‹ L'instruction morale a l'école (devoir et patrie)Chapitre 37 sur 67 · LA DOUCEUR ENVERS LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LA DOUCEUR ENVERS LES ANIMAUX

— Vous voilà bien essoufflés, mes amis. Prenez place sur vos bancs, et dites-moi ce qui vous faisait courir en troupe tout à l’heure autour de Riffaut le berger?

— Monsieur, c’était un loup, un petit loup, qu'il a pris au piège, et qu’il montre de village en village avant d’aller toucher Imprime du gouvernement. On s’amuse à le piquer et à le battre le long de la route ; et même, ceux du bas du village lui ont cassé une patte : il est tout saignant.

— Et c’est là ce que vous regardiez en riant ! Croyezvous que ce soit beau, ce qu’ont fait les gens du bas du village ?

— Mais, monsieur, puisque c’est un loup, un louveteau, qui aurait mangé le monde plus tard! c’est bien fait pour lui, s'il s’est laissé prendre.

— Oui, c’est bien fait de le prendre, et même ce sera bien fait de le tuer, puisqu'il n’y a pas d’autre moyen de l’empêcher de nuire. Mais ce qui n’est pas bien fait, c’eçt de le torturer par plaisir. C’est un plaisir de méchant, cela! et il ne faut jamais être méchant.

Non, mes. amis, pas même avec les bêtes dangereuses. Il faut s’en défaire ; il faut les détruire autant qu’on peut, et le gouvernement donne une récompense qui peut être parfois de 200 francs, à celui qui tue un loup. Mais celui qui fait souffrir un animal sans nécessité, on peut dire qu’il s’exerce à devenir unie brute malfaisante.

C’est encore bien pis quand les animaux qu'on torture ainsi sont des animaux utiles ou même domestiques. Lorsqu’il s’agit d’animaux dangereux, on a au moins une excuse. Mais maltraiter les animaux qui nous servent, qui travaillent pour nous, comme le bœuf ; qui nous nourrissent de leurs produits, comme la vache, la chèvre, la

LA MAISONNÉE

poule; qui veillent sur notre sûreté, comme le chien, c’est une espèce d’ingratitude tout à fait impardonnable.

C’est, en outre, une lâcheté ou bien une imprudence. Une lâcheté, s’il s’agit* de bêtes inoffensives et faibles, qui ne peuvent se venger. Une imprudence, dans tout autre cas : les bêtes, en effet, ne sont pas aussi bêtes qu’on pense; elles gardent le souvenir des mauvais traitements, et elles s’en vengent.

Notez qu’en soignant les animaux, c’est notre bien que

En soignant les animaux, c’est notre bien que nous soignons.

nous soignons. Les vaches, mises dans une écurie spacieuse, claire, propre, nourries à leur goût selon lasaison, donnent deux fois plus de lait. Un savant, qui a voyagé dans toutes les campagnes d’Europe, assure jue le paysan français tire de ses bœufs le double du tra’ ail que tirent des leurs l’Espagnol ou l’Italien : c’est que le Français les traite avec plus de douceur et plus de soins.

Il existe une société de personnes tout à fait recommandables et qu’on nomme la Société protectrice des animaux. Elle récompense ceux qui traitent bien les bêtes ; elle veille à l’exécution de la loi Gram

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mont, qui punit les sévices exercés en public contre les animaux.

Mais si vous croyez que c est aux animaux que cette loi et cette Société profitent le plus, vous vous trompez. C’est aux hommes surtout qu’elle est utile : elle leur apprend à avoir horreur de ceux qui font souffrir sans nécessité même un animal, et tant que les hommes n’éprouveront pas tous cette horreur, ils ne seront pas complètement humains ni civilisés.

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