ÉCOLE D'ARITHMÉTIQUE ET D'ÉCRITURE DE LA VILLE D'ORLÉANS
Bien avant Tannée 1731, en laquelle on fonda à Orléans une école gratuite d'écriture et d'arithmétique, il y existait, on Ta vu, des maîtres de ces sciences élémentaires, que nous trouvons, du reste, généralement associées aux connaissances qu'on enseignait dans les écoles primaires.
Ces maîtres, surtout avant l'usage de l'imprimerie, étaient si nombreux qu'ils s'étaient groupés en une corporation connue sous le nom de confrérie des écrivains (1), et presque tous joignaient à leur classe d'écriture et d'arithmétique un cours de grammaire. Ils étaient en conséquence considérés comme de véritables maîtres d'école ; et c'est sous ce dernier titre, aussi bien que sous celui d'écrivains, qu'on les désignait au XVI e siècle dans les actes, quoiqu'ils ne tinssent pas les écoles paroissiales de charité, mais seulement des tutelles. En tant que professeurs libres, ils n'admettaient point les enfants à des leçons gratuites; et si leur enseignement profitait aux familles aisées, il était a peu près nul quant aux ressources qu'il pouvait procurer à la classe peu fortunée. Le duc d'Orléans résolut de remédier à cet état de choses et créa, en 1731, une école spéciale d'écriture et d'arithmétique uniquement fréquentée par les enfants pauvres. Il affecta a cette fondation un
(1) C'est à cette confrérie qu'est due la fondation de. V aumône de Saint-Paterne.
revenu annuel de 6,000 liv., plus trois cordes de bois, tant pour le chauffage des élèves que pour celui du professeur. Les écoliers, au nombre de 24, étaient fournis moitié par les familles indigentes de la ville, moitié par l'hôpital. La nomination de ceux-ci appartenait aux administrateurs de cet établissement.
En 1757, on porta de 12 a 18 le nombre des pensionnaires de la ville, et la municipalité augmenta de 75 liv. et de deux cordes de bois les émoluments annuels du professeur. Enfin, quelques années plus tard, un supplément de 300 liv. lui fut encore accordé ; on le prenait sur la subvention de 16,000 liv. que le duc d'Orléans versait annuellement dans la caisse de la société philanthropique, c'est-à-dire du bureau de charité de M. de la Manerie.
L'utilité incontestable d'un tel établissement, la faveur avec laquelle son apparition fut accueillie par toute la ville, et les services réels qu'il rendait déjà à la population, lui méritèrent de la bienveillance du corps municipal un nouveau supplément de 300 liv. On imposa toutefois au directeur, M. Duplessis, de recevoir six enfants de plus, ce qui portait à 36 le nombre total des écoliers.
L'école d'arithmétique et d'écriture demeura sur ce pied jusqu'en 1789. La caisse philanthropique ayant à cette époque retiré sa subvention, il fallut ramener la fondation aux termes des conditions arrêtées en 1757; mais la ville ne se résigna qu'à regret à cette modification que les événements lui imposaient. Peu de temps après, la municipalité eut de nouveau la pensée de rétablir l'école sur les bases où elle se trouvait avant la réduc-
tion, et elle s'adressa au district pour en obtenir un secours. Le district encouragea les échevins et loua beaucoup l'objet de leur demande. Il déclara qu'en effet, une école si utile méritait bien qu'on s'imposât en sa faveur quelques sacrifices, et il exhorta finalement les solliciteurs a profiter de la permission qu'il leur accordait généreusement d'y pourvoir comme ils l'entendraient (1).