‹ L'instruction morale a l'école (devoir et patrie)Chapitre 46 sur 67 · TOUT UOMME DOIT TRAVAILLER · texte numérisé non relu

TOUT UOMME DOIT TRAVAILLER

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n’as pas toujours été si sérieux, j’imagine; et jadis, si loules les fois que tu as fait l’école buissonnière on t’avait privé de soupe, tu ne serais pas si fort ni si bien portant.

— Ça, c’est vrai, dit Basset avec un gros rire. J’étais gamin comme pas un.

— Eh bieni alors, sois indulgent pour les autres. Louis a eu tort, et je vois bien qu’il est tout prêt à le comprendre, si on veut le raisonner. Mais d'abord, à table ! la morale viendra après, en guise de dessert.

Quand on eut expédié la soupe et une bonne tranche de lard, maître Franche reprit la parole :

— Dis-moi, Louis, pourrais-tu me nommer ce que tu tiens là, dans ta main gauche?

— C’est du pain, monsieur.

— Et saurais-tu me dire où l’on trouve le pain?

— Monsieur, on le trouve chez le boulanger, en payant.

— En payant? En es-tu sûr, Louis? J’aurais pensé, moi, qu’on devait le trouver sur les routes, ou qu’il devait tomber du ciel dans la huche, tout cuit. Oui, ce matin, à voir comme tu travaillais pour gagner le tien, on aurait cru vraiment que le pain ne coûtait rien. Est-ce ton avis?

— Oh! non, monsieur, je sais bien que le pain se fait avec de la farine, et qu’il faut le pétrir à la force des bras, faire chauffer le four, et l’y mettre à cuire. J’ai bien vu aussi que pour faire la farine, il faut un moulin, avec un meunier et des ouvriers très forts pour le mener. Je sais également que le grain dont on tire la farine ne vient pas tout seul : il faut que les laboureurs se lèvent de bonne heure, qu’ils peinent toute l’année, au froid, à la pluie, sous le soleil, pour le faire lever de terre. Tout ce monde-là a travaillé pour me préparer le pain que je mange, et il faut qu’à mon tour je travaille pour les payer.

— Bien parlé, garçon, répondit Basset. Maintenant,

l’instruction morale a l’école

il s’agit de faire aussi bien. Tés fagots sont toujours à t’attendre.

Louis courut à l’atelier, et se jeta sur son ouvrage.

TROISIÈME RÉGIT

histoire d’un atelier {suite). — Une leçon à Basset.

Louis travailla si bien tout ce jour-là qu’à la nuit tombante il avait nettoyé l’atelier, fait dix bottes de copeaux, lié trente petits fagots, et mérité enfin le surnom de qui lui fut décerné par Basset,

et ratifié par tout l’atelier.

— Cette fois, dit Basset, quand on se mit à table, je ne reprocherai pas à l’apprenti sa soupe : il ne l’a pas volée. J’avais raison de le lui dire ce matin, puisqu’il m’a compris : on ne digère bien que le pain qu’on a gagné à la force du poignet.

Louis avait trop bon appétit pour répondre sur le moment ; mais, un peu après, il dit :

— Cependant, monsieur Basset, M. Simonnot, le maître d’école, ne travaille pas avec ses poings ; et vous ne direz pas, malgré cela, que celui-là vole le pain qu’il mange.

Basset se gratta la tête, voulut répondre et resta interloqué. Les. compagnons riaient à pleine gorge de son embarras.

— Tu vois, Basset, mon ami, lui dit maître Franche: il ne faut pas trop se dépêcher de rire des autres, si Ton ne veut pas que les autres rient de vous à leur tour.

Cependant, si Louis a raison, tu n’as pas tout à fait tort non plus. Que M. Simonnot travaille de la tête ou des bras, ce n’est pas là l’essentiel : l’essentiel, c’est qu’il travaille, c’est-à-dire qu’il emploie ses forces pour rendre des services aux autres. Parce qu’il reste dans sa classe, au lieu de vivre à l’air ; parce qu’il demeure assis, ou à se promener de long en large, au lieu de se

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