CHAPITRE PREMIER
PUBLICATIONS DIVERSES RELATIVES A L'INSTRUCTION , OBLIGATOIRE ET PREMIERES DISCUSSIONS (1853-1860).
Mémoire de M. Eugène Rendu. — Discussions du Congrès de bienfaisance de Francfort, de la Société d'économie politique de Paris, de la Société belge d'économie politique, de la Société des études pratiques d'économie sociale, de la thambre des représentants de Belgique. — Proposition du maire de Koubaix. — La question de Tobligation mise au concours par la Société d'émulation de Montbéliard.
On trouvera, dans les chapitres suivants, des détails ou des indications sommaires sur la période comprise entre l'époque où VAlsace adressait au Sénat sa première pétition pour l'enseignement obligatoire et le jour néfaste où cette province, si française, a dû recevoir, comme un joug, des mains du vainqueur, la loi qu'elle nous demandait en 4861,1863,1864, 1867 1 870 avec tant de persistance.! Mais avant d'aborder les faits relatifs à cette époque, il est indispensable de rappeler, en quelques ipots, les livres, les vœux et les discussions qui, depuis le projet de M. Carnot, présenté en 1848, et les rapports de MM. Barthélémy Saint-Hilaire et Jules Simon, datés de 1849, et avant les pétitions alsaciennes, ont soulevé de nouveau la grande question de l'enseignement populaire obligatoire.
Dès 1853, M. Eugène Rendu, dans un mémoire qui est le premier ouvrage publié en France sur ce sujet depuis 1852 ', a demandé l'enseignement obligatoire. Son but est de
1. De renseignement obligatoire. Mémoire présenté à FEmpereur. Paris. Hachette.
« revendiquer au profit des intérêts conservateurs le principe dont un malentendu a fait une arme de guerre. C'est heurter de front, dit-il, une opinion qui semblait avoir force de chose jugée. Mais, en 1850, lors de la discussion de la loi du 45 mars, ce n'est pas la cause qui a été condamnée, ce sont les avocats. » Ce mémoire combat le système de la gratuité absolue et contient beaucoup de détails sur l'enseignement obligatoire en Allemagne.
En 4855, M. Eugène Rendu fit paraître un nouveau livre intitulé : « De Féducalion populaire dans TAlIemagne du Nord et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieuses. »
En septembre 4857, un Congrès international de bienfaisance, réuni à Francfort, adopta le principe de l'obngation en ces termes : « L'instruction élémentaire doit être obligatoire, en ce sens que nul parent ou tuteur ne peut s'abstenir de faire participer son enfant ou son pupille aux bienfaits qu'elle procure, en conservant toutefois la pleine et entière liberté de choisir tel mode d'enseignement, telle école, tel instituteur qu'il juge convenable. »
Cette délibération- fut suivie d'une intéressante polémique entre deux économistes distingués, M. Frédéric Passy, adversaire de toute contrainte légale, et H. de Molinari, qui prit la défense du votedu Congrès '.Au volume qui reproduit ce débat sont joints de nombreux documents, et, entre autres, le compte rendu des discussions qui ont eu lieu, sur le même sujet, le 5 mai 4858, dans la Société (T économie politique de Paris, et le 30 mai 4858, dans la Société belge d^économie politique.
La Société internationale des études pratiques d'économie so-
ciale, sous la présidence de M. le baron Charles Dupin, s'occupa, les 26 décembre 4858 et 30 janvier 4859, de l'instruction obligatoire. Ce principe, soutenu par M. Charles Robert, fut combattu par M. Augustin Cochin.
t. De renseignement obligatoire. Discussion entre M. de Molinari et M. Frédéric Passy. Paris. Guillaumin, 1859.
En 4859, la question^ agitée en Belgique devant la Chambre des représentants, fut tranchée négativement, et donna lieu à de nombreuses publications^.
Le maire de Roubaix écrit, en février 1860, que la moitié des ouvriers ne savent ni lire ni écrire, que sur 400 communiants de 44 à 12 ans, SOO ne connaissent pas une lettre de Talphabet et n'ont aucune notion du bien et du mal; il propose l'interdiction des ateliers pour tout enfant qui n'aura pas été quatre ans à Técole. M. Rouland, ministre de Tinstruction publique jugea cette idée digne d'attention; consulté par lui, ThonorableM. Piliet, aujourd'hui directeur honoraire de l'enseignement primaire, qui, pendant sa longue carrière, a tanf contribué aux progrès de l'instruction, répond le 5 mars: aEn principe, quoi de plus juste que de contraindre les familles à soigner l'intelligence de leurs enfants comme on les contraint de soigner leur corps, mais, dans l'application, que de difficultés! »
La Société d'émulation de Montbéliard proposa, le 48 novembre 4860, un prix de 400 francs, pour l'auteur du meilleur «iérax)ire sur Les avantages quil y aurait à rendre T instruction obligatoire et les meilleurs moyens à employer pour atteindre ce but. Le prix fut décerné, le 23 août 4864, à M. J. Parez (de Neuchâtel). Sur 25 mémoires, 23 réclamaient l'obligation.
1 . Dans un petit livre intitulé : De l'imtiuction primaire obligatoire au point de vue de Vhygiène et de la moralité des classes pauvre^ M. Guibert, docteur en médecine, déclare que a la promulgation en Belgique d'une loi sur rinstruction primaire obligatoire doit être conddérée comme une nécessité sociale. » M. Emile Laveleye conclut dans le même sens. C'est aussi l'opinion de M. Altmeyer qui recommande, entre autres mesures, Tinterdiction du remplacement pour les illettrés, la réduction du temps de service en faveur des autres, le refus de tout congé à ceux qui refusent d'apprendre; la privation des secours publics ; l'attribution au conseil de famille et au ministère public du droit de citer le père devant le tribunal civil pour le contraindre à remplir les obligations imposées par l'article 203 du Code ; la privation pour l'illettré d'exercer ses droits civiques et politiques et IMncapacité pour lui d'obtenir aucune place, même la plus obscure, dans la commune, la province ou le gouvernement.