TROISIÈME PARTIE
La loi serait quasi inapplicable
Témoignas : de M. Pierlot
Une loi d'instruction obligatoire serait-elle applicable dans notre province? La réponse est facile à donner et facile à justifier, mais plusieurs préféreront entendre d'abord, sur cefpoint parti-
culier, le témoignage absolument désintéressé de l'homme le mieux renseigné peut-être sur notre régime scolaire, M. Hubert Pierlot, un avocat de Belgique, dont la thèse de doctorat porte le titre: Le système scolaire de la province de Québec, et reste l'ouvrage le plus complet que l'on possède sur ce sujet. M. Pierlot ne pouvait être influencé par les préventions locales ou les discussions maintenant en cours. Or, que dit-il sur ce point ? Voici ses propres paroles: «La question de l'instruction obligatoire ne se pose même bas, parce que ce serait une impossibilité en ce pays.»
M. Pierlot, qui n'a pas coutume de parler pour ne rien dire, considère seulement ici une loi applicable et appliquée, non pas le joli plan que certains architectes idéalistes nous font de châteaux en Espagne.
D'ailleurs il suffit d'avoir une paire d'yeux et de les ouvrir pour se rendre à l'évidenec qu'une loi de contrainte scolaire est inapplicable dans la province de Québec et restera nécessairement inappliquée.
Le recensement de 1911 (le dernier) ne mentionne pas dix villes de la province dont la population atteint 10,000 âmes, et sur les neuf villes ainsi classées, deux (Maisonneuve—annexée depuis—et Westmount) peuvent être considérées commes des faubourgs de la métropole. Treize autres villes seulement atteignent une population de 5,000 âmes. C'est dire, aussi clairement que possible, que la population de la province n'est pas une population surtout ouvrière et groupée, mais bien une population agricole et disséminée sur un territoire immense.