V. DURUY
a 15 mars 1870.
« Monsieur Adm Lerehovllet^ Strasbourg. »
Deux cent cinquante mille signatures (on a atteint depuis le chiffre de trois cent mille) furent rassemblées en moins de trois mois d'efforts ! Elles accompagnent la pétition adressée le 4" juillet 4870 au Corps législatif en faveur de Tinstruction obligatoire et gratuite.
Dans près de deux mille communes on prit part à ce mouvement, c Beaucoup d'illettrés, dit le compte rendu publié le 3 juillet, ont signé péniblement, en s y reprenant à plusieurs fois; d'autres, qui ne savent pas écrire, ont apposé des croix au bas de leurs noms que leur patron s'est empressé dMnscrire sur leur demande. C'est dans les centres populaires, dans les cantons ouvriers ou ruraux, que le . mouvement s'est affirmé avec le plus d'énergie. »
Dans une série d'articles publiés au mois d'avril 1870 parle Constitutionnel^ M. Eugène Rendu, aujourd'hui inspecteur gé-: néral de l'enseignement primaire, raconte qu'en 4863, chargé par le. ministre de l'instruction publique d'une mission à Berlin^ il s'entretint avec M. le comte de Bismarck qui lui dit : « Voulez-vous savoir ce qui a fait la Prusse ? Deux choses ; « l'obligation du service militaire, l'obligation du service <{ scolaire. La Prusse ne renoncera pas plus à la seconde obli- « gation qu'elle n'a la pensée de renoncer à la première. » Nous comprîmes la portée de ces paroles trois ans plus tard, dit M. Rendu, après Sadowa.
Au sujet des objections relatives aux grandes distances à parcourir par les élèves, aux communes fractionnées en hameaux nombreux, M. Rendu présente une proposition fort sage et sur laquelle on ne saurait trop appeler l'attention du législateur : « Le premier article de la loi qu'il s'agit de préparer étant ainsi conçu : « Tout enfant de sept à treize ans doit recevoir l'instruction primaire, soit dans l'école communale, soit dans l'école libre, soit dans la famille...,» ce premier article doit être suivi d'un second dont les termes seront à peu près ceux-ci : «L'obligation de l'enseignement ne sera pas appliquée dans les communes qui, après délibération du conseil général du département, seraient reconnues n'être pas dans les condi-
tions scolaiies suffisantes, i Une telle précaution étant prise, qui serait fondé i parler d'arbitraire et de pression abusive ? Cette prescription répondrait i la mesure d'après laquelle, en Amérique, la loi qui rend l'ensdgnement obligatoire n'est applicable dans chaque commune qu'après délibération du conseil municipal ; plus exactement, les conseils généraux seraient appelés à remplir, en France, mais avec une autorité plus haute, le rôle qui, au point de yue de l'exécution de la loi, sera attribué, en Angleterre, d'après le projet du gouvernement aux Bureaux (Téducatûm dont chaque district doit être prochainement doté. »
En 1870, M. H. Rozy^ professeur de droit administratif et d'économie politique à la Faculté de droit de Toulouse, publia une intéressante brochure intitulée : L'instruction primaire obligatoire mais non gratuite \ ou il parle de certains propriétaires du Midi qui stipulent, dans les formules d'engagements passésentre eux et leurs maîtres-valets, que le père de famille sera forcé de quitter le domaine s'il enooie ses enfants à técolel M. Rozy fait remarquer qu'on trouve ces mêmes propriétaires dans les rangs des apôtres de Tautorité paternelle : t Ils feignent, dit-il énergiquement, de croire queVinstruetùmobligatoire est une chaîne insupportable, et, dans leur petit fief, ils décrètent la servitude de Yighorance obligatoire. »