‹ L'instruction morale a l'école (devoir et patrie)Chapitre 56 sur 67 · LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. — LA TOLÉRANCE EN MATIÈRE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. — LA TOLÉRANCE EN MATIÈRE RELIGIEUSE

— L’homme n’a pas seulement droit à disposer de son corps, de ses forces, de son travail, en toute liberté. Les opinions aussi sont libres de plein droit, pourvu, bien entendu, qu’en les exprimant ou en les publiant, on ne fasse tort à personne.

Je suis libre de penser que le commerce de mon voisin va mal et qu’il pourrait bien un de ces jours être ruiné. Mais si je vais crier cela sur les toits, de façon à tuer son crédit, il pourra me poursuivre en justice, et me demander des dommages-intérêts, pour avoir contribué à sa perte.

Je suis libre de penser que quelques lois sont mauvaises, et qu’il faut les changer. Mais si j’excite mes concitoyens à se révolter contre elles, à commettre le crime de rébellion, je suis le complice des rebelles, et je serai puni autant qu’eux pour le moins.

— Monsieur, est-on libre aussi d’avoir la religion qu’on veut?

— Oui, mon ami. Ainsi, en France, on peut être catholique, protestant, Israélite, musulman, etc.; en un mot, on peut suivre la croyance qu’on veut. C’est ce qui s’appelle la liberté de conscience. Bien entendu, là comme en toutes choses , il faut respecter aussi les droits d'autrui et les lois, La loi passe avant tout.

— Mais alors, monsieur, le gouvernement a le droit de ne permettre que la religion qui lui plaît?

— Non pas. L’État n’a pas à avoir de préférences en fait de religion : il ne doit pas y avoir de religion d’État, parce que l’État, c’est la chose de tout le

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monde, et îa religion est l’affaire de chacun. Mais d’abord l’État ne s’occupe que du culte, c’est-à-dire des manifestations extérieures ; il ne regarde pas dans les consciences, comme faisait le tribunal de l’Inquisition. Ensuite, même en fait de culte, l’État ne peut interdire que ce qui serait dangereux pour la Société.

Toutes les fois que l’on a persécuté sans raison un culte, on n’a abouti qu’à des cruautés inutiles. Par exemple, Louis XIV, en 1685, a révoqué l’édit de Nantes, par lequel Henri IV avait assuré aux protestants la tolérance pour leur culte. Il voulait forcer les protestants à se faire tous catholiques ; il ne fit que les forcer à s’expatrier, à se faire Hollandais, Anglais ou Prussiens, et à porter à toute l’Europe d’abord leur industrie, qui eût dû faire la fortune de notre pays, et puis aussi leur ressentiment contre la France, dont ils auraient pu être les meilleurs citoyens.

Il ne suffit pas de ne pas persécuter les croyances de vos concitoyens, mes enfants : il faut les respecter. Tout homme qui pratique de bonne foi une religion est digne de votre estime. QuHl soit catholique^ protestant ou israélite^ ou bien indépendant de ces diverses religions, en adorant Dieu, il obéit à ses convictions, il suit son devoir tel qu’il le comprend. Cette pensée le fortifie et l’excite au bien, et il se sent plus de courage dans les difficultés de la vie, en se disant que tout ce qu’il fait, il le fait pour obéir à ses devoirs envers Dieu.

Si quelque malheur le frappe, il se dit qu’une « Justice suprême veille sur nous tous », et que par conséquent « aucun malheur irréparable ne peut arriver à Phomme qui fait son devoir. »

S’il voit parfois le méchant triompher, il pense alors que cette même Justice remettra un jour chacun à sa place.

Enfin, quand il voit mourir ceux qu’il aime, ou quand il sent lui-même approcher sa fin, il prend courage, en se disant qu’il y a « une autre vie », où chacun aura le

LE RF':SPBCT DES PERSONNES

sort qu’il aura mérité, et où ceux qui se seront aimés et entraidés au bien se retrouveront.

Rien de plus respectable que toutes ces croyances. Ne les blessez donc jamais, et, pour cela, ne prononcez jamais légèrement le nom qui les résume : celui de Dieu.

— Tu vas à l’église, je vais à la bibliothèque. A chacun ses convictions. On n’en est pas moins bons amis.

Heureusement d’ailleurs, aujourd’hui, nous avons appris à respecter les convictions religieuses les uns des autres. Aussi les horreurs des anciennes persécutions ne sont plus à craindre : celui qui voudrait imposer de force tel ou tel culte à tous les Français trouverait à qui parler. Le temps est passé où l’on disait aux gens ; — Il faut croire ceci, il faut professer cela. Depuis la Révolution, on traite les hommes en êtres raisonnables : quand on veut qu’ils croient une chose, on tâche de la leur faire bien comprendre et de la leur prouver clairement.

Telle est la méthode de la science : c’est elle qui éman-

cipe les esprits ; c'est elle qui fait triompher la vraie liberté de conscience. Soyez des hommes instruits, accoutumez-vous à demander la raison des choses, et jamais vous ne serez dupés ni asservis dans vos opinions.

PREMIER RÉGIT

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