DISPERSION DES ARCHIVES DES PAROISSES RURALES
Si l'époque lamentable des guerres de religion porta un préjudice immense a l'instruction, c'est surtout vrai quant aux écoles primaires des campagnes, que leur obscurité ne put soustraire au sort réservé à tout ce qui se rattachait à l'Église. Sans doute l'Église, en reprenant, après une série de douloureuses épreuves, le cours de son existence normale, rappela aussi les écoles k la vie; mais toutes deux avaient perdu leurs plus précieux trésors, leurs archives, perte d'autant plus
(4) Nous passerons en revue, dans un dernier chapitre, l'état de l'instruction pendant la période révolutionnaire; contentons-nous, pour le moment, de rappeler ici l'aveu peu suspect d'un coryphée du saint-si monisme, M. Michel Chevalier : « Depuis la Révolution de 1789, dit-il, nous avons étrangement rétrogradé en fait d'instruction secondaire. Avant 1789, le nombre des élèves fréquentant les collèges était triple ou quadruple de ce qu'il est aujourd'hui. » (Lettres sur l'Amérique du Nord, t. II, p. 485.) — Voilà le bilan de l'instruction secondaire. Voyons si l'enseignement primaire, après 1789, resta au moins florissant ; Grégoire va lui-même nous l'apprendre : « Sur plus de 700 districts, disait-il en 1794, 67 seulement ont quelques écoles primaires ; 16 seulement présentent un état qu'il faut trouver satisfaisant faute de mieux. Une lacune de six années a presque fait crouler les mœurs et les sciences. » Chaptal tenait le même langage eu 1801 : « L'instruction publique est presque nulle partout; les écoles primaires n'existent presque nulle part... »
irréparable que ces titres uniques contenaient toute l'histoire de leur passé.
Aiin de n'avoir plus à revenir sur ce sujet, nous nous bornerons, parmi d'autres exemples identiques, à reproduire une citation empruntée a un travail analogue au nôtre, déjà indiqué par nous, et qui se rattache aux paroisses rurales de la Beauce et du Gâtinais :
« Le 7 février 1563, chez M e Jehan Couste, notaire et tabellion, a la requête des vénérables chantre et chapitre de la collégiale de Saint-Georges de Pithiviers, en présence de M e Mercier, notaire pour le révérend évêque d'Orléans, des honorables hommes ont dit et attesté, juré et affirmé que, lors de la prise de cette ville par les réformés, qui fut l'onzième de novembre, feste de Saint- Martin 1562, l'église de Saint-Georges et celle de Saint- Salomon auroient été entièrement pillées... les titres, livres, papiers pour la plupart bruslés, rompus, perdus, transportez et adirez, etc.
« L'an 1568, un capitaine réformé a mis le feu a ung lieu contigu et joignant au clocher de l'église Saint- Georges, appelé le trésor de ladite église, où estoit grande quantité de registres, titres et papiers qui furent tous consumés par ledit feu (1). »
Cette page concerne la ville de Pithiviers; mais la douloureuse histoire qu'elle rappelle est celle aussi de bon nombre d'autres paroisses rurales de notre arrondissement, parmi lesquelles nous pouvons,- dès k présent, ranger celle de Chécy, dont les papiers communaux furent totalement anéantis. Ce fait est établi par
(1) Maggiolo, Les archives scolaires de la Beauce et du GâHnais, p. 7.
les lettres patentes de Charles IX qu'on trouvera à notre appendice (1). Nous avous recueilli touchant les communes de Saint-Denis et de Jargeau des témoignages non moins authentiques. Ainsi, nous lisons dans un vieux compte de gagers de Saint-Denis-de-1'Hôtel, pour Tannée 1719, cette note qui commence le registre : « Les troubles de la France commencés par les hérétiques calvinistes, aiant abattu la plus grande partie des églises du diocèse en 1567, la nostre le fut aussi, et la plus grande partie des tiltres perdue. Il ne se trouve point de compte que depuis; et le premier, qui est de 1577, il y paroist que Ton recommença k rebastir l'église, quoyque les troubles de la France ne fussent point encore finis et qu'ils durèrent jusqu'en 1598 (2). »
Ces citations suffisent, et le fait qui a donné lieu à de semblables constatations est assez connu pour rendre inutile toute insistance nouvelle. En outre, il ne nous a pas toujours été donné de retrouver les procèsverbaux ou les actes qui certifiaient le funeste sort de nos vieux titres paroissiaux, car une autre catastrophe nationale, non moins fatale aux archives communales de toute la France, est venue anéantir une notable portion de ce qui avait échappé à la vaste destruction du XVI e siècle. C'est pour ce double motif qu'il nous est parfois impossible de remonter jusqu'à la fondation des plus anciennes écoles primaires de nos campagnes.
(1) Voir pièce justificative XI.
(2) Fonds de la fabrique de Saint-Denis-de-1'Hôtel, registres des comptes des gagers de 1719, f° 32 r°. — Voir aussri pièce justificative XII.