qu’ils ne veulent pas couvrir par leurs contributions volontaires.

Si l'on avait chargé la commune, avec ou sans l’aide d’un subside parlementaire, de pourvoir complètement aux besoins de l'instruction, on aurait fait perdre non-seulement une très-forte somme annuelle provenant des contributions volontaires, mais aussi la coopération active de beaucoup de personnes zélées et intelligentes, qu’un intérêt religieux ou autre porte à s'occuper de l’enseignement. Pour se ménager davantage encore la force qui provient de la coopéxalion volontaire, on a décidé que la commune, en suppléant à l’insuffisance des moyens d’éducation, ne serait pas astreinte à fonder de nouvelles écolos, et qu’il lui serait loisible d’appliquer la taxe communale à subsidier les écoles existantes. Quand le département de l’instruction estime que dans une commune les écoles sont insuffisantes, il a le droit d’y faire élire un comité scolaire et d’obliger ce comité à établir les écoles nécessaires.

Les dépenses sont payées par le fonds scolaire ( school fund ), qui se forme du subside de l’État, des rétributions scolaires et des autres revenus. Si les ressources sont insuffisantes, le comité scolaire peut

1. Yoy. Lettre à M. Mignct, Trav. de l'Acad. des sciences mor. et fol. 1872.)

A.NGLETER R E.

demander le surplus à l'autorité locale, qui lèvera la somme requise au moyen de l'impôt ( local raie). Si une taxe locale de 3 pences par livre sterling sur la propriété imposable du district produit moins que 7 shillings 6 pence (9 fr. 30 c. ) par enfant fréquentant les écoles publiques, l’État doit donner ce qui manque pour arriver à cette somme. Les écoles, tant fondées que subsidiées par les communes, auront droit à participer dans la distribution des fonds parlementaires sous les mêmes conditions que les autres écoles. Désormais ces conditions sont les suivantes :

1° Nul enfant ne sera tenu, contre le désir de ses parents, soit d’assister ou de ne pas assister à l'office divin d’une église ou d’une secte quelconque, soit de suivre les classes d’instruction religieuse, soit d’aller à l’école le dimanche, ou les jours fériés de l’église ou de la secte à laquelle ses parents appartiennent. Tel est à peu près le règlement que, depuis plusieurs années, l 'Education Department a fait insérer dans les actes de fondation des écoles à la construction desquelles il a contribué; mais pour plus de sûreté contre le prosélytisme, la loi de 4370 porte aussi que :

2° L’enseignement ou l’office religieux, s’il y en a, aura lieu ou au commencement ou à la fin des leçons d’école, à des heures approuvées par l 'Education Department, et affichées dans l’école, pour l’information des parents qui voudront en retirer leurs enfants;

3° L’école sera toujours ouverte aux inspecteurs chargés par VEducation Department d’examiner sur toutes les matières d'instruction, à l’exception des matières religieuses;

4° L’école se conformera en tout aux conditions prescrites par Y Education Department, agissant sous le contrôle du parlement. La crainte que les directeurs de l'école éprouveront de perdre leur part dans les subsides parlementaires, et par suite de faire tomber tout le poids de l’école sur la taxe communale, donnera au gouvernement une grande influence sur les communes en matière d’éducation;

5° Les écoles qui seront fondées directement par les comités scolaires sont assujetties par la loi à une cinquième condition, à savoir qu’on n’y enseignera ni le catéchisme ni les formules théologiques d’aucune Église ou secte quelconque.

En cas de dissentiment relatif à l’observation do ces conditions dans une école subsidiéeou fondée par une commune, ce sera à l 'Education Department à en juger sans appel. Enfin la loi permet aux administrateurs d’une école primaire quelconque de ne. tenir aucun compte des règlements, faisant obstacle à sa participation aux subsides parlementaires, que les fondateurs auraient pu lui imposer.

Passons maintenant à l’organisation locale. En traçant les grandes lignes de la loi, nous nous sommes servi du mot commune, comme

pouvant représenter d’un côté les villes possédant une constitution municipale (ciliés et boroughs ], et do l’autre les paroisses rurales; et en effet c’est à chaque ville ou paroisse rurale qu’appartiendront en règle générale les droits et les devoirs que nous venons d’expliquer. Cependant, même dans ce cas, l’administration en matière d’éducation n’est pas confiée par la loi nouvelle aux autorités communales ordinaires, c’est-à-dire aux conseils municipaux (toum councils) dans les villes, ou aux assemblées générales des contribuables (résinés) dans les paroisses de campagne, mais à des conseils spéciaux pour les écoles ( schoolboards ) : et il est permis à X Education Department de réunir plusieurs villes ou paroisses en un seul district scolaire (school district), ayant un seul schoolboard. C’est ce que la loi elle-même fait pour Londros dans toute son étendue. Toutefois les schoolboards n’auront pas qualité pour imposer eux-mêmes une taxe; lorsqu'il s’agira de faire face aux dépenses qu’ils auront votées, ils s’adresseront aux autorités communales proprement dites (conseils municipaux ou vestries ), qui, sur la réquisition du schoolboard, établiront les taxes nécessaires. En outre, X Education Department pourra permettre que la présente organisation ne s'applique pas aux villes ou paroisses où les écoles primaires auront été jugées suffisantes, et les laisser par conséquent en dehors de l’opération de la loi de 1870.

Le schoolboard est élu par tous ceux qui contribuent aux taxes municipales ou communales, c'est-à-dire par tous les maîtres ou maitresses de maison ( householders ) ou cultivateurs ( occupiers ) d’une terre, de n’importe quelle contenance. Chaque électeur a autant de votes qu’il y a de membres à élire, et il peut les donner tous à un candidat, ou les distribuer entre les candidats comme il lui plaira. Ce système s’appelle vote cumulatif ( cumulative vote). Dans la ville de Londres, à l’exception de la cité proprement dite, l'éloction se fait au scrutin secret.

De concert avec X Education Department, Je schoolboard peut rendre obligatoire l’enseignement de tout enfant de cinq à treize ans; mais s’il est reconnu que les parents sont trop pauvres pour payer les frais d’école, qui toutefois ne doivent pas dépasser la limite de neuf pence on 90 centimes par semaine, le schoolboard peut rendre l’enseignement en tout ou en partie gratuit.

Il sera loisible aux schoolboards d’établir et de maintenir des écoles industrielles, à condition qu’elles soient soumises, comme toute autre écolo industrielle, à la juridiction du secrétaire d’État pour les affaires intérieures.

Enfin, s'il parait à V Education Department qu’un schoolboard a manqué à ses devoirs, le département pourra le remplacer par un

ANGLETERRE

li'J

autre dont il nommera les membres, et qui aura les mômes pouvoirs que tout autr e schoolboard ; mais ce nouveau sclioolboard, après avoir réparé les fautes de ses prédécesseurs, sera remplacé à son tour par un schoolboard régulièrement élu par les contribuables.

Dans plusieurs villes, et notamment à Londres, l’élection des schoolboards a déjà eu lieu, et il sera peut-être intéressant d’en signaler les résultats principaux. La question de l’enseignement religieux a donné lieu à de vifs débats; d’un côté, les adversaires de l’enseignement dogmatique soutenaient qu’il faut interpréter la clause de la loi, qui défend l'enseignement des catéchismes ou formules théologiques, comme défendant aussi l’enseignement des dogmes qui sont d’habitude compris dans les catéchismes ou formules. Mais la plupart sont convenus qu’il fallait faire lire la Bible sans autres commentaires que des explications historiques et géographiques, et beaucoup de catholiques ont consenti à cette façon de trancher la question. D’un autre côté les membres zélés, soit de l’Église anglicane, soit des sectes protestantes, se sont réunis pour l'établissement d’écoles communales où l’on enseignerait, soit au commencement, soit à la fin des leçons d’école, les dogmes élémentaires reçus par la plupart des protestants. C’est dans ce dernier sens que la majorité s’est généralement prononcée ; mais grâce à la puissance que le vote cumulatif donne aux minorités spéciales, les membres qui représentent cette tendance dogmatique ont été pris avec beaucoup d’imparLialilé dans l’Église anglicane et dans les sectes protestantes. De même les catholiques et les partisans de l’enseignement séculier sont parvenus aussi à se faire représenter en raison de leur nombre. Dans plusieurs villes il est arrivé que les sectes et les partis divers se sont entendus pour éviter une lutte électorale, en nommant d’emblée un schoolboard qui les représenterait en raison de leur importance relative. Les femmes aussi se sont efforcées de se faire représenter aux schoolboards par des députés de leur sexe, et plusieurs d’entre elles ont été élues par un grand nombre de suffrages, surtout à Londres, où, dans une des circonscriptions électorales, Miss Garett, docteur en médecine, a reçu trois à quatre fois plus de votes qu’aucun autre candidat. Enfin l’élection du schoolboard a excité autant d’intérêt qu’une élection au parlement, et les mômes moyens, hormis la corruption, y ont été employés. Longtemps avant l’election ce n’étaient partout que meetings, sollicitation des votes, et avalanche de circulaires de toute espèce. Beaucoup de candidats ont dépensé de fortes sommes, bien que les taxes communales aient supporté les frais de la votation. Aussi la plupart des membres élus sont-ils supérieurs de beaucoup, comme intelligence et comme position

sociale, à ceux qu’on est accoutumé à voir s’occuper en Angleterre des affaires municipales.

Voici les données statistiques les plus récentes sur la situation de l’enseignement primaire en Angleterre.

Population'de l’Angleterre et du pays de Galles. (Re-

censement de 1871) 22,704,108

Population de l’Écosse 3,358,613

Total 26,002,721

Population des localités qui, en 1872, ont constitué des comités, conformément à la loi de 1 870 :

1° Londres 3,265,005

2° 98 sur 224 municipal borouphs 5,168,115

3° 241 paroisses rurales sur 14,800 1,107,767

Total pour l’Angleterre 9,540,887

Dans le pays de Galles 447,217

L’enseignement obligatoire a été établi dans un grand nombre de villes : Londres, Liverpool, Stockport, Bootle, Manchester, Oxford, Rochdale, Hanley, Burnlev, Blackburn, Barnstaple, etc.

Le nombre d’écoles primaires inspectées et recevant un subside s’élevait, comme on le voit dans le tableau qui suit, à 10,214 avec 14,158 classes. Ces écoles pouvaient contenir, à huit pieds carrés par enfant 2,152,712 élèves. Les registres d’inscription en portaient 1,949,026 dont 493,507 au-dessous de six ans, 1,257,969 entre six et douze ans et 197,550 au-dessus de douze ans. 4,654,210 étaient présents le jour de l’inspection et 1,375,612 avaient fréquenté l’école pendant plus de cent jours ou étaient portés comme tels.

Au nombre des inscrits ci-dessus il faut en ajouter 46,094 des écoles non subsidiées, ce qui permet de porter le nombre total à environ 2,000,000, soit un élève par treize habitants. Dans les autres pays protestants d’Europe il y en a un par sept habitants, donc presque deux fois autant; dans les États blancs de l’Union américaine on en compte un par quatre habitants, soit trois fois davantage. 11 reste donc énormément à faire. Tant que l’Angleterre n’aura pas quatre millions d’enfants dans ses écoles, ses hommes d’État ne devraient point se lasser do poursuivre ce but. Il faut dire cependant que le progrès est rapide. Le nombre des élèves en 1867 n’était que de 1,458,256, et la nouvelle loi, quoique très-insuffisante encore, donnera une impulsion très grande à l’instruction populaire.

Le nombre des instituteurs diplômés était en Angleterre de 4 2,467

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