‹ L'instruction morale a l'école (devoir et patrie)Chapitre 48 sur 67 · LA LIBERTE DU TRAVAIL ET DU COMMERCE · texte numérisé non relu

LA LIBERTE DU TRAVAIL ET DU COMMERCE

PREMIÈRE LEÇON

LA LIBERTÉ DU TRAVAIL

— Mes enfants, quand le moment sera venu pour vous de choisir un métier, je ne vous conseille pas de répon-

l'iis ST U U CTI UN MORALE A L' ÉCOLE

dre comme Jean Gassignol, quand son père lui demanda s’il voulait se faire menuisier, cordonnier, tailleur, chapelier, etc. Il répondit : « Je veux bien tout ça à la fois. » Il faut se décider : à chacun son métier, V ouvrage sera bien mené.

Chez les sauvages, chaque individu est obligé de suffire à tous ses besoins, et de faire tous les métiers : il est tour à tour architecte pour bâtir sa hutte, armurier pour fabriquer ses ustensiles de chasse, constructeur pour se creuser un canot dans un tronc d’arbre, tailleur pour se faire un vêtement de peaux. Mais, comme il n’a le temps de se perfectionner dans aucun de ces métiers, il s’acquitte assez mal de tous, et les objets de sa fabrication sont peu solides, mal commodes et ridicules à voir.

Pour apprendre à faire vite, sans peine et bien un travail quelconque, il faut d’abord y être disposé par nature : ainsi il faut avoir une vue perçante, pour devenir bon chasseur, une main légère et sûre pour être bon horloger. Il faut surtout donner tout son temps à ce même travail. Aussi dans tous les pays qui ne sont pas restés sauvages, peu à peu chacun s’est appliqué à un travail particulier, chacun a pris un métier.

Chacun a le droit de choisir le métier qui lui convient : c’est ce qu’on nomme la liberté du travail. Il importe d’en user raisonnablement : il ne faut pas croire qu’un métier vous convient parce que vous seriez flatté de l’exercer. Le métier qui vous convient n'est pas toujours celui qui vous plaît d'avancCy car vous ne le connaissez pas encore.

Choisissez-le d’accord avec vos aptitudes : c’est celui-là dont vous vous acquitterez le mieux ; c’est aussi celui où vous avez le plus de chances d’être heureux : d’abord, parce que vous y gagnerez mieux votre vie; ensuite parce que vous y trouverez le meilleur emploi de toutes vos capacités.

LA LIBERTÉ DU TRAVAIL

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DEUXIÈME LEÇON

LA LIBERTÉ DU TRAVAIL AUTREFOIS

Autrefois, sous la royauté, la liberté du travail

existait pas. On n’était pas libre de choisir un métier à son gré. Par exemple, si vous vouliez être cordonnier, il fallait d’abord aller trouver un maître cordonnier, et obtenir de lui la permission de travailler dans son atelier comme apprenti. Le maître alors allait consulter ses confrères, qui formaient avec lui la corporation des cordonniers. G’étaienteux qui décidaient sil’on pouvait ou non admettre un apprenti dans le métier ; et ils ne s’y résolvaient pas facilement, par orgueil d’abord, et puis par peur de diminuer la part de travail des autres.

Si l’aspirant était admis, il obtenait le droit de payer une bonne somme d’argent à son patron, une autre à la corporation, moyennant quoi il était apprenti ; c’està-dire qu’il avait la permission de servir les ouvriers, de mettre de la poix au fil dont ils se servaient, etc. Mais, quant à toucher un tranchet ou un cuir, cela lui était défendu comme le Pater aux ânes.

Gela durait au moins quatre ans. Après, on pouvait devenir compagnon, autrement dit ouvrier : ce nouveau grade coûtait encore un bon prix. Et une fois parvenu à cette hauteur, la plupart en restaient là.

Quelques-uns seulement, qui étaient protégés par leurs maîtres, et surtout bien munis d’argent, étaient admis, après de longues années, à se présenter pour la maîtrise. Il fallait d’abord faire un chef-d’œuvre, un travail parfait en son genre.

Les maîtres se réunissaient pour l’apprécier; et soyez sûrs que si le compagnon leur déplaisait, ou s’ils trouvaient qu’il n’y avait pas trop d’ouvrage pour le partager avec un patron de plus, ils ne se faisaient pas faute de refuser les plus beaux chefs-d’œuvre. Si cependant le

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compagnon passait maître, alors il fallait acheter la maîtrise, et elle lui coûtait parfois plusieurs milliers de francs, ce qui était pour le temps une petite fortune.

Ce n’est pas encore tout : quand on était maître dans un métier, il ne fallait pas essayer A' agrandir ses affai-^ reSy ni surtout A'inventer des perfectionnements.

Un cordonnier avait droit de faire des souliers neufs ; mais s’il avait le malheur de raccommoder les siens ou ceux de sa femme et de ses enfants, les maîtres savetiers lui faisaient toutde suite un procès : ces procès duraient parfois des siècles et des siècles et ruinaient plusieurs générations de cordonniers et de savetiers. A Paris seulement , il se dépensait , bon an mal an, 800,000 fr.

en procès de ce genre.

Quand un maître faisait une invention y au lieu de lui donner un brevet, la police descendait chez luiy saisissait toutes les marchandises nouvelles, les détruisait et mettait le feu à ses outils et à ses machines. Voilà comment on respectait les hommes de progrès dans ce temps-là.

A la fin de la royauté, sous Louis XVI, un ministre, le grand et bon Turgot, essaya d’abolir les corporations. Mais il avait à peine obtenu du roi l’ordonnance qui établissait la liberté du travail, que des courtisans, payés par les chefs des corporations, le firent chasser.

Il fallut la grande Révolution pour en finir avec cette injustice si ancienne : une loi, en 1791, abolit à jamais corporations et maîtrises. Quand vous choisirez votre état, souvenez- vous -en, mes amis, et ditesvous bien : — a Sans la Révolutiony je ne pourrais pas

LA LIBERTÉ DU TRAVAIL

prendre le métier qui me plaît. C’est elle qui a émancipé les travailleurs».

TROISIÈME LEÇON

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