CHAPITRE Vn
LE VŒU DU GROUPE HAVRAIS DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT ET LA GRANDE PÉTITION DE 300,000 SIGNATURES EN FAVEUR DE L'OBLIGATION (ia99-]£70).
Vœa du groupe Havrais. — Délibération de la Société des Amis de rinstruction populaire de Mulhouse, du groupe Colmarien et du Cercle de la Ligue de ^'enseigiieinent de la vallée de Sainte-Marie-anx-Mines. — Adhésion dn Cercle Ro«ieiinai$ de Ifi ÎÀgmà da Tenaeigneinent. — Grande pétition de 300,000 signatures. — Lettre de M. Duruy. — Articles de M. Eugène Rendu . — Brochure de M. Rozy.
Le Havre est un foyer de zèle et de bon vouloir pour tout ce qui concerne Tinstruction publique. On y travaille aujourd'hui avec ardeur aux progrès de renseignement populaire. Le Conseil municipal vient de voter un emprunt de i, 200,000 francs, exclusivement destipé à la reconstruction et à l'appropriation des écoles communales, et le budget scolaire de la ville sera porté de 195,280 à 302,500 francs. On n'y marchande pas les crédits destinés à l'enseignement ! Dans le rapport du 15 avril 1871, présenté à l'appui de ce projet, M. Guillemard, maire du Havre, s'exprime ainsi :
« L'argent placé en instruction ne rapporte pas 5 ou 6 pour 100, mais bien5 ou 6,000 pour 1 00, car un seul enfant, arraché à l'ignorance, peut, par son travail, ses connaissances et ses moyens, contribuer à la prospérité et à la grandeur de son pays, en réalisant des progrès dans le domaine de l'industrie ou de la science, ou en mettant à la disposition de ses concitoyens une fortune honorablement acquise. »
Le 6 novembre 1869, à l'occasion du projet de loi sur la gratuité absolue présenté par M. Bourbeau, le groupe Havrais
de la Ligue de l'enseignement, présidé par M Jules Siegfried^émit un vœu en faveur de rinscripUon, dans les lois françaises, du caractère obligatoire de Tinstruction primaire. Le député du Havre fut prié de s'en faire l'organe au Corps législatif. Dans sa délibération, très- fortement motivée, le groupe Havrais considère « qu'à regard delà diffusioo générale de l'instruction primaire, la France se trouve encore dans un état d'infériorité regrettable, si on la compare soit à des nations voisines de nos frontières, soit au peuple américain ;que cette infériorité» révélée par des statistiques officielles, est un fait qui ne peut plus être contesté. Les moyens proposés sont 4® des conditions d'instruction à remplir pour l'apprentissage et le travail des enfants; S» la privation des secours publics; 3« la répresâon du vagabondage des enfants ; i» surtout l'interdiction temporaire de tout droit de vote et d'éligibilité, même en matière municipale, prononcée, à partir d'une des prochaines élections générales, contre tout électeur nouveau de 24 ans ne sachant ni lire ni écrire. A sa délibération le groupe Havrais a joint quelques chapitres du rapport de M. Duruy, une étude sur l'obligation aux États-Unis, d'après des documents anglais officiels, et enfin une statistique nouvelle, dont M. Edouard Robert est l'auteur, et qui fait connaître l'état de l'instruction primaire en France au 4" janvier 4866 et ses progrès de 4827 à 1869, d'après les résultats du dernier recensement quinquennal et les renseignements publiés par les ministres de l'instruction publique,dela guerre et de la justice '.
Œuvres d'initiative privée, le volume et les précieuses cartes statistiques du groupe Havrais ont été publiés au moyen de souscriptions locales qui ont dépassé la somme de 6,000 fr.
Bientôt après, la Société des Amis de l'instruction populaire de Mulhouse {Cercle mulhousien de la Ligue de t enseignement), € considérant..,, que le Cercle voit tout près de lui les effets merveilleux produits par l'obligation, en Suisse et dans le