‹ L'instruction obligatoireChapitre 23 sur 39 · Un vol. m-4*, Imprimerie Santallier, an Hayre · texte numérisé non relu

Un vol. m-4*, Imprimerie Santallier, an Hayre

grand-duché de Bade, où personne aujourd'hui ne songe à se soustraire à la loi;... qu'il reste énormément à faire dans une portion trop considérable du territoire français.... Renouvelant les vœux exprimés, à plusieurs reprises déjà, et notamment en 1864 et 1867^ par la Société industrielle de Mulhouse, adhère au vœu du groupe Havrais, se déclare partisan de Tinstruction obligatoire et gratuite, dont il demande que le principe soit inscrit dans nos lois, et décide que des lettres seront adressées à MM. les députés de TEst pour leur demander de soutenir devant les Chambres ce double principe de l'instruction à la fois obligatoire et gratuite. Pour le comité: Aug. Dollfus, Daniel Schœn fils. »

A Colmar, adhésion analogue au vœu du groupe Havrais.

Le Cercle de la Ligue de renseignement de la vallée de Sainte-Marle-aux-Mines, présidé parM. Blech, «considérant..., que la ville de Sainte-Marie-aux-Hines possède la gratuité absolue depuis 25 ans; que, malgré cela, beaucoup d'enfants ne fréquentent pas les écoles, et que la proportion des illettrés est comparativement aussi forte que dans les centres où la gratuité n'a jamais existé..., émet le vœu que le principe de l'instruction obligatoire et gratuite soit dorénavant inscrit dans nos lois. » Une circulaire, envoyée aux députés du Haut-Rhin, le 15 janvier 1870, les prie d'affirmer devant le Corps législatif, soit par voie d'interpellation, soit lors de la présentation du projet de loi sur la gratuité, la nécessité absolue d'y joindre le principe d'obligation.

Le 25 janvier, le Cercie Bovennais adhère aussi au vœu du groupe Havrais. Sa conclusion est : l'instruction gratuite et obligatoire. Pas de pénalités directes, ni amende, ni prison, incapacité électorale pour les individus devenant majeurs à partir de 1875, reconnus illettrés, après examen public, par une commission de trois membres choisis par le conseil punicipal et jugeant sans recours. Répression du vagabondage des enfants. Privation des secours publics.

La campagne de la ligue de l'enseignement du Havre reprenant, en 1869, à l'ouest de la France, le mouvement d'opinion

provoqué, en 1861, par l'Alsace en faveur de rinstruction obligatoire, a été Pavant-coureur de la grande pétition des trois cent mille signatures dont nous allons maintenant parler.

Le 3 mars 1870, un Comité de propagande en faveur de l'instruction obligatoire et gratuite^ formé à Strasbourg, composé de MM. Wolff, A. Schnéegans, Rhens, Blech et Lereboullet, répandit à profusion une circulaire et un mémoire destinés à provoquer, dans toute la France, l'adhésion des partisans de ce principe. Le comité, rappelant le projet du gouvernement sur la gratuité absolue etla proposition de M. JulesSimon sur l'obligation, déclare, & cause desdivergences d'opinion quefaitnaître la gratuité, demander, avant tout, l'obligation. Son mémoire rappelle ou reproduit les arguments les plus décisifs et cite l'exemple de l'Allemagne. Il fait allusion au projet présenté au parlement pour rendre l'instruction obligatoire en Angleterre, et reproduit à cette occasion un remarquable passage d'un discours prononcé à la Chambre des communes par le ministre anglais, M. Forsler, auteur du projet de loi : t Nous savons tous, a-t-il dit, d'après une expérience malheureuse, que la science n'est pas la vertu, que l'instruction élémentaire Test moins encore, et que l'éducation seule ne donne pas la force de résister aux suggestions mauvaises; mais, bien que le savoir ne soit pas la vertu, le manque d'éducation est une faiblesse : dans les âpres luttes de la vie, qui dit faiblesse dit généralement infortune, et l'infortune conduit au vice. Qui de nous ne voit, soit dans les villes, soit dans les campagnes, des enfants grandir en allant probablement au crime, et plus probablement encore à la misère, en raison, soit d*une éducation mauvaise, soit d'un manque absolu d'éducation? En présence d'une telle pensée^ comment nous serait-il possible de prendre sur nous la responsabilité de laisser régner, une année de plus, cette ignorance et cette faiblesse? »

L'auteur du Rapport de 1865 et son ancien secrétaire général signèrent avec empressement les listes d'adhésion, et M, Duruv adressa en outre la lettre suivante à l'un des membres les plus actifs du comité de Strasbourg :

« Vîlleneuve-Salnf -Georges (Seine-el-Oise).

c MONSIEDB^

a Vous faites d'excellentes choses à Strasbourg. Qaoique TAlsace se soit placée par le bon état de ses écoles en tôte de nos départements les plus en progrès, elle donne le signal d'une agitation pacifique pour décider le législateur à imposer à l'instruction primaire le caractère obligatoire.

« C'est que vous touchez à TAlleinagne et à la Surâse, deux pays qui nous fournissent à la fois la meilleure réponse aux adversaires de Tobligation, en nous montrant cette gêne qui paraît, ici, si redoutable, acceptée parle peuple le plus libre de la terre; et l'argument le plus fort en sa faveur, j)oisque, grâce à l'instruction générale du peuple, tant de prospérité a (ki sorfhr du milieu des rochers de la Suisse et du sein des landes du Brandebourg.

(( Pour moiy Monsieur, je pense en 1870 ce que je pensais en 1865.

a Aujourd'hui, comme alors, je crois que notre droit public et notre organisation industrielle nous font une loi impérieuse de faire passer par l'école l'enfant qui sera un jour électeur et ouvrier.

(c La loi du iO avril 1867 me désintéresse dans une certaine mesure d'une des deux questions que soulevait mon Rapport, à la condition, bien entendu, qj^é î\)n exécutera celte loi selon sa lettre et selon son esprit, avec de larges crédits pour la gratuité absolue qu'elle institue et pour la gratuité relative qu'elle développe. Mais je reste convaincu que le suffrage universel a pour corollaire indispensable l'universelle instruction du peuple, et que le caractère nouveau de l'industrie, qui demande à l'ouvrier moins de muscles que d'intelligence, nous oblige à préparer et à développer en lui la force dont il aura le plus besoin.

(( Puisse donc la voix de vos nombreux pétitionnaires ôtre mieux entendue que ne le fut la mienne 1 J'ai été, et je m'en honore, un soldat d'avant-garde ; je serais heureux d'applaudir au succès de ceux qui m'ont remplacé dans la défense d'une juste cause.

a Mais en cherchant à faire triompher le principe, n'oublions pas les personnes par qui sera fait tout le bien que nous espérons. La dernière loi votée par vos voisins du grand-duché de Bade en faveur de leurs instituteurs nous indique ce que nous avons à faire pour les nôtres.

«Recevez, Monsieur, mes compliments les plus empressés.

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