ESPAGNE ET ILES PHILIPPINES
Si de l’étude des faits qui concernent l’enseignement primaire dans chaque pays on peut tirer une leçon utile, l’Espagne nous montrera que rien n’est plus funeste que de livrer l’organisation de l’instruction aux fluctuations de la politique. Malgré la bonne volonté des ministères qui se succèdent, on n’arrive pas à de bons résultats, parce qu’il n’y a pas de suite dans les efforts et que de constantes variations jettent partout le désordre et le découragement.
Législation. — Jusqu’à une époque récente, l’instruction primaire était complètement négligée. Le peuple n’en éprouvait pas le besoin. Le clergé ne s’en occupait pas, sauf pour faire apprendre lo catéchisme, et le gouvernement y était plutôt hostile. Le ministère Vidal en 1815 et le ministère O’ Donnell en 1851 commencèrent à s’occuper de cette question. Enfin la loi du 25 octobre 1857 organisa renseignement à tousses degrés dans un esprit assez libéral. Le système adopté était semblable à celui de la France. Au printemps 1868, ce système fut complètement bouleversé. La direction de l’instruction fut remise aux mains du clergé, et les meilleures institutions étaient condamnées à disparaître.
La révolution do 1868 amena le triomphe d’idées complètement différentes. Les décrets d’octobre 1868 proclamèrent la séparation de l’Église et de l’école, introduisirent la décentralisation et posèrent comme idéal, la non-intervention absolue de l'État dans le domaine de l'instruction '.
Autorités scolaires. — Le décret du 14 octobre 1868 établit dans chaque province une commission scolaire de neuf membres nommés par les députations provinciales et un comité local ( local junta ) nommé par les administrations communales ( ayuntamientos ) et composé de 15, 9 ou 5 membres, suivant la population de la commune.
Chaque province est tenue d’avoir un inspecteur qui fait rapport à la commission provinciale, sur la situation des cfcoles qu’il visite. Le gouvernement nomme trois inspecteurs généraux qui surveillent les écoles normales et qui contrôlent les travaux des inspecteurs provinciaux.
On le voit, l’organisation de la surveillance et de l’inspection no laisse rien à désirer. Mais en cette matière tout dépend du choix des hommes. La loi a décidé avec sagesse quo les inspecteurs provinciaux seraient choisis parmi les instituteurs qui ont au moins cinq ans de service actif, et les inspecteurs généraux parmi les inspecteurs provinciaux ou les professeurs d'école normale.
L'école. — Comme l’enseignement est libre, il y a des écoles privées et des écoles publiques. Toute commune de plus de 500 habitants est tenue d’avoir une école de garçons et une école de filles, une commune de 2,000 âmes est tenue d’avoir deux écoles de garçons et deux écoles de filles, une commune de 4,000 âmes trois et ainsi de suite. Les frais nécessaires à cet effet doivent être portés parmi les dépenses obligatoires des communes. L’État accorde des subsides aux plus pauvres jusqu’à concurence d’au moins 200,000 escudos (500,000 fr.)
Depuis 1857, l’enseignement est obligatoire (loi du 9 septembre, art. 1"). Les pères de famille ou tuteurs sont tenus d’envoyer leurs enfants de 6 à 9 ans à l'école publique ou de les faire instruire à domicile ou dans une école privée, sous peine d’une amende de 2 à 20 réaux (50 centimes à 5 francs).
1. Nous empruntons les données concernant l’Espagne aux actes et aux statistiques officiels, ainsi qu’à l’excellente étude, un modèle du genre, que M. A. Le Roy, professeur à l’Université de Liège, a publiée dans un ouvrage allemand intitulé : Schmid. Encyktopddie des gesammten Ersiehungs- und Unterirchtswesen. Voyez aussi : De la Instruccion pubtica en Espafta. par Don Autonio-Gil de Zarate, 2 tomes.
ESPAGNE
Là constitution du 6 juin 1869 a proclamé la gratuité de l’enseignement primaire,
Les matières enseignées sont : lire et écrire, les éléments de la grammaire et de l'arithmétique, la doctrine chrétienne et l’histoire sainte, les poids et les mesures, et quelques notions d’agriculture et d’industrie, suivant les besoins de la locdité. Les lois précédentes avaient soumis lecole à l’inspection et à la direction du curé. Depuis la révolution de 1868 et l’abolition du concordat, le prêtre n’a plus aucun droit d’ingérence dans l’enseignement public.
Dans la plupart des communes, l’école était tout à fait aux mains du clergé. Mais dans les provinces où les idées libérales s’étaient répandues jusque dans les classes moyennes, des conflits s'élevaient souvent entre l’instituteur et le curé. L’incrédulité et l'hostilité contre le catholicisme avaient fait en Espagne des progrès que le gouvernement espagnol et l’Europe ne soupçonnaient pas, et cette lu1 te, en bien des communes, se poursuivait jusque sur le terrain de l’école populaire.
Sous le régime de la loi de 1857, les instituteurs étaient nommes par les autorités centrales. Depuis 1868 ils le sont par les administrations communales. Ils ont droit à un traitement de 2,500 réaux (le réal vaut actuellement 25 centimes), dans les communes de 500 à 1,000 âmes; de 3,500 réaux, dans celles de 1,000 à 3,000 âmes- de 4,400 réaux, dans celles de 3,000 à 10,000 âmes; de 5,500 réaux, dans les villes de 10,000 à 20,000 âmes; de 6,600 réaux, dans celles de 20,000 à 40,000 âmes; enfin de 9,000 réaux à Madrid. Les institutrices touchent un tiers en moins. Ces traitements sont élevés pour l’Espagne; malheureusement ils ne sont pas régulièrement payés.
Lcoles normales. — La loi de 1857, abolie au printemps 1868, mais remise en vigueur après la révolution, par décret du 14 octobre de la même année, institue une écolo normale dans chaque chef-lieu des 47 provinces; les frais en sont supportés par le budget provincial. Une école primaire supérieure où les normalistes s’exercont à l’ensoignoment y est annexée; celle-ci est à la charge de la caisse communale. Les places à l’école normale sont données au concours; une sur cinq est réservée aux instituteurs qui veulent acquérir une instruction plus complète.
Le programme de l’école normale centrale est très-chargé. Les matières qu il comprend sont : l’histoire universelle et l’histoire de l'Espagne, la rhétorique, la poétique, le droit administratif et la géographie, l'art pédagogique, la physique, la chimie, l’histoire naturelle,
1 industrie, le commerce, les systèmes d'enseignement, la géométrie,
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le dessin linéaire, l’agriculture, la religion et la morale, la calfigraet la lecture.
Le diplôme du degré inférieur s’obtient après deux ans, celui du premier degré après trois ans, celui de maître d’école normale après quatre ans d’étude.
Statistique. — En 1850, on comptait, en Espagne seulement, 1,221,001 personnes sachant lire et écrire et 1,898,288 sachant lire seulement *.
En 1 860, les résultats étaient moins désolants ou peut-être les relevés faits d’après une autre méthode. Voici les nombres officiels, la population totale s'élevant à 15,673,010 pour l’Espagne, les Canaries et les Baléares.
Hommes
Femmes