‹ L'instruction primaire avant 1789 à Orléans et dans les communes de l'arrondissement d'après desChapitre 39 sur 71 · OBSTACLES A LA MULTIPLICATION DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

OBSTACLES A LA MULTIPLICATION DES ÉCOLES

On a voulu, nous le savons, rendre l'ancien régime, ou ce qu'on est convenu d'appeler de ce nom, responsable de l'absence d'écoles primaires dans quelques villages. Sans chercher a dissimuler cette accusation, nous espérons la voir s'évanouir devant un exposé impartial des faits. Mais, nous l'avons déjà dit, lorsqu'on signale nos ancêtres comme des obscurantistes ennemis de l'instruction des enfants des campagnes, est-on bien sûr

d'avoir loyalement examiné les causes qui, dans quelques localités, ont pu paralyser leurs bonnes intentions?

Certes, et ils Font prouvé, nos pères comprenaient, tout aussi bien qu'on le comprendra jamais, l'importance de l'instruction primaire. L'éducation de l'enfance était leur souci permanent; et c'était en cultivant l'esprit de la jeunesse qu'ils lui inoculaient en même temps les vertus qui font l'homme de bien, le citoyen dévoué a son # pays. Aussi, pour atteindre ce double but, ils ne se montrèrent avares d'aucun encouragement, ils ne reculèrent devant aucun sacrifice. C'est que nos aïeux aimaient d'un amour profond leur religion, leur famille, leur pays, aras et focos, et ils ont conquis, a l'une des époques les plus désespérées de notre histoire, le droit de s'identifier cette devise : Dieu et pairie, dont les échos, partis en 1428 du vieil Orléans, résonnent encore de nos jours dans notre ville, où se perpétuent les généreuses traditions qui firent jadis sa gloire.

Un reproche grave, s'il était fondé, est fait trop souvent k l'époque qui a précédé la nôtre ; nous ne l'avons pas dissimulé. Mais pour lui donner plus de précision encore, examinons sur qui il doit retomber. Serait-ce sur le clergé? Les laïcs, au contraire, seraient-ils responsables?

Quant au clergé, nous ne pensons pas qu'il puisse être accusé d'avoir laissé les écoles en dehors de sa sollicitude. Pendant neuf siècles, nous l'avons vu a l'œuvre, et il ne cessa jamais de pourvoir, par des allocations souvent considérables, à ce que de nombreux centres d'instruction fussent établis partout où les nécessités des

populations les réclamaient (1). Est-ce tout? Pendant une période plusieurs fois séculaire, il fut seul a alimenter ces foyers bienfaisants où se retrempe la vie de l'intelligence.

Plus tard, les laïcs, a leur tour, s'associèrent de leur bourse et de leur cœur à ce généreux élan : MiM. Tranchot, Jogues de Bouland, Masson de la Manerie, Antoine Masson et une multitude d'autres encore, y dépensaient leur temps et leur fortune presque entière ; et la longue liste de donations que nous avons commencé k dérouler, et que nous compléterons dans cette seconde partie, est la preuve saisissante de l'importance qu'attachaient nos pères a la diffusion de l'enseignement. Cette diffusion n'est donc pas une idée nouvelle, issue soit du protestantisme, soit de l'époque révolutionnaire; c'est tout simplement la continuation ou plutôt l'application des préceptes de l'Église, a laquelle ses enfants n'ont cessé de travailler. Seulement, les écoles, autrefois, étaient placées sous le contrôle immédiat du clergé, tandis qu'elles sont tombées aujourd'hui dans le domaine laïque (2).

(1) Sans parler ici des nombreuses constitutions de rentes faites par le clergé de France en faveur des écoles primaires, et que nous avons si souvent rencontrées au cours de cette étude, nous nous contenterons de rappeler que le chapitre de l'église d'Orléans pourvoyait d'une façon toute spéciale au besoin des écoles dans les lieux de sa juridiction. Le scholastique ou son délégué les visitait fréquemment et faisait aux moins bien dotées de fréquentes distributions. (Rèpert. des titres du chapitre, t. II, p. 234 et passim. Ms. de la bibl. de l'Évêché.)

(2) Si l'Église fut la première motrice de l'instruction et seule, pendant de longs siècles, la dirigea dans la voie du progrès, ce serait manquer d'équité que de ne pas reconnaître l'appui que lui prêta le pouvoir civil. Un grand nombre de déclarations et d'édits

Ce changement de direction aurait-il rendu les écoles d'aujourd'hui plus florissantes et plus fréquentées que celles d'avant 1789?

Maîtres et écoliers comprennent-ils mieux leurs devoirs respectifs?

Les uns s'acquittent-ils de leur laborieuse tâche avec un dévoûment plus absolu, un zèle plus prompt, un désintéressement plus parfait?

Les autres se montrent-ils plus respectueux, plus studieux et plus dociles?

Nous laissons a de plus versés que nous dans l'analyse de ces questions complexes et délicates à en chercher la solution. L'exposé véridique que nous avons présenté de l'instruction,* telle qu'elle se distribuait dans les petites

royaux, encore existants, font foi que sur ce point l'Église et l'État étaient dans des sentiments identiquement semblables. Quand les dissensions religieuses du XVI e siècle qui avaient fait naître, d'un bout à l'autre de la France, une scission profonde d'opinions, furent un peu apaisées, Louis XIV pensa qu'il n'était pas de meilleur moyen d'y apporter remède, et surtout d'en prévenir le retour, que de faire donner à tous les enfants, catholiques comme protestants, une éducation unique. Il décréta alors l'instruction obligatoire pour tous ; et comme les maîtres devaient justifier de la pureté de leurs doctrines, il se flatta de ramener de la sorte les dissidents à l'antique religion nationale, a Enjoignons, portait l'édit du 13 décembre 1698, à tous pères, mères, tuteurs et autres personnes qui sont chargées de l'éducation des enfants, de les envoyer aux dites écoles et au catéchisme jusqu'à l'âge de quatorze ans (*). » Et pour que les paroisses, qui en manquaient encore, ou dans lesquelles les guerres civiles les avaient supprimées, ne pussent pas arguer de leur déficit pour se montrer réfractaires, il en poursuivit la création dans tous les centres de population.

(*) Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises, t. XX, p. 317, art. 10. — Et déclaration du 16 octobre 1700, ib., p. 871.

écoles, suffit à notre tâche, et ce n'est que par les résultats que s'établissent les parallèles. Ce ne sont pas, après tout, les programmes et les méthodes qu'il convient de rendre responsables des progrès scientifiques et moraux plus ou moins rapides de l'élève; c'est surtout la façon dont on les applique. Or, ce que nous savons bien, c'est que la préoccupation dominante des éducateurs d'autrefois consistait à porter leur choix sur les maîtres les plus vertueux et les plus capables. C'est uniquement a la salutaire influence de ce principe strictement observé pendant des siècles, et au maintien duquel l'Église déploya sans relâche sa maternelle vigilance, que notre antique cité dut cet impérissable renom de loyauté qui est un de ses titres les plus honorables. Ce sont les fruits de l'éducation en honneur chez nos ancêtres qui ont germé et mûri dans ces familles que notre époque qualifie encore du beau titre de patriar châles , parce qu'elles ont pieusement conservé les traditions antiques et qu'elles dominent, de la hauteur de leurs vertus, jusqu'à la médisance et l'envie.

C'est grâce a nos vieilles écoles chrétiennes que le clergé et l'échevinage Orléanais occupent dans notre histoire provinciale une place si honorable.

C'est encore a cette forte et saine éducation dont la religion seule a le secret qu'il faut attribuer cet esprit général de charité et de compassion pour les faibles, qui inspira, du moyen âge à la plus grande partie du XVIII e siècle, tant de fondations admirables, et lit surgir

cette incomparable pléiade d'hommes et de femmes du

monde dont la vie tout entière se dépensa au service des déshérités d'ici-bas.

Nous ne voulons point être injuste envers notre

temps; nous saluons avec • respect , la où nous les rencontrons, toutes les vertus contemporaines. Mais nous nous sommes fait un devoir de tirer des faits les enseignements qu'ils comportent, et nous continuerons à pratiquer fidèlement cette philosophie de l'histoire, en faisant honneur a l'éducation de nos aïeux des exemples de désintéressement et de charité qu'ils nous ont transmis.

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