P. Gaston Sortais: Crise du Libéralisme, p
l'on n'enseignera qu'une langue et qu'une même religion, pour qu'à l'avenir tous les citoyens se comprennent, s'entendent, pensent de la même façon et soient ainsi plus unis dans la poursuite du bien commun; tout cela est très utile à la grande patrie; donc, moi, parlement d'Ottawa, j'ai le droit d'instituer de telles écoles dans toute la Puissance du Canada.
Et dire que quelques-uns de nos contradicteurs ont osé faire valoir à l'appui de leur thèse cette menace de l'école:nationale! «Si nous n'avons pas l'instruction obligatoire, disent-ils, on nous imposera l'école nationale.»
Oui, c'est cela, reconnaissons enfin un principe, Par nous repoussé jusqu'ici, qui légitimerait l'institution d'écoles nationales, et soyons sûrs qu'ensuite Ottawa se gardera bien de l'appliquer.
Ouvrons-lui la porte toute grande, afin de l'empêcher d'entrer chez nous. Proclamons bien haut l'argument de l'utilité publique, et faisons-en une application concrète sur une petite échelle, et on sera bien trop délicat pour en user en grand, quand il s'agira de nous imposer cette école.
Mais on m'objecte aussitôt que, d'après la Constitution de 1867, l'éducation appartient aux provinces.
— Est-ce que, d'après la Constitution, non pas de 1867, mais de toujours, l'éducation ne relève pas des parents? Cette constitution est divine, tandis que l'autre est simplement humaine. Et, cependant, vous voulez en prendre à votre aise avec elle, au nom de l'utilité publique. Pourquoi
nos ennemis ne pourraient-ils pas en faire autant pour l'autre, en vertu du même principe? Ils pourraient même l'invoquer pour changer Ia Constitution qui, différemment de celle de la famille, n'est pas intangible, elle.
Que l'État recoure équitablement à l'argument de l'utilité publique pour mieux accomplir sa fonction secondaire, nous en sommes. Qu'il s'efforce depromouvoir la prospérité générale enaidant, encourageant, stimulant les libres initiatives privées : qu'en vue de l'utilité publique il fasse appel au patriotisme des familles pour les induire à favoriser par une éducation plus soignée de leurs enfants le progrès agricole, commercial et industriel de la province, fort bien; tout cela est dans l'ordre et digne de louanges. Mais que, à cet effet, il envahisse le domaine de la famille, qu'il y commande! c'est un désordre et une atteinte portée aux droits, que, de par sa fin principale, il est tenu de protéger.
Donc, sommes-nous en droit de conclure après ces développements: La loi d'instruction obligatoire qu'on propose, loin d'être nécessaire à la fin principale de notre société, lui est au contraire, opposée; elle n'est pas même conforme à sa fin secondaire.