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PREMIÈRE PARTIE Pareille loi n'est pas urgente

L'urgence d'une telle loi ne saurait provenir que des raisons suivantes: 1° de ce qu'il n'y a pas actuellement, dans la province de Québec, assez d'enfants qui apprennent à lire, à écrire et à compter pour pourvoir aux emplois qui exigent cette instruction; 2° de ce que nous avons un trop fort pourcentage d'enfants qui ne fréquentent pas les écoles.

Écoles techniques—M. Macherac

Or, le premier fait est loin d'être manifeste, au contraire. Ne pourrait-on pas dire qu'il y a plutôt course aux emplois de petits commis et fuite des travaux qui, tout en bénéficiant sous certains rapports de l'instruction, ne nécessitent pas cependant de l'instruction. M. Macheras, directeur général de l'enseignement technique dans la province, l'a constaté dans le milieu où il exerce son action féconde. «Certains jeunes gens, dit-il (La Presse du 20 décembre), bien doués, mais mal «renseignés, semblent considérer un métier comme «un fardeau et avoir une certaine aversion pour «les professions manuelles». Et comme confirmation, il ajoute plus loin: «Il est à souhaiter que «ceux qui rentrent à l'École technique y restent «jusqu'à la fin de la troisième année. Dans l'état «actuel, sur 100 élèves nouveaux, 30 à 35 seulement «parviennent au terme de leurs études.»

Si nos jeunes gens ont ainsi, en trop grand nombre, horreut des travaux manuels, même quand ces travaux devront consister, comme c'est ici le cas—dans des «emplois de contremaîtres ou de chefs d'ateliers,» il faut donc arguer de là que notre jeunesse, en trop grand nombre, aspi:e à quelque chose de plus distrayant—de moins forçant, et qu'elle se détourne à plus forte raison des fonctions qui, rigoureusement parlant, exigent peu ou point d'instruction. L'urgence d'une loi d'instruction obligatoire est donc loin de se faire sentir. sous ce rapport.

Qu'on ne nous accuse pas de fausser la pensée de M. Macheras. Nous ne faisons que tirer une conclusion légitime, croyons-nous, d'un fait qu'il a constaté, comme tout le monde. Il le signale dans l'intention, d'en tirer lui-même une autre conclusion, qui n'exclut pas la nôtre. Est-ce l'’:-truction obligatoire ? Non pas... Bien qu'il dé::'re le nombre relativement trop petit d'élèves figurant au cours modèle et académique en nosécoles primaires, il ne le rend pas Principalement responsable du maigre recrutement de l'école technique et il conclut seulement qu'il faut travailler à refaire la mentalité des jeunes gens et des familles, au sujet des travaux techniques.

A notre avis, c'est là le point capital. M. Macheras dit que «le manque d'encouragernent pour ces travaux est autant d'ordre social que scolaire». Il l'est beaucoup plus. Déterminons un mouvement vers ces travaux, et l'École technique, dans une grande ville comme Montréal, ne manquera

pas d'élèves sortant de nos écoles, suffisamment préparés à y suivre les cours. Ils y afflueront, étant donné que les parents alors n'y enverront pas, comme j'en ai connu, que le fils trop peu doué pour aspirer à mieux. Il faut nous rappeler que, d'après des statistiques récentes, soigneusement contrôlées et intelligemment expliquées, M. l'abbé Maurice conclut «qu'en général», à Montréal, nous sommes assurés de 6 à 7 ans de fréquentation scolaire de la part des élèves ordinaires. Or, six à sept ans constituant la généralité implique qu'un gros nombre doivent fréquenter l'école pendant huit à neuf ans. Qu'il y ait déchets parmi ces routiers de l'école, le nombre, relativement restreint de ceux qui sont au cours modèle et académique, l'indique assez. A quoi cela tient-il ? au programme? aux maîtres? La compétence nous manque pour y répondre. À coup sûr, ce n'est pas au nombre trop restreint d'années de fréquentation scolaire, comme il appert plus haut.

Conséquemment, l'urgence d'une loi d'obligation ne ressort pas de là non plus. La loi, comme le dit équivalemment M. l'abbé Maurice, enfoncerait une porte ouverte. Elle n'aurait pas de materia circa quam. Hormis qu'on veuille instituer l'instruction obligatoire jusqu'à 15, 16 ans.

Notons en passant que les statistiques ne tiennent pas compte du nombre, assez considérable, des élèves qui, après 6, 7, 8 ans d'école, s'en allant dans les couvents et les collèges commerciaux et classiques, grossissent encore le chiffre de ceux qui fuient les travaux manuels et dimi- ‘ent naturelle-

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