CHAPITRE XII
î\ELATIONS DE l'ESPRIT MODERNE AVEC L'INSTRUCTION ET L'ÉDUCATION.
Il est remarquable de voir combien est grand le nombre des personnes qui, en raison de l'instruction et de l'éducation que nous recevons, sont conduites à méconnaître que, depuis deux à trois siècles, au-dessus de la civilisation catholique, s'est élevé un esprit civilisateur différent de celui qui a précédé.
Soutenir cet esprit moderne, reconnaître que le savoir humain, par son développement abstrait et aussi par son activité dans les applications de ce «avoir, est devenu non moins moralisateur que ne le fut la culture des sentiments théologiques et mystiques, c'est faire communément acte de parti, dans le mauvais sens du mot.
Tout considérer en ces questions comme ne dérivant que du christianisme, laisser de côté ce qui nous vient de la Grèce et de l'Inde, est donné comme un véritable dogme, et on est mal venu de dire qu'il y a
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plus et mieux que ce que nous devons au moyen âge.
Les découvertes de Copernic et de Galilée ne sont pas dues au christianisme, n'en dérivent pas, n'onl pas été suscitées par lui, ne favorisent pas son extension, ne peuvent servir de soutien dans la discussion de ses dogmes; elles ont été vérifiées, admises et surtout répandues malgré les oppositions de l'Église. Ceci s'applique au plus grand nombre des progrés de la science qui ont été faits depuis sans discontinuité, en prenant une extension toujours croissante. Ce mouvement scientifique en est venu à donner une notion réelle de l'ordre général qui, lié à la conception de l'ordre social, forme ainsi un tout, un ensemble nouveau et positif de croyances communes, créant une véritable religion, dans le sens propre du mot. Là est l'esprit nouveau. L'intéi'êt porté au progrès de la science, comme destiné à suppléer tout ce qui échappe graduellement aux théologies qui s'en vont, est ce qui constitue l'esprit moderne.
Avec lui on conçoit une philosophie dont la base est cusmologique et humaine, au lieu de chercher sa source dans le surnaturel. En même temps elle moralise, en ce qu'elle fait succéder la certitude au doute perpétuel. Avec cet esprit vient la soumission de la raison par la foi démontrée, à des choses qui, à la vérité, sont souvent humiliantes pour nous;
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telle est par exemple la croyance au mouvement do la terre, qui nous prouve que nous sommes soumis à un ordre universel, contre lequel nous ne pouvons rien et pour lequel nous ne sommes qu'une particule constituante de notre planète. Mais encore est-il que : savoir ce qui est, vaut mieux pour demain, que l'illusion ne vaut pour aujourd'hui.
Il faut donc que l'enseignement nous apprenne comment, au sein du christianisme, à son aide d'abord, puis malgré son opposition, ont surgi et se sont développées des idées qui l'emportent sur bien des dogmes aux points de vue intellectuel et moral.
C'est par là qu'on apprend à marcher ferme à l'aide des préoccupations que donne le savoir dans tout action ; c'est par là qu'en même temps on apprend à se défier des négations, aussi bien que des affirmations absolues de l'ignorance, qui non-seulement ne-" doute de rien, mais qui tranche les questions d'une manière d'autant plus assurée qu'elle les connaît moins. C'est par là que, pour le savoir, l'échec est épreuve ou expérience, apprenant à mieux faire ultérieurement et non motif pour de vaines récriminations; par là, enfin, on évite de croire que les mesures immédiates puissent être radicales, c'està-dire d'un effet permanent et vivifiant, ou que les mesures qui sont radicales par la profondeur et la
continuité de leurs effets puissent être prises abso-
lument d'une manière immédiate. On voit alors bientôt où sont la mauvaise foi spéculative ou simplement l'incapacité de ceux qui font cette confusion.
L'esprit moderne s'est ainsi graduellement développé, parce qu'on a bientôt reconnu que des notions positives, constantes restaient seules susceptibles fie servir de base de conviction; que mieux que les autres, elles préservaient chaque individu du choc des passions et par là pouvaient conduire à rallier ensemble des hommes en leur permettant de s'entendre sur quelques points fondamentaux.
La science, quelque restreftite qu'elle fût autrefois, était, par là, chose sainte, parce qu'on y sentait une base solide, la seule qui ne fût pas susceptible de sophistication. Malgré toutes les variations de la théologie et de la métaphysique on voyait rester invariables, droites dans leur direction, les notions astronomiques et autres, aussi bien avant qu'après l'avénement du catholicisme. De là, pour la science, les sympathies intellectuelles du plus grand nombre et, en revanche, les haines de la part de ceux dont elle rendait vaines les conceptions hyperphysiques.
De l'astronomie qui dominait dans l'éducation, cet ordre d'idées et de sentiments s'est graduellement étendu à la chimie et à la biologie; de là l'extension de la notion de lois végétatives et animalesauxquelles l'homme est subordonné, puis de loi
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sociales et morales différentes et indépendantes de toute intervention des entités surnaturelles données jusque-là comme régissant tout.
Le nombre est grand des questions qui ont ainsi surgi pendant la durée du catholicisme et qu'on ne retrouve ni dans ses dogmes ni dans ses livres. De par ce fait, il les voit d'abord avec indifférence, comme curiosités et récréations intellectuelles ; puis, quand elles grandissent et viennent à l'aire brèche dans son édifice, il les combat; mais elles continuent à se développer malgré son opposition, non pas toujours intellectuelle, mais bien souvent temporelle, cruellement inquisitoriale et persécutrice. Aujourd'hui elles constituent un tout considérable, dont il ne peut revendiquer la paternité, mais dont il voudrait monopoliser l'enseignement.
Ici les chefs voient très-bien que le besoin seul, qu'on a dans toute société d'avoir une doctrine donnant une constitution mentale à l'ensemble des choses est là, bien plus que la foi, ce qui fait qu'il reste encore des chrétiens. Ils savent surtout qu'on reste attaché à cette doctrine parce que c'est la première reçue, et que la plupart manquent ensuite du temps et des autres moyens nécessaires, pour en chercher une plus complète à lui substituer. De là aussi vient que l'épiscopat tient tant à garder entre ses mains tous les degrés de l'enseignement; qu'il y
tient d'autant plus que toute la science el tout le travail industriel modernes écartent graduellement le surnaturel de la conception du monde. Il ne craint nullement de montrer quelle importance il attache à celte question, comme le prouvent ces passages d'une lettre pastorale de M. l'évêqiie de Marseille (janvier 1877):
« Il y avait donc pour l'cpiscopat un grand but à poursuivre, celui de dégager l'enseignement supérieur des entraves du même monopole dont les efforts persévérants des catholiques étaient parvenus à délivrer V enseignement 'primaire et secondaire. Le salut de nos jeunes générations appartenant aux classes dirigeantes était à ce prix, et vos évêques peuvent se rendre, devant Dieu et devant les hommes, le témoignage qu'ils n'ont rien négligé pour obtenir cette dernière et indispensable émancipation.
» Dieu bénit leur constance, et l'on vit luire enfin le jour où il fut permis à l'Église, sinon de combattre à armes égales, du moins de risquer la lutte contre un enseignement jusque-là sans contradicteur et sans rival. Une telle conquête, due tout entière à la protection de Dieu, marquait suffisamment sa volonté. »
La Lettre se termine par l'annonce de l'ouverture d'une quête dans toute l'étendue du diocèse pour la création de l'Université nouvelle. D'après les dis-
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positions indiquées, on sera, fondateur (F une chaire en s'engageant à verser c(??ii luille francs; fondaleur de V Université en souscrivant pour la somme de dix mille francs, el fondateur cVune Faculté par le versement d'une somme de cinq mille francs.
Mais d'un autre côté l'épiscopat en se mettant en avant dans ces questions ne voit pas suffisamment la contradiction qui résulte pour lui de ce qu'il enseigne une doctrine qui permet de tout juger avec absolutisme en parole et en fait, mais qui ne se prête pas à l'incorporation des phénomènes sociaux modernes; phénomènes qui se présentent tous les jours comme autant de données inévitables produits de notre évolution intellectuelle et morale. Et ce qui le prouve, c'est ce que dit en ces termes M. Mabille, évêque de Versailles, en terminant un exposé sur le rôle qu'a joué la démocratie jusqu'à ce jour et sur les craintes que le bon sens doit inspirer aux conservateurs de tous les partis à la vue de sa propagation sur les sommets comme dans la plaine :
« Quoi qu'il en soit, la question» soulevée est formidable; elle porte notre avenir. Devenue la puissance du jour, par des événements et des circonstances qu'il n'est pas de notre sujet d'énumérer, la démocratie a devant elle deux voies. Il n'y a pas de milieu. Il faut qu'elle s'engage dans l'une ou dans l'autre. Que si elle prétend ne relever que d'elle-
même; que si, reniant son origine, elle renonce à l'élément chrétien pour aller s'abreuver aux sources empoisonnées de l'athéisme; que si elle se laisse diriger et dominer par une certaine presse qui se donne la triste mission de nous calomnier odieusement chaque jour, et de verser à pleines mains les outrages et les blasphèmes sur tout ce qu'il y a de plus sacré et de plus vénérable, que fera-t-elle? A quoi aboutiront ses efforts? Gomment fmira-t-elle? Je n'ose le dire (1). »
Devant les effarements du plus grand nombre des véritables croyants dès que quelque homme de science se permet de toucher aux questions théologiques, il n'est pas inutile de faire observer qu'aujourd'hui il est très-permis à ces derniers d'aborder ces problèmes, par cette raison même que les prélats les plus autorisés portent dans le temple les questions soit sociales, soit d'enseignement supérieur qui sont le plus du domaine de la science théorique et appliquée.
« Si nous signalons le ton et l'esprit de ces mandements fort nombreux depuis quelques mois, ce n'est point que nous entendions contester le droit des évèques à devenir des écrivains politiques et à traiter des matières sociales. Il leur convient de
(1) Discours à la chapelle du Palais de Versailles, à roccasion des prières publiques du 14 janvier 1877.
prendre ce rôle de contempteurs de notre temps et de nos institutions, et d'agitateurs. C'est leur affaire. La suite des événements leur apprendra jusqu'à quel point ils ont ainsi servi ou desservi les intérêts de l'Église et de la religion ; mais, pour le moment, il est une chose certaine, c'est que l'épiscopat français a sa grande part de responsabilité dans le caractère de violence que prennent de plus en plus les questions religieuses. Le feu qui s'allume, les évoques l'attisent (1). »
Et de plus, à ceux de ces derniers qui ne partagent pas cette immixtion de la politique dans la religion M. deFranclieu écrit (décembre 4876):
« Je ne suis pas théologien, et il m'est interdit d'appeler à mon aide tout ou partie de ce que les Pères de l'Église ont écrit sur cette grande question de l'indifférence du chrétien en matière politique ; mais il me suffit de savoir et de croire ce que l'Église apprend indistinctement à chacun de ses enfants pour être d'autant plus fort contre vous qu'ici, comme toujours, ma raison est d'accord avec ma foi. »
La lettre se termine par ces mots :
« Les raisons que je viens d'exposer à Votre Grandeur établissent de la manière la plus formelle que le prêtre, le journaliste, l'homme politique et même
{Ij Journal le TempH, février, 1877.
le simple citoyen ont non-seulement le droit, mais encore le strict devoir de militer à la fois comme chrétiens et comme royalistes, dans la mesure et avec la prudence qu'exi^ient les diverses situations de chacun, parce qu'il serait illogique, je le répète en terminant, de repousser ou même seulement de négliger les moi/ens, quand la conscience impose Vobligation de vouloir la fin. »
Le journal à qui j'emprunte cette citation ajoute : « Ceux des hommes poHtiques qu'on appelle cléricaux sont comme M. de Francliea. La religion leur apparaît surtout comme un moyen de vaincre les résistances à leur pohtique. C'est à la fois pour eux un signe de ralliement et une arme de guérie. )^
Par voie de réciprocité la plus élémentaire, il serait impossible de ne pas accorder aux hommes de science ce que s'attribuent le clergé et ses meilleurs défenseurs, non pas au point de vue de l'emploi de moyens tels que la fin seule les justifie, mais sous le rapport du droit qu'on leur donne ainsi d'étendre leurs inductions jusqu'à ce qui touche les questions religieuses.
On voit d'autre part comment les doctrines de l'épiscopat conduisent à procéder par H^^<>y?«^(ny/, et toujours il en sera ainsi quand les actes de l'esprit moderne seront jugés par les dogmes qu'ont fournis les anciennes conceptions de l'univers. Il
en sera ainsi tant que, pour régir, le clergé s'efforcera de persuader qu'une fois ses dogmes et ses doctrines bien appris il ne reste plus rien à apprendre.
Conformant l'instruction, l'éducation et la morale à la conception du monde et de Fliomme, l'esprit moderne sait au contraire qu'il y aura toujours des fanatiques par ignorance, et que son oflice religieux ne peut avoir action que graduellement; il sait que l'idéal qu'il puise dans la conception de l'univers ne gagne que les esprits déjà éclairés par leur propre instruction et surtout par l'expérience sociale qu'ils ont pu acquérir; il sait qu'il ne gagne en d'autres termes que ceux qui représentent ce qu'on appelle V opinion publique bien préparée.
Devant les questions de cet ordre, même les plus litigieuses, lorsque le christianisme voit leurs progrès dans les esprits, il sait souvent du reste se plier à tout et absoudre pour absorber, sans que jamais, au contraire, la science ait cédé sur rien.
C'est ainsi qu'à côté de ceux qui considèrent la doctrine du transformisme comme u)i sif/nc de rabaissement inlelleclHel qui caractérise noire époque (M. Guibert) et une manifestation du matérialisme le plus grossier, il est d'autres chrétiens qui la disent être Vobjet cV injustes préventions; qui pensent qu on
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a affecté de croire que cette théorie est inconciliable avec le dogmecVun Dieu personnel, créateur et providence^ alors que rien n'est moins démontré (l).
Sous la plume de ceux qui voudraient que le présent reproduisît continuellement et perpétuellement le passé, cet assouplissement du dogme pour qu'il atteigne ce but, n'a rien d'étonnant. Il ne jure pas avec la résistance dite conservatrice du régime ancien, mettant les droits des rois avant ceux de l'homme, les droits de l'Église au-dessus de ceux des rois, et évitant de l'aire comprendre que l'étendue des devoirs croît avec l'étendue de la puissance tant matérielle que morale.
Ceux-là se disent conservateurs qui veulent constamment rélaljlir un passé qui n'a pu tenir, ou qui n'est vainement rétabli que pour voir succéder à chaque rétablissement une révolution qui montre l'instabilité des choses restaurées. Or ceux-là sont les véritables révolutionnaires; car, sous prétexte de fidélité à cet instable passé, ils conspirent contre la volonté du plus grand nombre, contre ceux qui soutiennent l'ordre et le progrès actuels; ils ne craignent pas de proposer l'exécution de coups d'Etat, comme si leurs intérêts devaient primer tous les principes; comme si, d'autre part, à cha-
(1) Carrau, Renie politique et littéraire. Paris, 1876, p. 441.
€un des renversements suivis de tentatives de restauration du passé n'avait pas succédé un ensemble de conditions meilleures qu'auparavant; meilleures pour les agriculteurs, les industriels, les commerçants et les financiers aussi bien que pour la science €t pour les beaux-arts.
Cette incapacité de comprendre ce que le présent a de grand pour l'avenir leur paraît une pleine et suffisante justification des agissements ayant pour but d'inspirer la défiance, au nom de leurs affections monarchiques ; les devoirs qu'impose le relèvement de la nation par le calme que commande la continuité des efforts leur paraissent chose audessous d'eux, hors d'eux point n'étant de salut. Or cette résistance, qui, unie à diverses ambilions, les rend toujours menaçants pour la tranquillité publique et opposés à tout progrès social, est du fait de l'éducation qui conduit systématiquement à ne tirer les dogmes et le régime que de ce qui vient des textes bibliques. 11 est vrai que s'appuyer sur eux a longtemps été utile pour maintenir les esprits, les discipliner, les diriger dans l'ordre des conceptions abstraites toujours nécessaires, scientifiquement et socialement parlant. Mais il faut pourtant en venir à considérer comme étant les véritables révolutionnaires ceux qui continuent à vouloir que tout surgisse de cet ordre d'idées
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orientales; ceux aussi qui méconnaissent qu'il s'est développé depuis, une somme de documents intellectuels, moraux, esthétiques et relatifs à tous les modes de l'activité humaine, somme qui est plus considérable et plus efficace que le surnaturel auquel ils veulent subordonner le tout.
Il faut qu'on s'habitue à reconnaître que, malgré ces résistances, le dogme auquel se rattachent tous les progrès actuels est celui qui consiste à concevoir l'ordre naturel condensé dans l'humanité, (Holuant dans le temps et dans l'espace terrestres ; toutes les notions acquises par la philosophie naturelle et sociologique se résumant en elle. On ne peut, en effet, concevoir l'humanité sans son milieu (cosmologie et biologie) dont l'étude philosophique montre que toute existence individuelle a pour but de servir l'humanité en se consacrant aux progrès de sa patrie, être supérieur à tous les individus : supérieur, car il ne tient compte que du bon des hommes, parce que les hommei^ ne se rapprochent d'une manière durable que par leurs bons côtés (1).
D'un dogme qui n'a rien de surnaturel découle un régime qui repousse tout ce qui est empreint
(1) Voyez aussi, dans la Philosophie poftilir:' i revue), 1876, t. XVI, Cuarin de Vitry, Sur la Conslilulion de la science sociale, et ibid. Stupuy, la Notion de l'humanité.
d'un absolutisme hyperpliysique et souverain ou régalien. Les hommes sont ici des organes sociaux et non des individualités indépendantes de tout. Ils ont des devoirs à remplir envers l'Etat, autant que l'État en remplit envers eux. Les droits divins aussi bien que roux de l'iiomme s'éteignent devant ces devoirs, car les droits se rapportent au seul régime individuel et non au régime social ; aussi tous ceux qui invoquent les droits de l'homme les invoquentils toujours au nom de Dieu et point au nom de l'Humanité. Là a été la supériorité de Voltaire, qui n'a point attaqué les dogmes en général, mais bien cette partie du droit divin qui entrave le développement des lois et du régime dont Tordre naturel de l'activité humaine représente la source.
Or, les conceptions abstraites qui, par induction et déduciion alternatives, s'établissent pour chacune servir de guide, comme autant de constantes, au milieu des variables sans nombre de l'activité humaine; ces conceptions, dis-je, doivent surgir de ce dogme généralisateur et coordinateur et non des textes mythiques sortis des temps fétichiques, astrolàtriques et des théologies anthropomorphiques primitives. « Dugald-Stewart avait remarqué, il y a longtemps déj.à, que le propre des peuples barbares et ignorants est de méconnaître et de violenter les
lois naturelles, aussi bien dans l'ordre social et moral que dans l'ordre physique. Les hommes éclairés, au contraire, s'appliquent à étudier ces lois et à s'y conformer, et c'est ainsi qu'ils réalisent le progrès (i). »
Or cette violation des lois naturelles est un des caractères de toutes les fictions théogoniques, dès que l'esprit du théosophe cherche à établir un lien entre quelque divinité et les êtres terrestres. Ce n'est donc pas à l'aide des conceptions tirées de l'inconnaissable, qui gît en deçà et au-delà de ces lois de tous les ordres, que l'on peut fonder un dogme qui relie les hommes par leurs bons côtés, ni sur ce dogme une morale qui les améliore. C'est bien au contraire sur ce qu'il y a de connu dans ces lois naturelles.
(1) Passy, Journal officiel. 1876, p. 5570.