DiBCOun ÇELeden) à la nation allemande
c nous écrasent! Je me plais à croire que je malheur nous « aura appris à réfléchir, et nous aura rendus plus sérieux. « L'étranger, lui, possède à sa portée d'autres consolations, « d'autres ressources que l'éducation. Dût cet objet occuper « un instant sa pensée, il est peu probable qu'il s'y arrête et « lui accorde quelque attention. J'espère bien, au contraire, « qu'à l'étranger, les lecteursde journaux trouveront la chose « plaisante et s'égayeront agréablement à l'idée que quelqu'un, « en Allemagne, a pu attendre^de si grandes choses de Tédu- « cation !
« Puisse donc l'État, puissent ceux qui le dirigent et le conte seillent ne pas se décourager, devant leur nouvelle tâche, « par la pensée que les résultats attendus sont lointains.... « Nous ne pouvons plus commettre la faute de ne songer « qu'au présent : le présent n'est plus à nous. N'en commette tons pas une seconde ; celle d'attendre de quelqu'autre que <( de nous-mêmes un meilleur avenir. Quicx)nque a besoin <( pour vivre d'autre chose que de la simple nourriture du « corps ne trouve certes, dans le présent, plus rien qui « puisse le consoler du devoir de vivre ; la foi dans l'avenir est « le seul élément oîi il nous soit encore donné de respirer « librement... »
Fichte parle des merveilleux résultats que produirait le système obligatoire appliqué à des écoles fondées d'après la méthode de Pestalozzi et ajoute: « Il faut s'attendre à de la résisft tance. En pareil cas, on a toujours vu les hommes^ d'État « repousser l'idée d'une contrainte en affirmant que l'État « n'a pas ce droit. Mais si, d'une part, on veut ne compter que 1 sur la bonne volonté des citoyens, et si, de l'autre, il est , « vrai que, sans éducation générale préalable, cette bonne « volonté ne se produira jamais, il est certain que la vieille « routine durera jusqu'à la consommation des siècles. Parmi « ces hommes d'État, les uns ne considèrent en général Tédu- « cation que comme un luxe dont on peut se passer, comme (( une dépense médiocrement utile qu'il faut réduire autant « que possible. D'autres sont pénétrés d'admiration pour
« rélat florissant de réducation publique. C'est sous leur c direclion qu'elle a atteint sa merveilleuse perfection, aussi (( voyez leur ravissement, et espérez encore les gagner à quel- (s que chose dont eux-mêmes ils n'ont pas eu l'idée 1 Non, (I nous n'avons rien à espérer de tous ces messieurs-là... Oii Cl est aujourd'hui l'État qui doute de son droit à forcer les « citoyens au service militaire et à enlever pour ce service les c enfants à leurs parents, que les uns et les autres le veuillent « ou non ? Et cependant ce n'est pas peu de chose que d'obli- (( ger un jeune homme à adopter^ pour plusieurs années, un (f genre de vie qui lui est antipathique et qui, souvent, a pour (( la moralité, la santé et la vie même, les conséquences « les plus funestes. Qu'est-ce, à côté de cela, qu'une con- « trainte salutaire qui, l'éducation une fois achevée, rend « à chacun son entière liberté et ne peut avoir que les « plus bienfaisantes conséquences ? Il fut un temps où le « service militaire était purement volontaire, mais, dès qu'il « a été démontré qu'un tel recrutement était insuffisant pour « le but poursuivi, on n'a pas hésité à user de contrainte; la (( nécessité commandait, et le service est devenu obligatoire. « Si nos yeux s'ouvraient sur les nécessités pressantes de la «. situation actuelle, si l'affaire de l'éducation publique s'im- « posait à nous comme non moins urgente que l'organisation « militaire, nos scrupules tomberaient d'eux-mêmes. D'ail- (( leurs, la première génération sera la seule envers laquelle il (( faudra user de contrainte ; dès qu'elle aura reçu l'éducation « désirable, elle enverra, d'elle même, ses enfants à l'école.
« Jusqu'ici, plus un État s'est cru éclairé et plus il s'est
a figuré qu'il pouvait se passer de citoyens moraux, qu'il lui a suffisait d'institutions répressives pour atteindre son but, et a qu'en possession de moyens coêrcitifs, il lui était permis « d^être indifférent à l'éducation des citoyens. Puissent au moins nosrécentesetdouloureusesexpériencesavoirdessillé « les yeux ! On sait aujourd'hui qu'il n'en va pas ainsi et que, « si notre État est tombé si bas, c'est précisément faute de « moralité.
6 L'INSTRUCTION OBLiaATOIRE.
€ Mais quoi, dira TÉtai, suis-je en mesure de supporter les (I firais d'une grande éducation nationale? Âh ! que ne peut-on ff le convaincre que, cette dépense unique une fois faite, il au- (( rait pourvu de la manière la plus économique et la plus a sage à la plupart de ses autres obligations; que, s*il osait enfin faire cette mise de fonds, il n'aurait bientôt plus d'autre a dépense importante que celle-là. Jusqu'ici la plus grosse part or des revenus de l'État a été consacrée à l'entretien d'armées a permanentes. Nous avons vu les beaux effets qu'en a obtenus a le pays. Cela suffit. Il n'entre pas dans notre plan de faire (( la critique de l'organisation de ces armées et d'expliquer « ainsi les causes spéciales de nos catastrophes. Mais que « l'État organise, une fois, d'une manière générale, l'éducation (c nationale telle que nous l'avons proposée, et, du jour où une « génération nouvelle aura traversé nos écoles, on n'aura plus besoin d'une armée spéciale; la génération nouvelle (c tout entière formera une armée, et une armée comme aucun « siècle n'en a encore vue^. »
Le roi Frédéric-Guillaume III partageait les sentiments du philosophe, car il disait, lui aussi, après la bataille d'Iéna : « Nous avons perdu une partie de notre territoire, l'État est déchu de sa force, de son éclat extérieur; eh bien, il faut lui assurer la force, l'éclat intérieur, et, dans ce but, ma volonté expresse est que l'attention la plus gi^ande soit donnée aux écoles ^»
Ce même élan vers l'avenir, qui seul pouvait consoler Fichte en 4807, fait battre, aujourd'hui, en 1871, tous les cœurs français 1
En reprenant ses séances après nos désastres, une société d'enseignement populaire, la Société Franklin^ dans un énergique appel au dévouement et^au concours de tous, disait, il y a deux mois : « Si nous voulons sauver la France, il faut instruire la nation comme il faut l'armer! Il faut Tinstruction