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CHAPITRE V

SUR l'enseignement PRIMAinE.

Il est impossible d'entrer ici clans tous les détails qu'exigerait un simple programme des différentes phases des enseignements dits 'primaire, secondaire et supérieur, divisions qui, au moins administrativement, peuvent être conservées. Mais il est impossible d'éviter de signaler leurs lacunes les plus importantes. Elles sont déjà mises en évidence par ce fait, qu'une liaison doit être' établie entre le développement de chaque faculté et la nature des notions correspondantes que l'on veut faire acquérir. Or c'est là un des côtés de la pédagogie qui est certainement des plus négligés.

D'autres lacunes tiennent à ce que ces phases de l'enseignement ne sont pas ordonnées suffisamment de manière à ce que l'une prépare à entrer sans peine dans la suivante.

L'enseignement primaire doit débuter par l'enseignement de la lecture, de l'écriture, du dessin,

a ENSEIGNEMENT l'HIMAIRE.

de la musique et du parler des langues étrangères. L'âge auquel on le fait commencer est, en effet, celui qui correspond au développement le plus énergique des facultés d'expression mimique, orale et écrite. Toute impression nouvelle, causée par un geste, un signe, un son articulé ou modulé, se trouve répercutée automatiquement aussitôt que perçue, comme dans les actions réflexes, et conduit à l'imitation si facile qu'on observe chez les enfants. De nombreuses impressions différentes de celles-là peuvent, en l'absence du signe, du son, etc., amener dans les organes encéphaliques la répétition, dite spontanée, ^es perceptions et des actes intellectuels qu'elles ont déjà suscités. Cette répétition, qui caractérise la mémoire, est des plus faciles tant que la nutrition et l'évolution cérébrales sont actives, et par là se fixe en outre l'état organique qui caractérise chaque impression.

Ici la rénovation moléculaire continue saisit, en quelque sorte sur le fait, les parties organiques en jeu et rend durable le facile retour de leur exercice. Il suffit donc de s'astreindre à susciter ces divers ordres d'impressions d'une manière convenablement ordonnée pour faire apprendre sans difficulté à cet âge la lecture, l'écriture, le dessin, les langues parlées, la musique, etc. Donnée lorsque le développement cérébral est achevé, celte in-

struclion exige au conlraire des efforts sans nombre et conduisant toujours à des résultats bien moins parfaits qu'aux époques antérieures.

Les données précédentes de physiologie cérébrale ou psychologique s'appliquent en tous points encore aux impressions causées par le spectacle de tous les objets et de tous les phénomènes journaliers, tant cosmologiques et organiques que sociaux, dont nous sommes entourés.

Quelle que soit la position sociale dans laquelle un homme se trouve, il ne peut éviter d'être incessamment mis en relation avec les milieux ambiants représentés par ces objets et ces phénomènes, eu voie incessante de modifications eux-mêmes. Une partie considérable des termes de chaque langue se rapporte à la désignation de ces objets, etc. Rien donc n'est plus important que de profiter des conditions évolutives favorables indiquées plus haut, pour, en temps et lieux convenables, ordonner l'enseignement de telle sorte, qu'en présence de chacun de ces objets et phénomènes l'enfant soit exactement instruit de son nom et de l'indication de sa provenance. En d'autres termes, les corps et les phénomènes célestes et atmosphériques, les diverses sortes de sols, de minéraux, de plantes et d'animaux, que l'enfant rencontre à chaque pas et que Ton doit lui faire chercher au besoin, doivent aussi

Ai E^'SEIGNEMENT PRIMAIP.E.

lui être nommés. Ici, comme dans l'étude des langues, le mot ne doit venir qu'en face de l'objet et toujours l'objet doit appeler le mot.

Cette éducation des sens doit de plus être donnée, alors et surtout, durant les années de l'enseifrnement secondaire en s'aidant des diverses catégories d'objets qui i^onl en rapport avec la nature même de chaque fonction et avec les qualités des corps dont ils nous font acquérir la notion. Ce côté de la question qui représente une partie des plus importantes de l'enseignement est pourtant des plus négligés, malgré la nécessité pour tous de relations incessantes avec l'extérieur qui nous domine.

Quiconque a vécu avec^les enfants sait que ces noms et les indications générales- sur les caractères distinctifs et la provenance exacte de ces objets sont retenus par lui, quel qu'en soit le nombre, aussi aisément que tous les mots du langage général. Les efforts de réminiscence de ces termes ne sont plus nécessaires alors, dans les années ultérieures; d'autant sont diminués les efforts qui sont inévitables plus tard lorsque les facultés intellectuelles proprement dites sont appelées à envisager scientifiquement tous ces mêmes objets et ces phénomènes, soit aux points de vue divers de leur nature intime, de leur décomposition analytique, soit au contraire, au point de vue synthétique de leur formation; ou

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bien encore sous le rapport de leurs ressemblances coniluisanL h leur classement, par déduction ultérieure, mais aux époques seulement de Tinslruclion tant secondaire que supérieure. 11 n'est pas de ville ni de village où ne se trouvent à chaque inslant sous les pas des enlants, à telle ou telle époque de l'année, un nombre suffisant, et souvent considérable, d'espèces minérales et d'espèces organiques dont une connaissance, même sommaire, est utile pour tout le reste des études et de la vie. Le manque absolu de ce genre d'instruction dans notre enseignement primaire est déplorable ; car bien qu'étant des plus nécessaires, comme on l'a vu plus haut, le jeune âge passe, sans que le plus grand nombre trouve jamais l'occasion de le recevoir; ^'où une infériorité intellectuelle et morale des plus frappantes des uns, par rapport à ceux qui ont pu acquérir ces connaissances.

La facilité avec laquelle les impressions nouvelles laissent des traces durables que reproduisent aussitôt et transforment en signes les i'acultés d'expression, favorise mieux dans l'enfance qu'à tout autre âge l'étude de la géographie terrestre et hydrographique. Ses termes tirés des langues les plus diverses sont aisément retenus, quand, ainsi que cela doit toujours être, les cartes font saisir d'abord le siège et l'image générale des objets, en tant que

montagnes, fleuves, mers, îles, caps, etc. Chacun peut aisément s'assurer de ce fait sur les enfants; dès l'âge de huit à dix ans, cet enseignement ne s'oublie plus, et reste, une récréation à côté des autres quand il est ainsi dirigé.

Cette étude conduit naturellement à celle de l'histoire, par l'indication des époques de la découverte de chaque lieu ou objet terrestre et des espèces d'habitants qui s'y trouvent. L'histoire, du reste, ne saurait être apprise sans la connaissance préalable des lieux occupés et parcourus par les civilisations, leurs colonies, leurs chefs, etc.

Dès cet âge, de huit à dix ans ou environ, l'indication du nom du plus grand nombre possible des objets et des phénomènes qui doivent être présentés à l'enfant doit peu à peu être accompagnée d'indications sur la manière de les observer. L'observation en effet ne doit pas se borner à la simple contemplation de l'objet ou du phénomène; il faut de plus diriger l'attention sur la nécessité de comparer les uns aux autres soit les caractères principaux d'un même objet, soit celui-ci à d'autres, et les phénomènes météorologiques, etc., à leurs semblables dont l'existence a déjcà été constatée.

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