‹ L'instruction et l'education. --Chapitre 28 sur 34 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DES APPLICATIONS DE L'ENSEIGNEMENT SUPtRIEUR A L'ADMINISTHATION.

La méconnaissance de la nature réelle des phénomènes sociaux et des lois que suit leur cours naturel, qui n'est pas rare chez les magistrats qui devraient le mieux s'en pénétrer ;

La méconnaissance des mêmes choses, de la nature réelle des phénomènes et des objets agricoles, industriels, commerciaux et financiers de la part de bien des administrations ministérielles et préfectorales;

Telles sont, vues dans leur ensemble, les causes qui, sciemment ou non, rendent indifférents sur l'opportunité des décisions à prendre, et subordonnent tout en cela aux intérêts de personnes, aux préjugés rétrogrades de dynastie, de noblesse ou de famille.

Ces conditions dans lesquelles se trouve notre pays, sont au fond les effets d'une continuation de la rétrogradation qu'a commencée Napoléon dans ce

côté essentiel de sa vie politique où, reniant son origine démocratique et la cause de la Révolution qui l'avait grandi, il a voulu appuyer son absolutisme individuel sur la reconstitution des institutions dynastiques et sur le mépris des nationalités. Ce qu'en dit Lamartine ne saurait trop être rappelé.

« Cet homme survient; il arrête le mouvement révolutionnaire, précisément au point où il cessait (Vêtre convulsif pour devenir créateur. Il se fait luimême réaction contre une liberté qui commençait déjtà à réagir par elle-même. Il s'arme de tous les repentirs, de tous les ressentiments, de toutes les apostasies qu'une révolution sème toujours sur sa route.

» Il écrase la liberté naissante avec les débris mêmes de tout ce qu'elle a renversé pour éclorc; il se fait un ancien régime avec les choses et les noms d'hier; il fait rétrograder la presse jusqu'à la censure, la tribune jusqu'au silence, l'égalité jusqu'à une noblesse de plébéiens, la liberté jusqu'aux prisons d'État; la philosophie et l'indépendance des cultes, j-jsqu'à une religion d'État, instrument de règne, jusqu'à un sacre, jusqu'à l'oppression et à la captivité d'un pontife.

» Il étouffe partout en Europe Vamour et le rayonnement pacifique des idées françaises pour n'y faire briller que les armes odieuses de la vio-

leuce cl de la conquête. Quel est le résultat final de ce drame à un seul acteur?

» Un nom de plus dans Fliisloire ; mais l'Europe deux fois à Paris ; mais les limites de la France resserrées par l'inquiétude ombrageuse de tout l'Occident désaffectionné ; mais l'Angleterre réalisant sans rivale la monarchie universelle des mers, et, en France même, la raison, la liberté et les mœurs retardées indéfiniment par cet épisode de gloire, et ayant peut-être à marcher plus d'un siècle pour regagner le terrain perdu en un seul jour : voilà le Dix-huit Brumaire (l). »

On comprend que dans l'état actuel des choses, il y ait lieu d'examiner quelques-uns des côtés par lesquels l'administration qui est encore d'organisation bonapartiste se prête moins aux efforts nécessaires pour regagner le temps perdu. Je n'ignore pas que non-seulement les changements doivent en fait n'être opérés qu'avec beaucoup de prudence, mais qu'il ne faut en parler que prudemment aussi ; les administrations comine les religions redoutent qu'on les discute, la discussion pouvant amener quelques risques de faire changer leurs procédés d'action.

Une fois acquises, les connaissances spéciales, techniques, touchant la nature même des choses à

(1) De Lamartine, Lettre à M. Chappuijs de Motitlaville.

dirigei', la logique simple suffit comme guide sur en administration et il ne faut pas croire à ces difficultés dont à entendre quelques-uns elle serait hérissée.

Mais rien n'importe plus que de voir renseignement supérieur dirigé de telle sorte qu'il conduise le plus grand nombre possible à posséder, par ces connaissances, les aptitudes voulues dès que survient quelque vacance administrative ou autre.

L'enseignement supérieur conduit à reconnaître que les progrès sociaux exigent dans chaque état l'utilisation de toutes les forces vives, la concentration dans tel ou tel sens de toutes les données qu'apporte sur une question le mouvement même des populations de cet état. Hors de là, tout reste stationnaire ou recule, alors que tout avance partout où le contraire a lieu.

Les nécessités administratives font souvent que des services différents, tels que les services hospitaliers et ceux de l'enseignement peuvent se trouver, comme en France, soumis à autant de directions étrangères l'une à l'autre. Si l'un de ces services fournit des documents utiles au bien de la nation alors qu'ils manquent à l'autre, la logique et le simple bon sens veulent qu'une entente s'établisse entre ces directions pour que rien ne soit perdu dans ce qui est utilisable, dès que nul inlérèt privé ou public n'est lésé par ce fait.

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liien n'est plus frappant que celte entenle dans les autres États, entre les services hospitaliers et ceux de l'instruction publique, par exemple. Rien n'est plus frappant que la supériorité qui en résulte pour l'enseignement comparativement à ce qui est en France et partout où comme ici, elle n'existe pas encore. Au contraire, rien n'est plus pénible à voir chez nous que la manière dont chaque service se cantonne et reste étranger aux autres; rien de plus triste dans toute administration qui tient dans ses services des documents utiles à l'instruction publique, que l'obstination avec laquelle on laisse les règlements ou l'usage se prêter si peu à l'accord nécessaire pour que ces forces sociales ne se perdent pas. Des fins de non-recevoir, la non-exécution des mesures opportunes, viennent à chaque instant rendre inefficaces les efforts individuels les plus dévoués aux progrès du savoir de notre pays. Le rôle de l'administration est d'administrer et non d'enseigner : tel est l'axiome sur lequel s'appuie cette manière d'agir; mais cet axiome lui-même ne fait qu'exprimer la méconnaissance de notions d'un ordre supérieur et pourtant faciles à saisir par tout esprit quelque peu éclairé. De son application résulte le maintien dans l'ombre des données dont chacun réclame la mise en évidence et dont l'ignorance pèse sur tous.

De ces réclamations il est tenu peu de compte du

reste, car cet esprit est permanent dans l'administration, qui veut qu'il y ait peu à s'inquiéter de la validité des plaintes et qui pense que tout va pour le mieux dès l'instant où chacun reste à sa place.

Or rien n'est plus dangereux politiquement; car, si souvent certaines de ces plaintes sont excessives ou prématurées et ne doivent en effet pas détourner l'esprit de son cours, il y en a toujours qui méritent examen.

En somme, on peut dire sans trop d'exagération, que là où il faudrait des connaissances donnant le plus possible des notions sociologiques, faisant le mieux comprendre ce qu'ont d'élevé et d'important à ce point de vue les fonctions administratives, il se trouve que c'est le contraire qu'on voit faire le plus souvent. Comme fréquemment aussi pour l'art militaire, c'est le côté empirique de la question qui dirige les choses. On y pousse ceux qui à côté de cela, désirent faire autre chose, ou n'y prendre qu'un appoint à leur aisance, si non encore ceux qui manquent du savoir acquis développant les qualités d'initiative voulues pour se faire une place dans les professions libérales indépendantes.

Tel ou tel degré d'intelligence même ne suffit pas ici ; il faut encore le savoir qui seul se prête au progrès. Ne serait-il pas étrange de voir choisir les administrateurs qui ont à intervenir dans tout ce qui

touche aux productions du sol, des industries mécaniques, physiques, chimiques, organiques, etc., parmi ceux dont l'instruction est insuffisante pour qu'ils puissent apprécier l'importance des découvertes qui s'y font chaque jour; pour qu'ils puissent voir en quoi-ces découvertes réagissent sur les actes fondamentaux de f économie sociale et par suite sur la politique, suivant que les impôts pesant sur telle ou telle matière forcent ou non les industries à se porter dans quelque autre pays.

L'influence qu'a fensemble des questions développées précédemment sur chaque événement politique montre qu'il y a là un côté de l'éducation concernant l'organisation des États qu'il faut éviter de négliger. Elle montre aussi quels sont les dangers de l'illusion de ceux qui voudraient voir faire la république par d'autres que par les républicains.

On saisit, d'après ce qui précède, par quelles de leurs faces finstruction et l'éducation peuvent influer sur les manières de penser et d'agir, en montrant :

1° Comment toutes les choses dont fadministration s'occupe concourent à un but commun au progrès du pays dans lequel ces choses se passent;

2" Que ce but ne peut être atteint que par fopportunité dans l'exécution des mesures à prendre

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et non par leur renvoi négligent ef par insouciance, ainsi que cela survient souvent;

3° Qu'il importe par-dessus tout que l'éducation montre comment le progrès est le développement de l'ordre, ou en d'autres termes que toutes les acquisitions des sciences qu'on ne saurait arrêter aujourd'hui, entraînent des modifications inévitables dans tous les arts, depuis l'agriculture jusqu'aux divers modes de l'administration.

Aussi voit-on ceux qui méconnaissent ce fait commencer par affirmer toute impossibilité, aussitôt que quelqu'un de ces progrès nécessite quelque changement dans ce qui existait, depuis ce qui touche à des règlements quelconques, jusqu'à ce qui concerne un autre mode de répartition des impôts. Ainsi voit-on, malgré la facilité (trop souvent exploitée par les habiles) avec laquelle notre nalion se plie à tous ces changements, toujours repousser avec un effroi réel ou simulé l'idée de l'impôt sur le revenu; et pourtant l'amélioration de l'état de la santé publique, la diminution de la mortalité, ce qui conduit toujours à l'accroissement des productions de tous les ordres, rendent de plus en plus pressante la nécessité de la suppression de toute taxe sur les aliments et sur le mouvement, c'est-à-dire sur les conditions essentielles de toute conservation et de toute élaboration.

En d'autres termes, les fonctions administratives exigent de plus en plus la possession des connaissances scientifiques et sociales de l'ordre de celles que doit donner l'enseignement supérieur, indépendamment des connaissances spéciales et professionnelles. Connaître les formules empiriques voulues, par lesquelles se libellent les décisions prises, ne saurait suftire.

J'ajoute que cette instruction doit être assez élevée pour qu'elle permette aux administrateurs de distinguer les choses de raison de celles de sentiment; de comprendre que par leur différence de nature l'instruction publique, qui tient à la raison, et les cultes, dérivant des sentiments, ne sauraient logiquement faire partie d'un même ministère; que la réglementation des croyances théologiques individuelles et de salut personnel ne saurait sagement non plus dériver des actions administratives, qui sont toujours plus ou moins imprégnées par le régime politique d'une nation.

Il y a là un fait de confusion de deux pouvoirs distincts dont l'inconséquence apparaît lorsqu'un suicidé qui, théologiquement, devrait être inhumé civilement, est enterré religieusement, soit par influence administrative soit habituellement par simple décision ecclésiastique, conuTie on l'a vu à Paris en 1874 pour un Ministre, et en 1875 à Bordeaux pour

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un Conseiller à la Cour. L'inconséquence n'est pas moindre quand, lors des obsèques civiles par la volonté du citoyen, on fait exception aux règlements administratifs en ce qui touche telle ou telle des cérémonies exigées par son rang dans la société.

La séparation des questions d'état suivant leur nature propre est une marque de connaissances sociologiques. Leur confusion en est une contraire, ou dissimule quelques spéculations rétrogrades, dangereuses par les conflits qu'elles cherchent à susciter dans le but de faire croire au péril social.

Turgot a motivé ce qui précède d'une manière frappante, et M. Beurier (1) a raison de dire qu'il n'est malheureusement pas hors de propos de rappeler aujourd'hui ce qu'il écrivait il y a un siècle sur les enterrements civils. Voici comment il s'exprimait à ce sujet : « L'inhumation du corps, le plus ou moins de pompe (je ne parle pas de pompe sacrée), voilà ce qui regarde le magistrat. Les prières, les cérémonies, le lieu saint où doivent reposer les os des morts, voilà le patrimoine de l'Église ; il faut donc la laisser maîtresse d'en disposer; elle ne peut accorder la sépulture qu'à ceux qu'elle regarde comme ses enfants; vouloir la forcer à le faire, c'est l'obliger à traiter comme un des siens celui qu'elle a

(1) Revue poUlique et littéraire, janvier 1877, p. 681.

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toujours proscrit; c'est envier au véritable fidèle un droit que lui seul peut avoir sur les prières des ministres de sa religion. Mais pourquoi ce refus de sépulture ecclésiastique serait-il déshonorant? 11 ne prouve rien autre chose, sinon que celui dont on ne veut pas enterrer le cadavre ne pensait pas comme celui qui le refuse; et peut-on être déshonoré pour avoir eu une opinion différente? Ce déshonneur ne vient donc que de ce que la sépulture a été confiée aux seuls prêtres; le refus de sépulture ecclésiastique entraîne donc nécessairement le refus de sépulture civile. Celui qui ne pense pas comme son curé est traité comme celui que l'État a proscrit; l'hérétique, comme le voleur qui meurt sur la potence. Voilà la seule source de l'atteinte que les refus de sépulture donnent à la réputation. Pour en préserver les sujets, il n'est pas nécessaire de forcer les ecclésiastiques à enterrer les cadavres de tous ceux qui n'auront pas pensé comme eux. Ce serait une injustice de plus. La source du mal vient de ce que la sépulture civile et la sépulture ecclésiastique sont confondues : le remède est donc de les séparer (1). »

On voit nettement de quel ordre doit être l'instruction des préfets, par exemple, et jusqu'où

(1) Dans Alph. Jobez, ia France sous Louis XVI ; t. I, TuRGor (Paris, 1877), p. 81-82, et (Ewires rfe Tur§ot, t. II.

elle doit être poussée, afin qu'ils puissent exactement juger la compétence de ceux à qui doit être déléguée leur autorité, dans les cas où l'exécution de nombre de mesures vient l'exiger. On saisit encore quelle doit être celle des subordonnés, par l'intermédiaire desquels en fait tout s'exécute. Plus que tous les autres ils se trouvent en rapport avec ceux qui ont constaté les besoins réels de lamajorité dans tous les ordres de mouvements sociaux. Par suite bien souvent les décisions effectives se trouvent ainsi remises aux mains des seconds, ce qui ne présenterait pas de grands inconvénients s'ils savaient autre chose que ce qui donne tout au procédé littéraire et rien à la réalité; il ne saurait en être autrement tant que celle-ci reste ignorée. Mais quelque isolés et localisés que puissent sembler ces faits, quelque puérils par suite qu'ils paraissent, la continuité de leur influence ne laisse pas que d'être un danger, sur lequel je reviendrai même plus loin. Il est par suite du devoir de l'État d'exiger des connaissances de celui dont dépend une solution, qu'il soit assez instruit de la nature des choses qu'il régit, pour prévoir les différences que peuvent présenter les conséquences sociales d'une mesure administrative, selon qu'elle est prise et exécutée d'une manière opportune ou non. L'exemple de l'Angleterre et de l'Amérique est là, du reste, pour montrer

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à quel point l'exactitude dans l'exéculion par la rapidité de la mise en œuvre est la préoccupation constante des efforts de toutes les administrations publiques et particulières.

Peut-être alors verra-t-on se produire ce que les défenseurs de l'ordre moral n'ont pu encore obtenir, c'est-à-dire la cessation des abus qui en arrivent à être directement préjudiciables aux finances de l'Élat, dus à des fonctionnaires de tous les ordres que les hommes les plus modérés se sont vus forcés de signaler à l'opinion publique en ces termes :

« Cette nomenclature déjà trop étendue est loin d'être complète. Parmi bien des abus, nous avons dû en négliger beaucoup, au moins tout aussi frappants que ceux que nous avons signalés.

» 11 est pénible de voir l'administration qui a pour charge l'application de la loi, qui, plus que personne est tenue à la respecter, en enfreindre l'esprit et la lettre d'une façon aussi formelle. Ce spectacle est dangereux au point de vue des critiques justifiées que l'administration s'attire ainsi par sa propre faute.

» Mais ce n'est pas tout : les abus que les états de logement viennent de confesser si naïvement ne sont pas les seuls. 11 y en a d'autres qui méritent d'attirer votre attention davantage, s'il est possible, car ils révèlent.un fait autrement grave, le manque

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d'exactitude des états de logements publiés par les divers ministères.

» Nous ne devons pas hésiter à le dire : les tableaux du budget relatifs aux logements des fonctionnaires sont incomplets, et n'indiquent que la moindre fraction des concessions faites.

» La preuve de cette affirmation nous est fournie par une publication faite en 4875 par les soins du ministère des finances, en vertu de la loi du 2:2 décembre 1873; nous voulons parler du Tableau général des propriétés de l'État (l). »

Qui n"è sait pourtant qu'il est élémentaire partout, que pour faire de bonne politique, aussi bien que pour mener à bonne fin une guerre ou toute autre entreprise nationale, il faut que l'administration soit bien faite et honnêtement. Or la faire ainsi qu'il vient d'être dit n'est pas la bien faire. Ce n'est pas davantage bien administrer que de remettre toujours tout au lendemain, que d'émietler les affaires afin de se rendre indispensable; ce qu'on obtient en déroutant par ces procédés les Ministres qui, pour agir, ont besoin de saisir les liens des affaires et d'en embrasser l'ensemble qui seul permet d'apprécier la valeur des détails. Pour plus d'un même, c'est

(\) Wilson, Rapport à la Chambre des députés sur les logements des fonctionnaires et des magistrats. (Journal officiel de la Répullique française, 7 décembre 1870, p. 9090.)

ENSEIG.NliMENT SUI'ÉUIELIl liT ADMINISTP.ATION. 2:19

bien agir que d'attaquer la République par ces détails d'exécution, dont les gouvernants ne peuvenl s'occuper, surtout lorsqu'il s'agit de la province; c'est mieux agir encore que de profiter de cette impossibilité pour répandre comme officiellement des livres qui faussent l'histoire du xviii" et du xix' siècles ; que de faire exécuter les travaux matériels ou artistiques par ceux qui sont hostiles au gouvernement de préférence à tout républicain.

Aussi voit-on dans les détails les plus nécessaires les ministres inévilablement soumis à leuVs bureaux qui les trompent, au lieu d'y trouver entre la direction, seule chose qu'ils puissent donner, et l'exécution, l'accord indispensable pour qu'il y ait effet utile et progrès. Les choses sont ici arrivées à ce point que le remède à ce mal ne peut être immédiat puisqu'il ne peut venir que de loin en loin des ministres eux-mêmes. Le remède ne peut venir que du dehors, que d'une action décentralisatrice, réellement supérieure, c'est-cà-dire de celle que représente la volonté du plus grand nombre manifestée par les électeurs, qui ne devront désormais choisir dans toute élection que celui qui affirme nettement ses convictions républicaines au lieu de tergiverser.

Et que Ton ne croie pas qu'il n'y ait là que de simples assertions. N'a-t-on pas vu l'un des partisans les plus ardents de l'ordre moral, tel que rcntcndcnt

MM. de Broglie et Buffet, M. le préfet de la Seine F. Duval, supprimer l'enseignement des maladies mentales à Paris? Puis après des fins de non-recevoir inqualifiables en réponse aux réclamations de la Faculté de médecine, il a fallu même des efforts répétés pour que le Ministre, M. de Marcère, parvienne à le rétablir. On ne trouverait nulle part en Europe, depuis trente années, un tel exemple d'obscurantisme; le tout pour en arriver à ce seul résultat, qu'il a été impossible aux médecins français d'étudier les maladies mentales pendant les années 4875 et 1876 et que les étrangers venus à Paris pour suivre ces enseignements, sont retournés aux écoles des autres pays, y avertissant que désormais il était inutile de se rendre en France pour y perfectionner son savoir. Or, notez que la loi de '1838 veut très-justement que l'administration ne considère comme dément, que celui qui a été reconnu tel par les médecins désignés par elle pour ces fonctions ; fonctions difficiles et délicates parce qu'elles exigent les observations et les comparaisons attentives que précisément a voulu supprimer l'administration préfectorale de Paris.

Y a-t-il quelque fait plus singulier que de voir administrativement trouver immoral dans notre enseignement supérieur, ce que les Guizot, Yillemain, Pioyer-Collard, Esquirol, Ferrus, Falret, Voisin,

Calmeil, Anclral, Chomel, Rayer et tant d'autres ont montré non-seulement ne pas être immoral, mais au contraire être une source de bienfaits pour les individus comme pour la société?

Quand viennent d'en haut ces hostilités sourdes, se manitestant par des mesures l'estrictives incessantes, ne s' appuyant que sur la méconnaissance des choses mêmes qu'il s'agit de faire progresser, que ne doit-on pas attendre des subordonnés?

On comprend que si je parle de ce sujet, c'est qu'il y a eu, de par cette suppression de cette partie indispensable de notre enseignement supérieur, une telle risée des étrangers compétents contre la faiblesse et l'abaissement des vues de notre gouvernement, qu'il y aurait connivence si l'on passait sous silence aussi bien les actes de ce genre que les tendances qui en ont été le mobile. En présence, en effet, de cette résistance qui, pour être passive, ne perd rien de son caractère insultant envers les hommes compétents, dont ici les avis sont restés méprisés, comme si souvent en cas pareils, il importe de ne rien omettre.

Si maintenant l'on aborde un autre ordre de ces

questions, la nécessité de la participation du plus

grand nombre possible d'individus aux délégations

politiques et delanon-cumulation sur une même tête

de plusieurs de cet ordre de fonctions publiques- se

ti

2i-2 ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET ADMINISTRATION.

montre des plus évidentes. Toutes ces fonctions (]oivent être données, non d'après des règlements d'un pouvoir autocratique, mais d'après le vœu des participants et la volonté consciente des votants. Par l'obtention de ce progrès dans l'éducation sociale nous verrons diminuer la peur qu'on a des meetings en France. Ceux-ci, du reste, seraient utilement préparés et même rendus souvent peu nécessaires en autorisant les Conseils d'arrondissement et les Conseils généraux, ou au moins ces derniers à discuter les questions qui lient les intérêts départemenlaux à ceux de tout le pays, dans une ou plusieurs réunions, après la clôture des séances destinées à l'étude des questions d'intérêt départemental. Les terminer par l'émission de vœux politiques devrait être de droit. Dès lors et par ce moyen, sans aucun danger pour les affaires locales, se formeraient de plus en plus des hommes que cette éducation expérimentale rendrait aptes aux affaires nationales, plus encore que la seule étude du droit ou que la richesse. On ne verrait plus, comme si souvent cela a été, des départements obligés soit de chercher, soit de se laisser imposer des représentants étrangers à leur contrée.

Faire que l'instruction générale permette d'accroître les attributions des assemblées électives locales en diminuant celles des agents directs du gou-

vernement, tel est le seul moyen d'arriver à une décentralisation réelle. Or la décentralisation est ellemême le moyen le meilleur de rendre un gouvernement bon et libéral ; libéral, en permettant d'accomplir le nécessaire sans entraves, aussi promptement que l'exigent les circonstances; bon, en faisant que l'avis d'exécution parte le plus directement possible de là où est la compétence; bon, en déléguant la faculté d'exécuter, c'est-à-dire en cbargeanl des fonctions préfectorales et de leurs analogues ceux qui par cela qu'ils sont sur les lieux où il y a à faire, voient mieux ce qui est à faire que ceux qui sont choisis dans les administrations centrales. En d'autres termes, hcus régit actum, et par là comme lorsqu'il s'agit du choix des hommes mêmes, disparaîtra sans doute la défiance envers les gens compétents qui, dit-on, est le caractère de toute administration centralisatrice, qui en tout cas est un des plus graves obstacles aux progrès politiques de la Piépublique. Là aussi peut être trouvera-t-on-des préfets valant administrativement et surtout politiquement ceux qu'on tire des bureaux pour les envoyer en province. A mesure que se formeront de la sorte des esprits éclairés peut être verra-t-on d'autre part diminuer la tendance qui porte en administration à croire qu'un homme se fait par décret; que l'un ou l'autre suffit pour remplacer l'antécédent, d'après cela seul

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que dans le cours naturel des sociétés un décret suffit pour qu'un homme succède à tel ou tel qui laisse une situation disponible.

Une l'ois remplies ces conditions premières et secondes de savoir et d'éducation, l'on verrait bientôt disparaître le préjugé, qui veut que la forme républicaine du gouvernement soit dangereuse, en ce qu'elle use trop lapidement les hommes politiques. La République, encore une fois, n'use rapidement que les hommes dont les connaissances en politique se bornent à celles d'un système absolu, empêchant ordinairement de comprendre que tout but atteint par un effort social, change par ce fait même les conditions antécédentes, et en constitue de nouvelles dont il faut observer l'effet; ce qui souvent oblige à des efforts nouveaux, dans telle ou telle direction.

Du reste l'exemple des royautés est là, pour montrer qu'elles usent encore plus vite leurs serviteurs en appelant toujours ceux qui mettent le plus d'obstacles aux nécessités qu'entraînent les progrès sociaux. A force de vouloir dissoudre, au lieu de les régir légalement, les groupes politiques dont ces progrés amènent inévitablement la formation, les monarchies finissent toujours par se dissoudre ellesmêmes, parce qu'elles méconnaissent que ce qu'elles veulent détruire est précisément devenu une con-

ENSEIGNEMENT SUPÉUIEUR ET ADMINISTRATION. t!i.>

dilion nouvelle d'existence et de développement des peuples. Ces progrès finissent toujours par prendre le dessus, par renverser ces obstacles, c'est-à-dire presque aussi vite les monarques que les minisires. C'est ainsi que toute réaction est révolutionnaire, les entraves qu'elle met au progrès, au développement de l'ordre, causant inévitablement des révolutions.

Ainsi arrive-t-il encore pour l'opposition que ce même esprit de système fait aux travaux individuels "qui peuvent le contredire. Les fatalités de l'organisation, font certainement que parmi les hommes qui se dévouent aux progrès scientifiques de tout ordre, il en est qui meurent avant d'avoir produit, ou durant la lutte qu'ils sont forcés de soutenir avant de produire; en somme, toutefois, ceux qui élaborent finissent toujours par l'emporter sur ceux qui vivent sans rien faire. Mais encore y a-t-il dépense d'efforts qui auraient dû être évités, là où l'opporlunilé dans le succès fait partie du progrès.

Répétons encore qu'en ces questions, la peur ne saurait servir de mobile, de point d'appui ou de départ pour l'accomplissement d'actes sociaux pouvant conduire à quoi que ce soit d'efticace. La peur n'est pas de la prévoyance; loin de là, elle empêche de juger.

Or, rien de plus frappant que de voir à quel point chacune des nécessités sociales les plus évi-

dentés se trouve arrêtée, dans ses satisfactions les plus urgentes, par la peur de la chose nouvelle dont il s'agit ; peur de la part de ceux pour lesquels la source de ces nécessités reste ignorée aussi bien que les résultats, les conséquences et ce qui devra être fait pour les obtenir. Tout au plus ne trouvet-on là que le scepticisme, qui en fait n'est qu'une des formes de l'ignorance; soit celle des choses dont la connaissance apporte la certitude ; soit au moins celle de l'existence des lois qui montrent par quelle voie on peut arriver à la certitude avec plus ou ou moins de précision.

Tout ici est encore à reprendre par l'éducation et l'instruction graduellement répandues, de manière à éviter, par la prévoyance que donne le savoir, les craintes auxquelles l'ignorance nous laisse accessibles.

Rien de plus com.mun que de voir ceux qui ne redoutent ni les dangers, ni la mort menaçante, entravés dans les actions les plus simples, par la peur que donne l'ignorance de la nature des choses sociales de tous les jours et de leur cours naturel.

Le reproche d'aller trop avant, en présentant comme exécutables des applications, des progrès intellectuels dans les divers ordres de l'activité sociale, alors même qu'il reste à démontrer le fait par l'essai lui-même, est plus honorable que toute ten-

tative de retour à des choses antécédentes, que l'histoire nous montre non renouvelables, malgré les eflorts des réactions de tout genre.

Bien que là nation française, comme l'ont montré si souvent les obligations imposées par la défense nationale, soit la plus souple, c'est-à-dire celle qui se prête le mieux et sans murmurer aux changements d'habitude de tous les ordres, il n'est pas d'objections que ne soulèvent de tels esprits. Eviter qu'on en vienne aux essais, par lesquels on doit commencer pour avoir quelque certitude en toutes ces choses, là est le but de leurs efforts.

S'il s'agit de questions agronomiques ou industrielles, fort peu de ceux que la fortune met en position de vivre sans rien faire ne risquent quelques expériences; souvent même le dénigrement des hommes qui les tentent part au contraire de ceux qui devraient être les premiers à participer aux sacrifices exigés par tout nouvel essai.

Quand, au contraire, l'instruction est fondée sur l'observation et les données de la science, comme en plusieurs pays d'Europe, aux États-Unis, en Australie, etc., toutes ces tentatives et les créations diverses qu'elles multiplient se trouvent soutenues par les riches. Contrairement à ce que nous voyons ici chaque jour, les pères donnent ainsi à leurs fils l'exemple et l'obligation d'agir comme eux, au lieu

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de se préoccuper d'accumuler assez pour qu'ils puissent aussi vivre sans rien faire. Comme cela doit cire, pleins d'affection et de soins pour leurs enfants tant qu'ils ne peuvent et ne savent rien encore, ils font tous les sacrifices voulus pour les conduire à connaître ce qu'exigent les conditions sociales dans lesquelles ils vivent, puis les poussent à user librement de leurs facultés, les abandonnant à leur propre inspiration et à leur activité, au lieu de les circonvenir indéfiniment pour ne leur laisser faire que ce qu'eux-mêmes avaient fait.

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