DONNÉES PRÉLIMINAIRES SUR LE SUJET INDIQUÉ PAR CE TITRE
J'ai été conduit à écrire ce volume, qui n'a rien d'un ouvrage dogmatique, en lisant le passage reproduit ici. Je l'ai trouvé sans nom d'auteur dans un journal, en février 1872.
« Quand on cherche à se rendre compte de l'état des esprits en France, on est toujours plus frappé du manque d'harmonie qui règne dans l'éducation générale. Aulre est l'éducation scientifique, autre l'éducation religieuse; autre celle des femmes, autre celle des hommes; autre celle des prêtres, autre celle des laïques; aulre celle des catholiques purs, aulre celle des libéraux. On a souvent dit que nous sommes deux peuples en im : ne peut-on pas ajouter que chacun de nous porte ces deux peuples en soi?
» État, famille, individus, il y a partout dualisme, contradiction latente, incertitude.
» D'un côté, une éducation religieuse sans esprit scientifique et sans esprit libéral; de l'autre, une éducation libérale et scientifique trop dépourvue d'esprit religieux, de hautes aspirations, d'entente profonde de la nature humaine. Divorce déplorable qui, en se produisant sur tous les points, paralyse nos meilleurs efforts, embarrasse notre marche^ empêche toute action commune et toute concorde des esprits.
» Où et comment aboutira ce conflit entre les deux esprits opposés? Question redoutable.
y> Une double issue se présente. L'une, c'est que l'Église ouvrant enfin les yeux sur les véritables besoins des temps modernes, se rapproche du siècle pour mieux remplir son office d'éducation. Sentirat-ellecettenécessité,queluirecommandentquelquesuns de ses meilleurs fils? Aura-t-elle l'intelligence et le courage d'accomplir les sacrifices inévitables...
» Il nous en coûte de croire que la grande Église de France, mère de tant de nol^les âmes, renferme trop peu d'éléments de vie, de liberté, de foi réelle à la vérité pour entreprendre un renouvellement salutaire.
» Une autre issue, c'est que, de son côté, l'esprit séculier et libéral prenne vigoureusement posses-
sien de lui-même, qu'il suive avec confiance sa propre voie, qu'il affirme et exerce son droit dans l'éducation comme dans la politique; que, de plus, se retrempant aux sources supérieures de la vie morale, il mérite de prendre une plus large part à la direction du monde spirituel. De ces deux issues d'ailleurs l'une n'exclut pas l'autre. »
Les six années qui viennent de s'écouler n'ont encore rien ôlé à l'actualité des questions posées dans ces passages. Rien de plus vrai et de plus dangereux en même temps que cette hétérogénéité en ce qui touche l'instruction des hommes d'un Age à l'autre. Rien ne devient plus la source de désaccords dans les familles que cette différence presque absolue entre d'éducation donnée à ceux-ci et celle que reçoivent les femmes.
L'esprit séculier a bien commencé à exercer son droit pobtique dans les élections, mais non dans l'éducation. Là il n'a encore rien fait législativement, ni administrativement surtout. La loi récente sur la liberté de l'enseignement, fort bonne en principe, conduira probablement l'esprit libéral à prendre une plus large part à la direction du monde spirituel, si la routine administrative et l'esprit de parti ne lui mettent des entraves.
Mais on ne peut rien affirmer encore dans le sens du progrès, ni sur ce que l'Église en France renferme de liberté et de foi réelle à la vérité pour entreprendre le renouvellement salutaire dont le pays a besoin; car cette loi a été œuvre de parti et votée dans un sens de réaction; elle n'est pas une élaboration de principes, en tant que tendance à l'amélioration et au progrès intellectuel du pays, demandés avec tant de netteté dans l'article précédent. Je lis, en effet, dans un journal catholique (1), que c'est pour opposer un enseignement catholique par des Facultés catholiques à l'enseignement des Facultés de médecine que l'on a si vivement réclamé la liberté de l'enseignement supérieur.
Le champ reste donc encore absolument ouvert à l'exposition de ce qui pourrait être fait pour l'éducation générale; il reste ouvert aussi pour l'indication d'abord du mal causé dans toutes les classes par la durée de l'inaction, puis de l'abaissement qui en résulte pour la France, alors que les nations du Nord, les É(als-Lînis et l'Italie rivalisent d'efforts pour amener la prospérité générale par la formation de citoyens instruits, sans distinction de naissance.
Les peuples en effet qui ont échappé aux réactions
(I) Revue médicale, décembre 1875.
qu'amènent les faiseurs de coups d'État, mettent en œuvre bien plus que nous, depuis le xix" siècle, ce qui a été conçu et formnlé à cet égard par les encyclopédistes du siècle précédent.