BAULE
Éoole do filles.
C'est au fonds, malheureusement incomplet, des institutions de charité que nous empruntons les renseignements relatifs à l'instruction primaire dans cette coni
mune, et encore devons-nous nous contenter des indications les plus sommaires.
Les dossiers relatifs aux écoles de ' garçons semblent avoir complètement disparu du fonds où nous avons puisé. Le peu que nous avons pu appprendre de ces archives si maltraitées, et soumises a tant de causes de destruction, concerne rétablissement primaire des filles, qui aurait été propriétaire de deux rentes, Tune de 50 liv. que M me Perdoux-Desmazures lui constitua le 26 août 1707, et l'autre de 25 liv. due à la générosité d'un anonyme. L'acte portait Ja date du 21 mai 1711.
BOIGNY Éoole de garçons.
Il est hors de doute que la commune de Boigny renfermait une école de garçons; il paraît vraisemblable qu'elle en eut aussi une de filles ; toutes deux reconnaissaient M. Masson de la Manerie pour premier fondateur.
Cette conjecture repose sur le passage suivant d'un acte notarié passé k Paris le 16 juin 1750 (1), et que nous nous contenterons d'indiquer ici, car on le trouvera reproduit in extenso k notre appendice : « A la paroisse de Boigny 2,000 liv., dont pour les pauvres 1,000 liv. produisant 50 liv. de rente, et pour les écolles pareilles 1,000 liv. produisant 50 liv. »
(1) Voir pièce justificat. XX.
Il se pourrait encore que l'emploi du pluriel dans ce passage désignât une classe mixte.
Par son testament du i août 1729, en effet, M. Masson de la Manerie disposa d'un capital de 120,000 liv. produisant G, 000 liv. en laveur des maisons scolaires de charité, tant de quelques paroisses de la ville d'Orléans que de celles des campagnes environnantes, dans un rayon de trois lieues. Mais il laissait a ses légataires et exécuteurs testamentaires le soin d'en déterminer l'attribution. Or, le 16 juin 1750, près d'un an après le décès de cet insigne bienfaiteur de notre arrondissement, ses héritiers ayant provoqué la création d'un comité constitué sous la dénomination de bureau de charité, dont nous avons déjà fait connaître la composition (voir p. 28, note 5), firent entre les établissements les plus dénués la répartition des fonds destinés a cet usage. Les écoles de Boigny y participèrent pour une rente de 50 liv.
Pour ce qui est de leur fondation, nous en trouvons la trace dans un codicile de M. de la Manerie, dont nous reproduisons religieusement les termes :
« Je donne et lègue à la paroisse de Boigny la .rente de douze livres deub par les héritiers de la veuve Couros-Poinlasne et autres, sauf le droit de seigneur et celui du libre chemain et la redevance de six poulets, plus un demy-arpent de terre en pré prés la Planche, dans la prayrie de Boigny. Mon intention estant «pu» le tout serve à une écolle pour les enfants de la paroisse, qui doit y estre établie. » (Cod. du 27 avril 1744.)
Le genre de cet établissement n'étant pas déterminé, il pourrait se faire que la donation lut applicable, soit
a une classe mixte, soit à une école de filles encore en projet. M. de la Manerie, par le droit de seigneur, entend celui du fief de la Salle dont il était propriétaire; et il est naturel qu'il ait montré une sollicitude spéciale envers une paroisse où il faisait souvent sa résidence.
Les rédacteurs du rapport fait au district, en 1792, dans l'exposé qu'ils donnent, et que nous reproduisons, des revenus scolaires, n'attribuent a l'instituteur de la part de M. de la Manerie que les 72 liv. dont suit ci-aprùs le détail. Peut-être 20 autres liv. étaient-elles destinées au traitement de l'institutrice, car nous venons de voir qu'en 1750 les héritiers de M. de la Manerie affec- 'tèrent aux écoles de Boigny un revenu de 50 liv. en outre de la fondation contenue au testament dont nous avons donné la teneur. C'était donc pour l'instruction primaire 92 liv. au lieu des 72 qu'indique le rapporteur.
Voici, selon lui, de quelle façon se décomposait ce revenu :
1/2 arpent de pré évalué à 30 liv. de rente.
12 liv. de rente hypothéquée sur 12 arpents de terre. 30 liv. de rente par les mains de M. Boyetet (1), l'un des administrateurs du bureau de charité.
BOU lo Éoolo de garçons.
Bien que la commune de Bon ne fut qu'un bourg de
(1) Rapport des commissaires, i'o 37 r°.
peu d'importance, elle a cependant acquis une sorte de célébrité dans les annales ecclésiastiques du diocèse par le synode que Wauthier, évêque d'Orléans, y tint en 869. Le choix de cet humble village comme lieu de réunion d'une si grave assemblée tire son explication naturelle de ce que Bou se trouvait placé, dès une époque très-reculée, sous la seigneurie dominante de r évêque, qui y exerçait la juridiction spirituelle et temporelle.
Wauthier, pontife lettré et plein de zèle pour la diffusion de l'instruction dans son diocèse, comme l'attestent les ordonnances capitulaiies qu'il promulgua au sein de cette réunion synodale (1), avait dû vraisemblablement veiller a ce que, dans une paroisse de sa dépendance immédiate, elles reçussent, plus qu'ailleurs encore, une exécution prompte et entière.
L'instruction y avait donc été de tout temps en honneur; et si nous remontons vers les instigateurs de ce mouvement intellectuel dont nous allons suivre les étapes, la comme partout, c'est un évêque, c'est le clergé que nous trouvons au premier rang. A la vérité, la perte presque générale des plus anciens documents a souvent mis obstacle k ce que nous puissions rendre individuellement à ses membres cet hommage de justice. Mais ce qui s'est accompli à Bou sous l'inspiration de l'Église s'est exécuté partout où son esprit a pénétré; et c'est aussi au nom de l'Église et de la religion, qui la première en donna l'exemple, que de pieux laïcs se sont de tout temps appliqués a suivre la voie qu'elle avait
(I) Voir nos observations préliminaires. § Tï , note 4.
tracée, en participant avec elle à la fondation d une multitude d'écoles.
Plus de vingt ans avant l'aurore du XVIII e siècle, cette petite paroisse, qui ne comptait guère en ce temps que six à sept cents âmes, occupait déjà, sous le rapport de l'instruction, un rang distingué parmi les autres communes de notre arrondissement.
La rénovation intellectuelle qui succéda aux guerres malheureuses du XVI e siècle s'étendit jusqu'aux plus infimes bourgades, et, grâce a la générosité de deux paroissiens zélés, des écoles pour les enfants de l'un et l'autre sexe ne tardèrent pas à être ouvertes a Bou.
Celle des garçons, la moins ancienne, fut instituée, le 11 janvier 1700, par deux époux vraiment chrétiens, Jacques Boytard, vigneron-tonnelier à Hou, et Marie Àubert, sa femme.
Par deux actes successifs reçus en 1711 et 1712 devant Rou, notaire, ils dotèrent la nouvelle classe d'un revenu de 120 liv. (1). Là pourtant ne s'était pas bornée la charitable intervention des généreux donateurs. Ils eussent craint de travailler à une œuvre éphémère s'ils n'eussent pris d'avance les moyens de lui procurer la stabilité. Dans cette pensée, ils tirent a l'école la donation pure et* simple de la maison en laquelle ils l'avaient installée, et qu'ils lui avaient prêtée pendant plus de dixannées. C'est donc a eux que revient incontestablement le titre de fondateurs de l'école primaire de garçons (2).
(1) Voir pièce justificative XIV, l'acte du 28 mars 1712 ; — pièce XV, le certificat de M. Costé, curé, en fia te du 13 août 1725; — pièce XVI, l'acte du 28 janvier 1711.
(2) A notre .-ens, et nous croyons en trouver la preuve dans Je certificat de M. le curé de Bou reproduit ci-après, it> mot fonder.
Ce que nous venons de révéler de la munificence de Boytard est loin encore de donner une idée complète de toutes les bonnes œuvres qui remplirent sa longue carrière. C'est a celui qui les vit éclore une a une que nous avons l'obligation de nous en avoir conservé le souvenir; et nous empruntons avpc respect aux registres mortuaires, comme la plus véridique des biographies, lliommage que M. le curé de Bou dédiait a la mémoire de son vénérable paroissien :
« L'an mil sept cent trente-un, le dimanche quinzième jour d'avril, a été par moi, prêtre curé soussigné, inhumé dans le cimetière de cette église le corps de Jacques Boytard, âgé de soixante-dix-huit ans dix jours, étant né le six avril mil six cent cinquante -trois, lequel est décédé après avoir reçu les saints sacrements de pénitence et de saint viatique, sans avoir pu recevoir le sacrement d'extréme-onction, quelque diligence que nous ayons pu y apporter, sitôt que nous y avons été appelé. Et est décédé le vendredi treize du courant, à l'heure de trois heures après midi.
c 11 convient de laisser à la postérité que ce pieux deffunct a mené une vie très-exemplaire. 11 partageoit son temps entre la prière et le travail des mains, en répandant avec zèle son bien dans le sein des pauvres. Sa mémoire est en vénération par les
que nous rencontrons fréquemment dans les pièces relatives i nos écoles, ne doit pas toujours être entendu dans racception rigoureuse et étroite de créer pour la première fois un établissement qui n'existait pas auparavant. L'acte de 1712, relatif à cette dotation des deux écoles paroissiales, nous permet de l'interpréter avec certitude dans le sens de garantir à une fondation déjà existante, mais dont les ressources sont précaires, les moyens de vivre et de se perpétuer.
En effet, si Ton devait se renfermer dans le sens strict du mot fonder, il serait difficile, comme le veut notre acte, de l'appliquer A l'école de filles, puisqu'elle vivait déjà depuis près d'un demisiècle quand Boytard répandit sur elle une paît de ses libéralités.
bonnes œuvres qu'il a exercez pendant sa vie : deux heures d'oraison par chaque jour depuis plus de quarante-cinq ans, sans aucune interruption ; une mission fondée en cette paroisse, qui doit être acquittée par deux religieux, prêtres de la Compagnie de Jésus, et doit être acquittée de six ans en six ans ; une école de garçons et une de filles fondée en notre paroisse ; un catéchisme perpétuel dans l'empire de la Chine; voilà une partie de ses bonnes œuvres, non compris celles qui sont cachées en Dieu. On peut dire de lui : Pes erat claudo, oculus cœco (sic) et Pater pauperum. In memoria œterna erit jnstus. Ledit a été inhumé en présence de ses neveux ; de Maître Jacques Chambault, prêtre curé de Chécy, exécuteur de son testament olographe; de Jean Jobé, etc., chantres de notre église ; d'Anthoine Rousseau, maître d'école, etc., etc. » (Suivent les signatures de M. Costé, curé, et de tous les assistants.)
C'est bien, en effet, pour la postérité qu'avaient été tracées ces lignes; puissent-elles lui parvenir! Si, en les reproduisant ici, nous n'osons nous flatter de les sauver de l'oubli, nous aurons eu tout au moins la précieuse satisfaction de rendre un juste hommage à l'homme de bien qui a mérité un rang si honorable parmi les bienfaiteurs de nos écoles primaires.
Voici, d'après l'état-civil de Bou, les noms de quelques instituteurs :
1719. — Brouin.
1722. — Clément Jubert.
1723. — Olivier Chesnel, clerc acolyte du diocèse de Saint- Malo et maître d'école.
1731. — Antoine Rousseau.
2* École de filles.
Le il janvier 1700, nous l'avons dit ci-dessus, l'école de Bou reçut de Jacques Boytard un revenu de 75 liv.
L'époque de laquelle date le premier établissement de cette maison scolaire nous est inconnue ; mais il remontait au moins k Tannée 1625, Patricette Marier, la première maltresse dont nous ayons retrouvé le nom, étant morte dans l'exercice de ses fonctions en 1690, k l'âge de soixante-dix ans (1). Elle aussi avait fait en faveur de sa chère école une fondation contenue dans un acte dont la simplicité touchante n'est égalée que par les sentiments de la plus vive piété.
Inaugurant un exemple imité dans la suite par Jacques Boytard, elle abandonna à la fabrique, en toute propriété, la maison quelle habitait et où elle avait dépensé sa vie tout entière à enseigner gratuitement les enfants indigentes.
Ce testament (2) d'une humble maîtresse d'école de village, enfoui depuis près de deux siècles sous un monceau de pièces d'archives, mérite bien qu'on s'arrête à l'examiner un instant.
Patricette, comme le porte son acte testamentaire, donne et lègue en toute propriété a la fabrique de Bou sa maison, estimée 20 liv. de rente, a condition qu'elle ne pourra être occupée que par une école dont la maîtresse, au lieu de verser entre les mains des marguilliers les 20 liv., prix intégral du loyer de la maison,
(4) Voir pièce justificative XVII, l'acte de décès de Patricette Marier.
(2) Voir pièce justificative XVIII, l'extrait de son testament.
n'en paiera que 10. Cette remise de la moitié de la somme due par elle avait pour but d'exciter sou zèle ou, pour employer les termes mêmes de l'acte, « lui donner lieu de mieux faire son debvoir dans ledit exercice et à enseigner les pauvres par charité. »
Les 10 liv. représentant le loyer de la maîtresse d'école devaient servir a indemniser le curé de quatre services solennels fondés par Patricette.
C'est sur cet article du testament qu'il convient surtout de s'arrêter, car c'est là qu'éclate le réel désintéressement de la généreuse fondatrice.
S' écartant, par une abnégation inconnue jusqu'à elle, d'un usage bien licite et bien naturel, elle fonde à perpétuité quatre services ; mais elle veut que ces prières soient pour les autres et non pour elle ; pour des étrangers, a l'exclusion de sa famille défunte ; enfin pour une paroisse où s'était, à la vérité, écoulée une grande partie de sa vie, mais qui n'était pas le sol natal. Dans ces prières solennelles, qu'elle institue au seuil de l'éternité, pas la plus petite mention d'elle-même. Confiante dans la reconnaissance des vivants, elle ne réclame même pas d'eux la légère aumône d'un Deprofundis pour le repos de son âme, et consent qu'après elle sa mémoire et ses œuvres soient en oubli devant le monde. Voilà certes un exemple de renoncement qui surpasse ce qui s'était vu jusqu'alors ; mais heureusement Dieu se souvient et ne laisse jamais le bien sans récompense. Pour nous qui avons eu l'heureuse fortune d'avoir communication (1), au moment de mettre sous
(1) M. Boucher de Mol an don, membre non résidant du Comité des travaux historiques, a bien voulu nous faire part de ce testament et de quelques autres documents qu'il comptait publier.
presse, d'un document si précieux, nous remplissons un devoir des plus doux en associant le nom de Patricette Marier a celui de Boytard dans un même sentiment de gratitude envers les bienfaiteurs de nos écoles rurales. M. Lenoir, curé de Bou, digne émule de sa généreuse paroissienne, renonça volontairement, au profit de la fabrique, aux 10 liv. d'honoraires dus pour les quatre services, se contentant de 6 liv. qu'il recevrait de la bonne volonté des parents aisés dont les enfants fréquentaient la classe.
Les registres de l'état civil renferment parfois de curieuses et utiles informations, bien que d'une nature complètement étrangère a leur destination. C'était en quelque sorte le journal de MM. les curés. Ils y consignaient, a leur date, les événements mémorables survenus pendant le cours de leur administration sacerdotale. C'est ainsi qu'à côté d'un acte de mariage ou de décès se trouvent le récit d'une visite princière dans le diocèse, les détails attristants d'une épidémie, d'une inondation désastreuse, etc.
Dans les registres de l'année 1705 se lit une note intéressante, bien qu'imparfaite, de M. le curé Varembaut sur l'appropriation de la maison scolaire de filles, qui fut terminée le 13 novembre de cette année. Nous conservons les termes mêmes de sa rédaction :
« 28 novembre 1705. — Depuis quinze jours a esté achevée la chambre pour la maîtresse de l'école des filles, qui revient à la somme de... (blanc au manu$crit)> de laquelle somme le Révérend Père Charenton, jésuite, a donné 75 livres, mademoiselle Thoynard de Carapois a donné la somme de 50 livres; Jacques Boistacd, 35 livres, outre la communauté au pignon; la veuve Jacques (sic)
Boistard, 13 livres; Fiacre Boistard, 15 livres; Herre Lange, 1 4 livres ; plus la somme de. . . (blanc) de plusieurs particuliers dans une queste qui a esté faille. Le surplus, qui est delà somme de.... (blanc), a esté fourni des deniers de la fabrique. Vrain Gaune et Martin GouiiTiN, gagers. Fait le 28 novembre 1705, signé : Vàrembaut, curé de Bon. »
Xous avons dit, au commencement de cet article, que 75 liv. de rente avaient été données a l'école par Jacques Boytard. Cette subvention, jointe a 40 autres liv. qu'elle possédait d'ailleurs, constituait à la maîtresse un revenu annuel de 12 fc 2 liv. qu'elle perçut jusqu'à la Révolution.
Voici quelques noms tirés des actes de Tétai civil :
\i)\)(). — Patricette Marier.
1700-1719. — Etiennctte Perroton (auparavant à Saint-Denisen-Val, où elle exerça pendant trente-trois ans ; elle fut inhumée dans la lossc de M. Bené Lenoir, ancien cure de la paroisse).