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ment le pourcentage officiel de la fréquentation des cours modèles et académiques dans nos institutions primaires.
Que de choses dont il faut tenir compte dans l'interprétation des statistiques! Et combien à plaindre sont les esprits simplistes qui, constatant une imperfection ou un mal, veulent tout de suite le guérir sans en chercher la cause et appliquer à priori un remède qui n'a que peu ou point de lien avec le salutaire effet à produire, voire même qui, de sa nature, accentuera un autre mal que nous avons également à déplorer!
En fait, nous sommes en face d'un problème compliqué. Deux lacunes sont signalées ou, sion le préfère, deux maux sont à combattre. D'une part la désaffection croissante de la jeunesse pour les emplois qui ne requièrent guère d'instruction, d'autre part le nombre trop peu considérable d'élèves qui, suffisamment Préparés, se présentent à l'École technique, où se forment la main d'œuvre experte, les contremaîtres et les chefs d'atelier. Comment remédier à tout cela ?
Quelques-uns ont vite trouvé la solution: «Instituons l'école primaire obligatoire.»
Mais, nous avons constaté que votre loi d'obli- Bation, puisque la généralité des enfants fréquentent l'école pendant 6 à 7 ans, —n'atteindrait qu'un petit nombre de récalcitrants. Et supposé qu'elle fût envers ceux-ci réellement efficace, sans solutionner la seconde, vouscompliquez la première partie du problème. Car l'instruction primaire berfectionnée que vous aurez alors universellement
répandue n'est pas, de sa nature, propre à combattre la désaffection de la jeunesse pour les emplois manuels. Elle se croira les mains trop délicates, trop blanches et trop propres pour cela. Elle aspirera à plus haut et à moins éreintant.
Et, ajoutons-nous, vous ne résolvez pas, en revanche, la seconde partie du problème. Car il est plus que douteux que les quelques pères de familles ainsi contraints à envoyer leurs enfants à l'école primaire jusqu'à quatorze, quinze ans, soient bien empressés ensuite à les mettre à l'école technique avec la perspective de $120 à dépenser: sans compter les frais d'entretien et les billets de tramways pendant trois ans de plus.
Ce n'est pas à la contrainte qu'il faut en appeler en pareille occurence. Ce n'est pas même au simple devoir de charité: c'est à l'amour, à l'esprit de sacrifice, au dévouement. Et il est à parier que M. Macheras ne désire pas et ne compte pas du tout recruter ses élèves parmi les enfants de parents qui ne les auront envoyés à l'école primaire que sous le coup de menaces. Ce seraient pour lui des «indésirables».
Aussi M. Macheras, qui ne se grise pas de mots, n'en appelle nullement à l'instruction obligatoire. Il suggère des moyens pratiques. D'autres que lui et avec lui suggèrent une modification du programme, une amélioration du personnel enseignant etc., etc., des moyens enfin qui ont une relation de cause à effet avec l'objet désiré.
Les Hautes Études commerciales
Outre les promoteurs et les organisateurs de la formation technique et industrielle, il y a les directeurs du haut enseignement commercial qui constatent aussi des lacunes en nos écoles primaires et y vont naturellement, comme les autres, de leurs récriminations et de leurs suggestions. C'est leur droit et leur devoir.
L'urgence d'une loi d'obligation ressort-elle plus au point de vue commercial qu'au point de vue industriel ? Voyons un peu.
Faisons remarquer tout d'abord que le problème obsédant de la désaffection de notre jeunesse pour les travaux qui requièrent peu ou point d'instruction, doit nous faire réfléchir encore plus ici que tout à l'heure. Plus on universalisera l'instruction perfectionnée et commerciale moins il se lèvera de mains et de bras naturellement pour réclamer les rudes besognes, moins de jeunes gens sauront allègrement s'y résigner.
Néanmoins il faut aussi largement promouvoir la finance et le commerce, c'est évident. Est-ce que, à cet effet, l'urgence de l'instruction obligatoire se fait sentir ? Ou mieux, celle-ci mèneraitelle au but qu'on se propose ?
MM. Laureys et de Bray
MM, Henri Laureys et À.-J. de Bray, respectivement directeur et ex-directeur de l’École des Hautes Études commerciales, ont également ex-
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primé leur avis, leurs regrets et leurs vœux dans la Presse des 17 et 18 décembre.
Le premier, M. Laureys, fait ressortir l'utilité et la nécessité du haut enseignement commercial, «pour former des homn :s d'affaires instruits qui «seront à même de résoudre les grands problèmes «économiques dont l'essor commercial du Canada timposera la solution dans un avenir probable- «ment très rapproché. Pour en bénéficier ce- “pendant il faut une préparation spéciale et suf- «fisante. Or, dans notre province, celle-ci fait fré- “quemment défaut.»
S'en prend-il à l'école primaire ? Évidemment non. Elle ne saurait être la pourvoyeuse d'élèves pour son École, qui suppose une formation quasi classique, une formation générale ou tout au moins un cours intermédiaire qu'il voudrait voir instituer.
D'instruction universelle obligatoire, il n'en est pas question. Il nous fournit même un argument pour démontrer qu'elle n'est nécessaire, pour leur essor, ni à l'enseignement technique, ni à l'enseignement commercial.
Au cours de son interview, on lit en effet:
«Les peuples les plus entreprenants et les plus
favorisés de la fortune ce sont ceux chez lesquels
on a donné un grand essor à l'enseignement technique et commercial. La suprématie de l'Allemagne, avant la guerre, la richesse de la Belgique sont dues aux nombreuses écoles de ce genre que possèdent ces nations.»
Donc de telles écoles et leur grand essor ne sont pas dus à l'instruction obligatoire, puisque celle-ci
fe
n'existe en Belgique que depuis juin 1914, deux mois à peine avant la guerre.
Si l'instruction obligatoire est urgente pour donner de l'essor à l'industrie et au commerce, il y a lieu de se demander comment il se fait que l'une et l'autre aient pris sans elle un si grand essor en Belgique, et, surtout, pourquoi la Belgique a tant tardé à l'instituer, quand l'exiguité de son territoire la contraint, Pour vivre et s'enrichir, au perfectionnement dans tous les domaines: commercial, agricole et industriel. Nous n'en sommes pas réduits à cela, nous, avec notre vaste pays, Principalement agricole, et, en bonne partie encore non défriché. Le perfectionnement s'impose beaucoup moins impérieusement à celui qui, au lieu d'un jardin, a toute une grande terre pour vivre.
M. Henri Laureys donc, tout comme M. Macheras ne se paye pas de mots et n'a pas battu la campagne à travers l'instruction obligatoire.
Nous voudrions pouvoir en dire autant de M. de Bray. Mais il nous faut bien avouer que, à propos de haut enseignement commercial, il a fait incursion dans de trop multiples domaines.
D'après lui, l'enseignement primaire «devrait être obligatoire jusqu'à l'âge de treize ou quatorze ans.
Nous répondons à ceci: les quelques parents récalcitrants, visés par une telle loi, n'enverront jamais leurs enfants aux Hautes Études. C'est évident. Au point de vue où se place M. de Bray, la loi, loin d'être urgente, serait donc parfaitement inutile.
Il dit «qu'il ne faut pas avoir peur d'innover et de faire table rase de toutes les vieilles méthodes».
L'iconoclasme est détestable et sera toujours désastreux, surtout en matière d'éducation, chose infiniment délicate, que l'on doit perfectionner lentement, sans soubresaut et sans heurt, en tenant compte du milieu ou elle évolue, ainsi que de l'âme et des traditions nationales qu'on ne saurait rompre brusquement, en utilisant tout ce qu'elle renferme de bon et de précieux, jugé tel par l'expérience et le temps, par nos prédécesseurs, qui n'étaient pas des imbéciles et qui ont même eu un sens plus avivé et plus profond de la nature humaine que nos contemporains.
«Faire table rase de toutes les vieilles méthodes» d'éducation, c'est vouloir recommencer à neuf en mettant au rancart, non seulement ce qui convient moins bien aujourd'hui, mais encore ce qui a fait par le passé et fera toujours notre succès et notre gloire; c'est vouloir, imposer à nos enfants un habit tout fait de préférence à celui fait sur commande, en bonne étoffe du bays, et ajusté à leur taille par de braves tailleurs de chez nous. Ceux-ci du reste, sont passablement au fait des nouvelles méthodes et savent les appliquer autant, mais pas plus, qu'il faut.
Un ministre de l’Instruction publique
Et pour «faire table rase de toutes les vieilles méthodes», M. de Bray suggère l'établissement d'un ministère de l'instruction publique. Ce serait certainement là un excellent moyen de raser
le passé. Ce serait la besogne du premier titulaire, à ce poste. A l'accession d'un nouveau parti au Pouvoir, ou simplement d'un nouveau ministre de l'instruction, celui-ci se chargerait de faire table rase des méthodes deson prédécesseur. Chacun, à tour de rôle, en quête de nouveautés ferait ses essais pédagogiques sur l'intelligence et l'âme de nos enfants, tanquam in anima vili,—comme cela s'est pratiqué en France au grand détriment de l'éducation.
Voilà pourquoi nous comprenons difficilement comment M. de Bray ait pu écrire: «Le manque de «continuité que je déplore n'existerait pas avec un «ministère de l'instruction publique, dont une «partie de la mission serait d'établir des pro- «grammes d'études. »
N'est-ce pas là, une gageure? Est-ce que le surintendant et le Conseil d'Instruction n'ont pas cette mission? YŸ seraient-ils, par hasard, inférieurs ? Certes, restons-en aux vieilles méthodes, si les nouvelles doivent ainsi nous conduire au renversement de l'ordre logique dans le raisonnement et dans la nature des choses, si, d'après les nouvelles méthodes, ce qu'il y a de plus instable et de moins continu, — un ministre quelconque politique, — doit désormais remplacer un surintendant intelligemment choisi et inamovible, afin de créer enfin la stabilité et la continuité dans nos programmes d'études.
M. de Bray est moins que d'autres au fait de nos mœurs politiques, au Canada. Mais peut-il
ignorer que partout l'immixtion dans l'éducation soumet celle-ci à fluctuations ?
de la politique de continuelles
L'auteur du «Clash» et notre système scolaire
Qu'on nous permette, à ce sujet, de résumer quelques paragraphes d'un maître livre-The Clash- Publié récemment Par un protestant de l'Ontario. L'auteur, esprit ouvert et à j ugement sûr, fait res- Sortir toute la supériorité de notre Système d'en- Seignement, sans Ministre ni Contrainte scolaire,
sur celui de l'Ontario avec ministre et instruction obligatoire.
l'instruction publique, comme dans huit de nos Provinces sur neuf ? D'abord, remarque M. Moore les parents n'ont rien à dire dans son choix: ils élisent le Bouvernement, mais c'est le Premier ministre qui désigne ses collègues et leur assigne leur Poste, tenant plus compte des nécessités politiques que des besoins de l'éducation. Peut-il choisir l'homme le mieux qualifié ; Hélas! son choix est limité aux seuls députés qui apPuient sa politique : il doit prendre dans le tas. Il peut tomber sur un député rural, qui ne connaît rien de rien aux écoles de villes, ou sur un député urbain, qui ignore