‹ L'instruction primaire avant 1789 à Orléans et dans les communes de l'arrondissement d'après desChapitre 40 sur 71 · ÉCOLES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

ÉCOLES PRIMAIRES

Afin de nous rendre un compte approximatif du nombre des écoles en exercice dans le département du Loiret avant 1789, nous avons pris, avons-nous dit, la circonscription administrative de l'arrondissement d'Orléans pour terme de comparaison. Les 106 communes qu'il renferme comptent ensemble 162,989 habitants, et il comprend, a lui seul, presque la moitié de la population totale du département, dont l'autre se répartit entre les trois arrondissements de Gien, Pithiviers et Montargis.

Sur les 106 communes rurales de l'arrondissement d'Orléans, près des deux tiers entretenaient une et souvent plusieurs écoles ; et encore ne parlons-nous ici que de celles dont l'existence se trouve officiellement constatée. Mais combien d'autre bourgs dans lesquels les guerres religieuses du XVI e siècle ont effacé toutes traces d'établissements d'instruction ! Dans certaines lo-

calités un peu moins éprouvées, quelques rares épaves survivaient encore ; mais le formidable ébranlement social du XVIII e siècle acheva l'œuvre de destruction commencée, et ces temps sont déjà trop loin de nous pour qu'une tradition orale certaine puisse suppléer a l'irréparable perte des documents.

Il se pourrait toutefois qu'un petit nombre de communes rurales où l'instruction primaire fleurit aujourd'hui n'eussent été, au cours des siècles précédents, l'objet d'aucune fondation scolaire; mais nous ajouterons que, parmi ces paroisses, il s'en trouve plusieurs que leur population trop restreinte avait dû forcément tenir en dehors de toutes les dispositions généralement appliquées (1), ce qui ne veut pas dire cependant que la jeunesse y vivait privée de tout enseignement élémentaire.

En rapprochant l'état de choses d'il y a seulement un siècle de celui d'à présent, l'on aperçoit toute une série d'obstacles matériels auxquels on ne songe pas assez, et qui suffiraient a expliquer l'apparente indifférence dont on accuse les deux siècles antérieurs a la crise du XVIII e .

Signalons tout d'abord l'état défectueux des voies de communication vicinales, obstacle réel et bien digne d'être pris en sérieuse considération.

Personne n'ignore combien, dans les villages, les

(1) La commune de Combreux, canton de Châteauneuf, se trouve particulièrement dans ce cas. Au siècle dernier, comme il résulte d'une enquête provoquée par les soins de l'évoque d'Orléans, elle ne comptait que quarante feux, et le bourg ne renfermait que deux maisons, dont l'une était un cabaret et l'autre le presbytère. (Ms. de Polluche, t. III, n° 461 bis. Réponses au questionnaire adressé aux curés des campagnes par l'évêque d'Orléans (vers 1770). Bibl. de la ville d'Orléans.)

habitations disséminées se trouvent parfois éloignées du siège de l'école. C'était en toutes saisons que de jeunes enfants devaient parcourir seuls, par des chemins défoncés, un trajet de cinq ou six kilomètres, au risque de tomber dans quelque fondrière (1) ou d'être surpris par les fauves rôdant aux alentours de la forêt.

Aujourd'hui un système de viabilité rurale suffisant met les piétons à l'abri de tels accidents, et les abords de nos champs sont débarrassés de leurs hôtes redoutables.

Enfin, il nous faut surtout insister sur une question importante que nous avons déjà signalée dès le début de cette étude : le manque absolu de ressources budgétaires.

Ici cesse naturellement tout point de comparaison entre l'enseignement ancien et moderne ; le moindre parallèle serait une injustice, car comment opposer des institutions largement soutenues des deniers de l'État a celles qui, bien que gratuites, ne tiraient leurs ressources que des dons volontaires de la charité individuelle? Comment assimiler dans leurs résultats des entreprises dont les moyens d'exécution diffèrent essentiellement?

(1) Les registres mortuaires de la paroisse de Chécy nous fournissent la preuve saisissante d'une assertion qu'on serait peutêtre tenté de reléguer dans la classe des hypothèses téméraires. Un acte du 9 lévrier 1738 relate l'inhumation d'un enfant de quinze ans tombé dans une ornière, rue de Lavuu, et étouffé dans la boue dont il ne put s'arracher. (Extrait des re^istrea de l'état civil de la paroisse de Ghécy, communiqué par l'eu M. l'abbé Guiot, ancien curé de cette paroisse.) — La rue de Lavau, convenablement entretenue, traverse aujourd'hui un hameau riche et populeux.

Pour notre part, loin d'être surprise que des établissements scolaires plus nombreux n'aient pas été créés dans tous les villages, nous nous étonnons au contraire qu'tvcc des ressources éminemment restreintes et livras presque partout aux incertitudes de l'avenir, nos aïeux en soient arrivés a créer un enseignement primaire si développé et si prospère. Assurément, dans les siècles antérieurs, tout n'est pas à admirer; mais sur bien des points ils valent mieux que la réputation qu'on veut leur faire, et les exemples de nos pères peuvent n'être pas toujours sans profit pour nous.

Qu'on ne se méprenne donc pas sur nos intentions lorsque nous nous livrons à cette revue rétrospective. Nous ne cherchons ni à décrier le présent, ni à l'amoindrir au bénéfiee du passé ; ce n'est pas dans ce but que nous avons affronté les difficultés de plusieurs années de recherches. Que chaque époque, comme il est juste, recueille le mérite de ses œuvres. Mais la tâche que . nous avons assumée, et que nous poursuivrons sans défaillance, c'est, après avoir enregistré les faits tels qu'ils ressortent des documents officiels, de faire pleinement apparaître le dévoûment constant de nos aïeux a l'œuvre essentiellement populaire de l'éducation des pauvres. Nous n'entendons les venger des accusations imméritées dont l'ignorance et la mauvaise foi se sont faites l'écho qu'en entourant d'une éclatante lumière les innombrables fondations charitables qu'on leur doit; et après que nous aurons achevé de dérouler la liste encore malheureusement incomplète, malgré nos efforts, des anciennes écoles de cette portion de la province orléanaise, Ton appréciera mieux que par des affirmations à

priori quel était, aux siècles précédents, l'état réel de l'instruction primaire (1).

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