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CHAPITRE II

NÉCESSITÉ SOCIALE DE L'ÉDUCATION ET DE L'INSTRUCTION; INDICATION DE LEUR VÉRITABLE NATURE PAU CELLE DU BUT QU'ELLES FONT ATTEINDRE.

Le but de l'éducation et de l'instruction envisagées dans leur ensemble présente deux degrés.

Elles doivent être telles qu'elles empêchent au moins l'arrêt de développement des facultés intellectuelles et morales, sinon leur alTaiblissement, leur déperdition; elles doivent tendre en un mot à conserver une certaine moyenne dans le plus grand nombre des individus , de telle sorte qu'ils restent aptes à autre chose qu'à consommer et à user seulement ce que chacun doit au travail des autres.

L'éducation et l'instruction doivent tendre, en outre, partout où il y a aptitude, à nous faire tirer le meilleur parti possible de nos facultés, en les poussant à produire le plus possible aussi, socialement parlant.

Pour toute instruction individuelle, le but final qu'elle doit atteindre est la démonstration de ce fait

que l'existence et le développement des sociétés suivent un ordre progressif déterminable et déterminé.

Notons que la notion de loi, c'est-à-dire celle des relations de similitude et de succession, s'ac-/ quiert surtout par ■l'étude des mouvements, et celle du progrès par l'observation des phénomènes dcj l'évolution des êtres organisés.

Rappelons aussi que, partout où il y a loi, il n'y a pas fatalisme, en raison de ce fait qu'il n'y a loi et évolution que lorsque le fait antécédent influe sur celui qui est immédiatement ou plus ou moins médiatement consécutif.

Cela est surtout à considérer lorsqu'il s'agit des phénomènes d'ordre organique, sur lesquels intervient l'activité volontaire des individus. Ici, en effet, certaines conditions étant données, tout acte de cette nature devient un antécédent, cause de progrès ou de retards dans les conséquents.

Là même est une des sources de la morale, lorsqu'il s'agit des phénomènes sociaux en général, des manifestations des instincts altruistes ou égoïstes en particulier.

Notons encore qu'il n'y a pas fatalisme, lorsque ce qui est inévitable, bien que s'accomplissant d'après certaines lois, peut être avancé, retardé ou même dévié.

La détermination de ce que sont ces lois et celle

des limites de leurs modificabilités, est un des points qui distinguent le plus le positivisme du fatalisme. Est fatal, en effet, ce qui est inévitable sans être modifiable; la (iitalité disparaît dès que ce qui est reconnu inévitable, en raison du cours naturel des choses, peut être avancé, retardé ou modifié dans son intensité. Ainsi sont les effets de l'état électrique des nuages dans leurs relations avec la terre et avec les êtres organisés qu'elle porte.

Du reste le fatalisme n'existe pas, en dehors de ce que représentent les conceptions humaines relatives à la succession des événements observés. Ceux qui n'ont pas été pénétrés de la notion de loi par l'étude des sciences se trouvent par suite être les seuls qui font intervenir ici quelque entité surnaturelle, théologique ou métaphysique, forces fictives auxquelles seraient soumis les phénomènes dont ils ne connaissent pas les conditions naturelles d'accomplissement. Comme conséquence de ces fausses suppositions, ce sont ces esprits qui considèrent comme fatalistes tous ceux qui ne les imitent pas : tous ceux qui s'efforcent de déterminer les relations de sinnlitude et de succession des phénomènes, leur marche naturelle, en un mot, et les limites entre lesquelles ils peuvent varier pour revenir bientôt à un cours constant.

D'autre part, parmi les hommes de progrés les

plus dévoués à la République il en est qui considèrent comme une des formes du fatalisme la doctrine qui veut que :

1" La connaissance des lois que suivent les sociétés dans leur évolution serve de guide essentiel dans le choix du régime politique à adopter; 2" cette même doctrine qui a déterminé par l'observation de la tiliation des faits historiques, que rien ne change la résultante nécessaire de l'évolution des organismes sociaux vers un but commun d'amélioration.

Or en insistant sur ces notions le positivisme n'a aucunement nié l'intervention des influences individuelles, soit progressives soit rétrogrades, modifiant soit en bien soit en mal, quant, à l'intensité et à la promptitude, nomlire d'événements sociaux. Plus que toute autre doctrine il a insisté sur la nécessité de séparer les hommes de bien à cet égard, de ceux qui peuvent être mis au rang des réprouvés de la société. Mieux que toute autre doctrine par la détermination des lois sociologiques il a donné un guide servant à distinguer nettement les uns des autres ces hommes-là et à juger de l'importance de chaque événement social à ces deux points de vue, du progrès ou de la rétrogradation. Jamais il n'a nié la désastreuse intervention de certains hommes dans des événements tels que l'inquisition, la Saint-Barthéleray, la révocation de l'édit de

Nantes, les guerres impériales à partir de ISOi, celles du Mexique, de 1870, etc. Mieux que les doctrines autoritaires des jacobins, dont le rôle utile est aujourd'hui épuisé, il a montré l'étendue des retards dans la marche de la civilisation qui en ont été la conséquence. Comme les conventionnels, il a montré qu'avec la République, la Patrie et la Constitution ne font qu'une seule et même chose, tandis que sous la durée des monarchies et des empii'es la Patrie ne fait plus un avec le gouvernement, mais deux choses ; et alors la dernière, la Patrie est maniée comme étant la chose" de la famille régnante et sacrifiée à celle-ci dès la moindre difficulté poHtique et parfois pour un simple caprice individuel. Rien de plus faux que de croire, par exemple, qu'après la révolution de 1789, les deux empires, la restauration et le 24 mai étaient des événements totalement inévitables. Les conséquences révolutionnaires qu'ont eues les premiers, les entraves que pour durer ces actes criminels ont dû mettre aux progrès intellectuels et sociaux, le retour après eux à ce qui était avant, sont là pour le prouver. Les avortements successifs des tentatives qui ont été la conséquence du 24 mai ne le prouvent pas moins nettement. Plusieurs années pourtant seront encore nécessaires pour faire disparaître les conséquences des méfaits administratifs et politiques commis par

les meneurs de ce coup d'Élat. Mais au moins, ce mal prouvera une fois de plus le peu de portée intellectuelle au point de vue social de ceux qui voulaient une République entourée d'institutions royales, après avoir fait tomber ceux qui désiraient que la République fût gouvernée par des esprits anti-républicains; et cela bien qu'ils eussent vu disparaître une royauté qui tendait en fait à s'appuyer sur des institutions républicaines.

Rien ne saurait durer de ce qui est aussi contradictoire en soi que ces sortes d'expédients réactionnaires. Tous trois en effet ont été des résultats des idées que suscitent l'ignorance ; des résultats de la méconnaissance complète des lois de l'évolution sociale de la part de ceux qui n'ont pas craint de recourir à de pareils moyens ; c'est l'un des effets de l'ignorance qui fait croire que l'arbitraire et la violence entre les mains de quelques habiles de la ligue des gens de bien, suffisent pour régir les sociétés, et aller àl'encontre des progrès résultant de leur constitution organique. Les destructeurs, même conquérants, fondent parfois des royaumes temporaires ; les législateurs et la science fondent seuls dans le temps.

Mais cela ne veut pas dire qu'il faille rester indifférent et sans prendre les mesures indispensables lorsqu'on voit s'unir pour chercher des côn-

flits partout où le pays désire l'union, les hommes qui se croient honnêtes en usant de pareilles manœuvres; lorsque surtout on les entend répéter que jamais la France n'a été aussi éloignée d'un gouvernement dé'lnitif; lorsque pour le prouver, on les voit faire, bien que vainement, tout ce qui peut conduire à penser que nul républicain , que nul partisan du pouvoir impersonnel ne saurait avoir les aptitudes pour être un administrateur.

Ce sont là des données générales dont je me propose de montrer plus loin la subordination à des questions d'enseignement, et non-seulement à des questions d'enseignement supérieur dans les ordres scientillque, historique et d'économie sociale, mais aussi d'enseignement secondaire; ce qui m'obligera parfois à revenir à plusieurs reprises sur certaines de ces données.

Les longs efforts faits dans le sens d'une détermination exacte des lois de l'histoire n'ont pas pour destination la seule satisfaction de besoins, soit théoriques, soit matériels.

Connaître l'ordre suivi par le développement des sociétés est un désir éprouvé avant ou après nos entreprises individuelles, aussi bien par les plus infimes laboureurs et prolétaires que par les hommes qui se disent appartenir aux classes dirigeantes.

Cette observation est surtout facile à faire durant

cliaquc période de trouble d'un Etat, que ce trouble soit causé par les fautes ou par les crimes de ceux qui dirigent, ou qu'il surgisse de l'explosion de quelque nécessité sociale méconnue.

C'est particulièrement dans ces circonstances, et malheureusement durant ces circonstances seulement, que beaucoup comprennent que lagrande préoccupation de chacun doit être d'apprendre où vont tant l'homme que les sociétés. Ils le comprennent en voyant que rien n'est plus navrant alors, que les manifestations de l'état mental dans lequel se trouvent ceux qui croient qu'en fait de régimes écononomiques et sociaux l'on peut, indifféremment et aussi bien, se reporter vers ceux qui sont tombés par insuffisance, que marcher vers le régime républicain que les situations évolutives nouvelles de la civilisation nous imposent.

Ici comme toujours le danger vient de ceux qui ne savent pas, mais qui pourtant sont appelés ou s'offrent pour l'action; danger qui devient d'autant plus grand que les acteurs sont plus haut placés par leur fortune, ou mieux par la possibilité de vivre sans profession. Tous leurs efforts sont en eïïel consacrés à la réalisation de rêves sur le retour d'un passé qui n'est plus possible; efforts surtout dirigés contre ceux qui cherchent à rendre le présent utile à l'avenir qui découle de celui-ci. Par

14 I^JSTRUCTION, ÉDUCATION, ENSEIGNEMENT.

là ils troublent l'ordre dont ils méconnaissent la nature, bien qu'ils s'en disent les conservateurs et bien que leur conservatisme, du reste, consiste le plus souvent à demander au gouvernement républicain les places administratives afin d'être mieux à portée de le renverser.

Tout trouble de l'ordre arrête le progrès; mais l'histoire montre que toujours tous deux se rétablissent graduellement en suivant une voie autre que celle qu'ont rêvée les perturbateurs, soit qu'il s'agisse des utopistes, soit qu'il s'agisse au contraire de ceux qui se disent conservateurs ; et cela depuis ceux qui ne savent qu'en revenir aux rêves de Robespierre, jusqu'à ceux qui acclament les faiseurs de coups d'Etat. Ignorant le cours naturel des choses dans l'évolution des sociétés, ces conservateurs supposent celles-ci soumises à l'arbitraire; ils prennent pour de la force les résultats de leurs tromperies ou du guet-apens et de la violence, dont ils demandent la permanence comme règle, aussi bien dans la famille que dans l'État.

L'homme ne sait, par épreuve ni par contreépreuve, d'où il vient ni où il va, en tant qu'individu; à mieux parler il ne sait à cet égard que ce que les sciences lui ont appris sur sa provenance terrestre, sur l'accroissement et le décroissement jusqu'à l'évanescence de ses facultés et sur la ren-

trée moléculaire dans les milieux cosmiques des principes constitutifs de la substance organisée.

Car il faut oser le dire, sur ce que nous sommes après avoir vécu comparativement à ce que nous étions avoint, la science est mieux renseignée que ceux qui la jugent d'après de pures préconceptions absolutistes. La méthode qui nous éclaire à cet égard est celle qui nous apprend où, quand et comment apparaissent embryogéniquement les propriétés et les facultés de l'homme et des animaux; qui nous montre comment on meurt et nous donne une contre-épreuve confirmative des plus saisissantes sur la nature de notre existence vitale; qui nous montre qu'on décroît comme on a crû, mais avec nombre d'interventions accidentelles venant s'ajouter et venant compliquer l'évolution descendante naturelle; toutes choses omises par l'enseignement supérieur; toutes choses que n'osent envisager en face ceux qui nous font croire dès l'enfance aux fictions classiques sur les origines de la vie individuelle et sur ses suites ultérieures; et cela bien qu'il soit indispensable de connaître ces origines pour juger sainement les questions sociales les plus élevées, et enfin, bien que chacun en parle comme si la science n'avait encore assemblé aucune donnée réehe sur ces questions.

L'homme, d'autre part, sait d'où viennent et où

vont les sociélés que d'après sa constitution propre et ses instincts naturels il forme et a formées à compter de lage de l'ours fossile.

Ceux qui méconnaissent ce que l'histoire et l'anthropologie nous ont appris sur les conditions d'existence, de développement et d'extinction des divers groupes sociaux ne sauraient diriger d'une manière efficace l'instruction ni l'éducation, soit puhliques, soit individuelles.

L'éducation et Fins! ruci ion sont deux choses d'ordre mental qui se tiennent de très-près, qui sont liées l'une à l'autre, mais qui ne se ressemblent pourtant pas et surtout ne se confondent sur aucun point, pas plus que ne se confondent les deux faces d'une même médaille.

'L'éducation est ce que la société tire des qualités naturelles et acquises, tant intellectuelles que morales de l'homme et même des autres animaux qui lui sont associés. Il est incontestable du reste que les animaux, surtout ceux qui vivent en société, donnent des rudiments d'éducation à leurs petits.

vL'instruction^est ce que chacun, seul ou à l'aide des autres, fait entrer dans son esprit, ajoute à ses propres facultés naturelles, construit et institue à leur aide.

L'instruction s'adresse surtout aux facultés intellectuelles; elle réagit sur les facultés morales et sur

les sentiments, mais surtout par l'intermédiaire des premières.

L'éducation, au contraire, s'adresse surtout aux sentiments et se juge particulièrement par les actes sociaux qu'ils suscitent. Elle peut être tirée des facultés naturelles seules, abstraction faite de toute instruction, ce qui se voit encore trop souvent. Mais comme on le comprend de suite, elle peut toujours profiter aisément de tout le développement que l'instruction fait acquérir aux facultés intellectuelles, bien que par exception il y ait des exemples d'hommes instruits restant plus ou moins sans éducation. C'est par ce résultat de l'accroissement de l'intelligence sous l'influence de l'instruction que l'éducation se trouve intimement liée à cette dernière.

L'instruction est tout ce qui s'apprend du dehors au dedans. L'éducation est tout ce qui se tire du dedans pour être produit au dehors, dans ce qui est naturel et dans ce qui est acquis par l'instruction, de manière que celle-là permet de juger celle-ci.

L'instruction et l'éducation ont pour résultat le maintien et l'amélioration de l'ordre et du progrés dans l'exercice des facultés intellectuelles, morales et de la vie de relation, non-seulement de l'homme, mais encore des animaux auxquels il fait prendre une part dans la vie des sociétés. Aussi vuil-on

18 INSTRUCTION, ÉDICATION, ENSEIGNEMENT.

souvent le terme éducation pris génériquement pour désigner à la fois ce que donnent ces facultés et ce qu'elles reçoivent ou tirent du dehors.

Dans cet ensemble, l'exercice des facultés intellectuelles et morales occupe le milieu entre deux extrêmes. Ces extrêmes sont représentés d'abord par ce qui touche à ce qu'on nomme l'éducation des organes des sens et des facultés de relations extérieures, tant vocales que locomotrices. Vient enfin tout ce qui touche à l'accomplissement des fonctions végétatives, respiratoires, digestives et reproductrices, dans ce qui, de cet accomplissement, n'est pas purement individuel.

Ces indications sur les facultés dont les manifestations touchent à l'ordre social et dont il s'agit d'améhorer l'exercice dans ce sens, suffisent pour nettement séparer l'éducation de l'hygiène et de la médecine, pour la séparer en un mot de tout ce qui concerne la vie nutritive ou végétative, dans les fonctionnements normaux et morbides, aussi bien que de tout ce qui concerne la constitution des individus dans l'ordre anatomique ou statique. Ces indications séparent naturellement aussi de l'éducation la domestication des plantes et des animaux et l'étude des modifications que le professeur F. Lallemand considérait, à tort, comme des subdivisions de l'éducation physique.

En d'autres termes, l'éducation est un des arts sociologiques dérivant de la dynamique sociale et réagissant directement sur elle.

Ayant pour sujet des êtres vivants, l'éducation et l'instruction s'appuient sur bien des branches de la biologie tant abstraite que concrète; elles leur empruntent même plus d'un moyen d'amélioration ; mais elles n'en absorbent aucune, et nulle de celles-ci ne peut la revendiquer comme lui appartenant. L'instruction et l'éducation n'appartiennent pas non plus à la statique sociale, bien que naturellement elle varie d'une société à l'autre suivant la constitution de celle-ci.

Uenseignement e^iaulre chose encore que l'instruction et que l'éducation. Il représente en effet l'ensemble des moyens qui servent tant à instruire, à transmettre des connaissances, qu'à éduquer, c'està-dire montrer comment on met en évidence celles qui sont acquises. Car ces deux choses doivent être conduites de front, le seul moyen de savoir si l'instruction a fait convenablement pénétrer les connaissances voulues, étant leur mise en évidence d'après les formes qui caractérisent l'éducation. L'instruction s'adressant aux facultés intellectuelles par l'intermédiaire des organes des sens : l'éducation ayant son point de départ dans l'exercice de ces facultés pour se manifester au dehors par l'in-

termédiaire des fonctions d'expression et d'exécution manuelles et locomotrices : on voit pourquoi les termes enseignement, instruction et éducation sont souvent employés l'un pour l'autre, malgré que leur signification soit en fait loin d'être la même.

Après Gall, Broussais et A. Comte, le professeur Lallemand a démontré avec une grande puissance de logique et de savoir que nul n'est apte à donner une éducation, s'il ignore la nature des facultés dont il s'agit de diriger et de perfectionner l'exercice.

Qu'il en est de ces fondions de la vie animale ou de relation comme de celles de la vie végétative; c'est-à-dire que tous les phénomènes humains qu'on regarde comme de forme immatérielle dépendent d'un appareil aussi matériel que tous les autres, très-compliqué et composé de parties distinctes chargées de fonctions spéciales;

Que ces différentes parties de l'encéphale sont susceptihles de se développer par l'exercice, de diminuer par l'inaction et de se modifier dans leur structure, de même que le font tous les autres tissus de l'économie suivant les modes des influences auxquelles on les soumet;

Qu'entre les animaux les plus simples et l'homme il n'y a pas, dans ces facultés, des différences de

nature, chacune se montrant dans l'un si elle n'existe pas encore dans l'autre, en môme temps que se montre telle disposition encéphalique nouvelle qui manquait sur ce dernier;

Que l'éducation ne crée pas des organes non plus que les facultés correspondantes, mais qu'elle ne fait que favoriser ou réduire le développement, suivant la nature des exercices auxquels on soumet des parties qui ont déjà fait leur apparition durant l'évolution individuelle;

Que d'un enfant à l'autre il y a toujours inégalité des facultés intellectuelles, morales, esthétiques, etc. , comme il y a inégalité dans les ressemblances de la face, de la taille, etc., et que c'est en vain qu'on croit arriver à les rendre égaux en ce qui louche ces facultés;

Que c'est par la connaissance de toutes ces choses qu'on arrive à transmettre une morale bonne et positive, parce qu'elle est perfectible et accessible à toutes les intelligences;

Mais qu'il faut en bonne morale éviter de rechercher ou d'accepter l'appui de tous principes et conceptions surnaturels; car, lorsque la morale est fondée sur une croyance religieuse, elle ne joue plus qu'an rôle subalterne, attendu que jamais on n'a pu voir tous s'entendre sur ces principes, dont le croyant sincère et fanatique, s'il est le plus fort

et s'il est conséquent, doit exterminer l'adversaire ^u'il ne peut convaincre (i).

De pai^ la nature propre des religions, c'est-àdire de par leur origine sentimentale, l'intolérance conduisant au fanatisme n'appartient pas à l'une d'elles plus particulièrement qu'à une autre. Les unes comme les autres encore conduisent ceux qui se disent les vrais croyants à proclamer heureux les pauvres en savoir et à repousser la diffusion de l'instruction par cette raison, disent les congréganistes, que plus on apprend, plus se révèle l'impossibilité de tout connaître, plus donc il devient inutile de chercher à s'instruire.

Avec cette manière de voir marche aussi l'obscurantisme, ennemi de toute science proprement dite, parce que l'extension de celle-ci renverse l'absolutisme impérieux des dogmes surnaturels ; parce que surtout elle montre que ce qui distingue les religions de la morale, c'est que dans cette dernière les règles sont intrinsèques, qu'elles proviennent de la constitution même de l'homme et des sociétés, tandis que dans les premières les règles sont extrinsèques en tant que supposées prescrites par un pou-

(1) Educalio7i publique, par F. Lallemand, membre de l'Académie des sciences de Paris, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier. Paris, in-12. ire partie. Introduction, p. ix, p. 49, etc.. to partie, 1852, p. 205, etc.

voir occilUe, placé hors de l'homme et supérieur aux siècles sociaux.

Mais il devient opportun ici de répéter avec Auguste Comte que l'éducation doit essentiellement nous apprendre à vivre pour autrui, par l'habitude de faire prévaloir la sociabilité sur la personnalité; chose difficile d'abord, parce que là n'est pas le côté le plus énergique des tendances naturelles de l'homme ; mais la satisfaction donnée par ce qu'on tire de soi à l'avantage des autres est assez grande pour qu'elle suscite en nous le désir de recommencer à bien faire.

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