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Revue des Deux Mondes du 15 Juillet

1/lNSTRUCTION OBLIGATOIRE. [41

décrit en peu de mots, d'une manière saisissante, le régime de rinstruction obligatoire tel qu'il est pratiqué en Allemap:ne et en.Suisse :

« Il y a deux systèmes fort ditférents d'application des lois sur l'instruction obligatoire.

« L'un est celui de TAutriche, de la Bavière et en général des contrées catholiques, système assez rude, en même temps qu'assez imparfait comme résultat. L'école y est placée sous la surveillance immédiate du clergé et du magistrat. Le prêtre est inspecteur de l'école, directeur de l'enseignement. Le magistrat est directement chargé de réprimer et de punir les absences. Chaque mois, l'instituteur lui fait un rapport sur la fréquentation scolaire : le juge cite directement devant son tribunal, frappe d'amende, de corvée (une journéQ de prestation), et même de prison, les récalcitrants. Souvent aussi il se relâche, l'habitude des rapports disparait, le prêtre n'y tient pas la main, et l'on arrive, avec l'obligalion nominale, à une fréquentation scolaire qui est de 55 0/0 en.Hongrie, de 34 0/0 en Vénétie et qui tombe même, en Croatie, à 19 0/0. Mais, ailleurs, la loi est observée, non sans rudesse et sans de nombreuses condamnations. A Munich, un commissaire de police est spécialement chargé de cette surveillance. J'ai vu ses feuilles de rapport. Pour une seule semaine, le nombre des délinquants était de 9 à 10, un bon tiers étaient sans excuse et punis.

c( En Prusse, en Wurtemberg, Bade, et, en général, dans les pays protestants, le système en vigueur est tort différent et se distingue par son caractère paternel. L'école est placée sous l'administration, non du prêtre et du juge, mais de la commission scolaire, c'est-à-dire de chefs de famille nommés, soit par le consistoire (ancienne organisation remontant à la Réforme), soit par les chefs de famille eux-mêmes dans une élection spéciale (nouvelle organisation du pays de Bade) ; mais, dans les deux cas, la commission est composée de la même manière : en même temps qu'elle administre^ elle veille à la régularité delà fréquentation scolaire. Lorsqu' après V avertisse-

menty resté inutile, le père délinquant reçoit une citation, cas déjà rare, c*est devant la commission qu'il comparait. Il y reçoit une paternelle exhortation. Le pasteur, membre de droit, lui parle au nom de sa conscience et de ses devoirs chrétiens ; le maire, au nom de la loi; les membres de la commission, chefs de famille, au nom des intérêts mêmes de sa famille et de son enfant. On comprend la puissance de cetteexhortation, et comment, en général, tout s arrête à la citation. Dans le canton d'Appenzeli, dont j'ai conservé le Tableau des présences pas une citation n'avait donné lieu à un renvoi devant le juge. A Bâle, j'ai été voir le magistrat, depuis 44 ans en exercice, qui m'a déclaré que, dans la ville, il n'avait jamais reçu, d'aucune commission scolaire, une plainte l'obligeant à mander et à sévir. Dans les villages de la campagne autour de Bâle, le chiffre des. plaintes variait, pour le canton, entre trois et quatre par an. En général, dans ces contrées de l'Allemagne et de la Suisse, la justice n'intervient, on peut le dire, que dans le cas de vagabondage persistant; mais, si sa main ne paraît pas directement, comme en Bavière, le seul fait que la loi existe avec ses exigences, et que la commission scolaire peut renvoyer devant le juge, est, pour cette commission, un appui d'une valeur immense. Otez cet appui, et la citation devant la commission restera sans effet; l'exhortation paternelle sera tournée en dérision ; grâce à la loi, on la prend, au contraire, fort au sérieux. L'action morale est efficace, parce qu'elle a derrière elle l'action légale, à laquelle on n'a recours que dans les cas tout à fait exceptionnels.

(( C'est l'influence des commissions scolaires qui est le grand instrument de régularité et de bonne fréquentation : la loi s'exécute paternellement par leurs soins. »

Le plus complet acQprd régnait, à cet égard, entre l'avis de M. Monnier et les témoignages de M. Baudouin.

« On peut dire d'une manière générale, écrivait encore M. Frédéric Monnier, dans une note sur la rétribution scolaire en Allemagne, que l'instruction primaire est partout obligatoire et nulle part gratuite. La rétribution obligatoire, im-

posée d'office en vertu d'ui) rôle spécial dressé avec le concours de la commission scolaire, est, là où ce mode de perception est en Tigueur» l'instrument le plus simple et le plus efficace de l'instruction obligatoire... a La question de la gratuité a été parfois soulevée en Hanovre, me disait M. Pabst» membre du conseil supérieur des écoles, mais jamais dans le peuple. » Elle a été, en efiet, une des théories du parti i*adical en Allemagne. En 4848, le parlement de Francfort a déclaré que l'instruction gratuite était un droit du peuple allemand : « Mais, me disait encore H. Pfluger, membre du conseil supérieur à Carlsruhe, cette gratuité ne répondait mille part à des vœux sérieux... » Il fout aller en Suisse, dans les cantons radicaux, pour trouver la gratuité en vigueur. Bâle-Campagne, depuis sa scission avec Bâle-Vllle, a aboli une rétribution qui variait de 50 centimes à 2 francs par an. Ce canton a même alloué, dans certains cas, des indemnités aux familles dont les enfants suivent l'école, indemnités qui s'élèvent à 40 et 50 francs par an. »

Dans une remarquable lettre, en date du mois de janvier 1865, M. le baron F. de Diergardt, chef de la fabrique de soie et de velours de Viersen (Prusse Rhénane), membre de la chambre des seigneurs de Prusse, écrivait à M. Arlès-Dufour * :

« Lorsque, sous le gouvernement du roi Louis-Philippe, M. Carnot, fils du célèbre général, fut envoyé en Allemagne pour y recueillir des renseignements sur notre enseignement primaire et vint me voir, il se montra excessivement satisfait de notre organisation scolaire, mais il lui parut difficile d'introduire en France une loi condamnant à la prison les parents qui n'enverraient pas leurs enfants à l'école. Au premier abord, une pareille loi, étonne un étranger; il en est tout autrement dansrexécution. Je m'occupe, depuis bien des années, de l'enseignement du peuple et je n'ai jamais entendu dire qu'il se fût présenté un cas où des parents aient été condamnés à la prison pour n'avoir pas envoyé leur enfant à l'école,

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