LES FRÈRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE
Parmi les bienfaits dont la France a l'obligation à la religion, Ton doit placer au premier rang l'introduction dans les écoles primaires des frères de la Doctrine chrétienne.
Issus presque tous de la classe du peuple, leurs mœurs simples, leur merveilleuse aptitude a l'enseignement, leurs principes sûrs, leur dévoûment inaltérable à la carrière toute d'abnégation qu'ils ont volontairement choisie, établissent entre eux et l'ouvrier des villes, non moins qu'avec le paysan des campagnes, un lien étroit de sympathique confiance.
Orléans les reçut le 9 octobre 1740 et en fut rede-
vable à la sollicitude de son évêque, M* r Joseph de Paris. Ce prélat leur fit don d'une maison sise dans la rue Saint- Euverte, et les y installa au nombre de douze. Ce fut de la que sortirent ceux que quelques paroisses obtinrent pour tenir leurs écoles.
La petite communauté jouissait d'un revenu total de 1,129 liv., composé de ce qui suit :
Sur le roi 100 liv.
Sur le clergé et les chanoines réguliers de Sainte- Geneviève 600
Sur les États de Languedoc 100
Sur la succession de feu Mt' r Paris, évêque d'Orléans. 299
Par Simon Darnault, de Saint-Marc (1) 30
L'évêque d'Orléans, en 1743, dépensa 3,385 liv. 7 s., pour l'installation de celte école, et l'année suivante 1,759 liv. 7 s. Ces deux sommes furent employées eu travaux de maçonnerie, pavage, charpenterie, menuiserie et couverture.
La paroisse de Saint-Euverte conserva quatre frères; les autres allèrent diriger des maisons scolaires a Saint- Donatien, Saint-Pierre-le-Puellier, Saint-Laurent, Saint- Paterne, Recouvrance et Saint-Marceau, et partout le logement leur fut fourni par les fabriques. Nous avons déjà eu l'occasion de parler de ces différentes classes, loisque nous nous sommes occupée des paroisses dans lesquelles elles étaient établies. Mais ce que nous n'avons pas dit, c'est que leur enseignement était tellement apprécié que, lorsque les écoles de la ville furent réduites au nombre de douze, c'est-à-dire à une par sec- Ci) Fonds des écoles de charité.
lion (1), le conseil général, se souvenant des services qu'ils avaient rendus, refusa de procéder a leur retn- ' placemeut par des laïcs, comme le demandaient les sections, et décida qu'on se contenterait de pourvoir aux vacances a mesure qu'elles se produiraient (11 octobre 1792) (2).
Le vote émis en 1792 par les sections, et que le conseil général n'avait pas alors accueilli, le fut, au contraire, avec faveur eu 1793. Mais, pour chasser tout d'un coup des écoles ces maîtres expérimentés qui avaient la confiance des familles, on se heurta a quelques obstacles. Si les sections demandaient le renvoi des frères, le peuple, beaucoup moins enthousiasmé du laïcisme, réclamait leur maintien. Le dévoûment de ces bons religieux se prêtait volontiers au désir des familles; mais la suppression de tout traitement allait les contraindre de donner satisfaction au mauvais vouloir du district.
Il résulte en effet, d'une requête adressée aux administrateurs par le frère Benoît Téray, supérieur, que depuis 1791, lui et les autres membres de sa communauté n'avaient touché aucun traitement du bureau des finances et du clergé de France, et qu'ainsi leurs dettes montaient à 2,135 liv. dont ils ne pouvaient s'acquitter, tandis qu'il leur était dû 1,700 liv., plus le traitement de dix frère* qui, d'après la loi, formait un total de 3,000 liv. II faisait valoir, en outre, qu'en exerçant les fonctions d'instituteur depuis quarante-quatre ans, il avait droit tout au moins a une pension de retraite ; que
(1) Voir Lottin, Essais historiques, t. I, p. 260.
(2) Arch. dép., fonds de l'inst. pub., district d'Orléans, série L.
ses collègues et lui avaient prêté le serment civique dès la première réquisition, et qu'enfin, quelles qu'eussent été les circonstances, leurs classes n'avaient jamais cessé d'être gratuites.
La réclamation de Benoît Téray devait provoquer une enquête ; elle eut lieu, et il fut constaté que des enfants de toutes les paroisses fréquentaient les écoles des frères;
Qu'elles recevaient des écoliers de tout âge, depui$ dix ans jusqu'à vingt-deux et vingt-trois ;
Qu'on y donnait des leçons d'arithmétique, d'écriture, de tenue des livres et de physique.
Le district remit à statuer sur cette requête jusqu'à ce que la nouvelle organisation de l'enseignement qui s'élaborait eût été arrêtée.
Le résultat de cette première élaboration fut la fermeture de toutes les maisons d'éducation et d'instruction publique.
En attendant, les frères étaient en butte aux mesures les plus vexatoires. Dénoncés le 19 juin 1793 comme continuant leurs cours sans avoir, disait-on, prêté le serment, ils se virent accusés d'incivisme, et, avant même que la mesure générale qui devait frapper tous les autres centres d'études eût reçu son exécution, leur suppression fut décidée. C'était la récompense décernée à. leur talent d'instituteurs aussi bien qu'a leur incomparable dévoûment.